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Alexander Zverev trace sa route vers le titre après sa victoire sur Khachanov

Pendant plus d’une heure et demie, Arthur Ashe Stadium a vécu une drôle de demi-finale. Un grand court, une affiche correcte, un enjeu immense… mais très peu de tension. Il a fallu attendre 1 h 47 de jeu pour sentir enfin l’air se charger d’électricité. Mené d’un set et d’un break, proche de la correction, Karen Khachanov s’est accroché, a forcé un tie-break dans la deuxième manche et, soudain, le match a pris feu.

À 5-6 sur son service dans ce jeu décisif, le Russe sauve une première balle de set d’un coup droit gagnant plein de courage. À 6-7, il déclenche un passing de revers hurlant, qu’il accompagne d’un cri rageur. Pendant quelques échanges, l’ombre d’un retournement flotte au-dessus du court.

Mais ce n’est plus le Zverev friable des premières années. Pas cette saison. L’Allemand a trop souvent navigué dans les eaux agitées des grands rendez-vous pour se laisser déstabiliser par une poussée venue d’un joueur classé 50e mondial. Il se reprend, verrouille ses engagements, et finit par emporter ce tie-break, puis un second sur le même fil, pour conclure en trois manches : 6-3, 7-6 (7), 7-6 (6). Une victoire sèche, sans brillance excessive, mais terriblement maîtrisée.

Zverev, la série des grands rendez-vous

Avec ce succès, Alexander Zverev s’offre une troisième finale de Grand Chelem consécutive, une première dans sa carrière. Il prolonge ainsi la dynamique entamée par son premier titre majeur à Roland-Garros, suivi d’une première finale à Wimbledon cet été. Le voilà de retour là où tout avait vraiment basculé pour lui : à New York.

C’est sur ce même Arthur Ashe Stadium qu’il avait disputé sa première finale de Grand Chelem en 2020, dans une bulle sanitaire irréelle, sans public, face à Dominic Thiem. Ce jour-là, Zverev avait mené deux sets à rien, servi pour le titre, avant de s’écrouler en cinq manches. Quatre ans plus tard, il s’apprête à disputer sa sixième finale majeure, avec un bagage bien différent et une constance nouvelle au plus haut niveau.

Khachanov, l’adversaire sous-estimé

Sur le papier, Zverev était largement favori. Mais l’histoire de Karen Khachanov méritait mieux qu’un rôle de figurant annoncé. Son classement actuel – 50e mondial – ne raconte pas toute l’histoire d’un joueur qui a culminé au 8e rang, remporté le Masters 1000 de Paris en 2018, décroché l’argent olympique à Tokyo derrière… Zverev, déjà, et souvent bousculé les cadors.

Face à l’Allemand, il possédait même un petit avantage symbolique : plus de victoires contre lui que les deux autres demi-finalistes réunis. Zverev mène 6-3 dans leurs confrontations, mais Khachanov l’avait encore battu l’an dernier au Canada. De quoi nourrir l’idée d’un duel piégeux.

Cette fois, pourtant, la marche était trop haute. La différence s’est jouée là où Zverev excelle désormais : au service, d’abord, avec une qualité de première balle qui a étouffé les espoirs adverses, puis dans la régularité du fond de court. En face, le coup droit de Khachanov a fini par exploser sous la pression, lâchant faute sur faute, précisément dans les moments qui comptent, en fin de deuxième et de troisième sets.

Une route dégagée, mais un titre reste un titre

À Roland-Garros déjà, l’absence de Jannik Sinner, le forfait de Carlos Alcaraz et les difficultés de Novak Djokovic en fin de carrière avaient installé un thème dominant : qui pourrait vraiment empêcher Zverev de filer au titre ? À New York, le scénario ressemble étrangement.

Dans la partie haute du tableau, le numéro 2 mondial a traversé un couloir étonnamment dégagé. Ses adversaires les mieux classés avant la finale se nommaient Luciano Darderi (22e) et Alejandro Tabilo (28e). S’il soulève le trophée dimanche, Zverev aura remporté ses deux premiers titres du Grand Chelem sans affronter le moindre joueur du top 8. L’observation fera forcément parler, mais une vérité demeure : un joueur ne peut battre que celui qui se trouve de l’autre côté du filet.

Après deux premiers tours arrachés en cinq sets, l’Allemand n’a plus concédé la moindre manche. Il arrive en finale avec une confiance béton et un historique largement à son avantage face à ses possibles adversaires, Ben Shelton et Frances Tiafoe : 15 victoires pour une seule défaite, concédée à Tiafoe il y a neuf ans.

Une demi-finale de Grand Chelem… sans bruit

Reste une image étrange : celle d’une demi-finale masculine de Grand Chelem jouée presque dans l’indifférence relative. Malgré le statut de numéro 2 mondial de Zverev et le pedigree de Khachanov, ancien demi-finaliste à New York, la rencontre n’a jamais vraiment électrisé le tournoi.

L’un des grands sujets de controverse de cette édition tient au marché de la revente de billets, avec des prix vertigineux affichés sur les plateformes. Pour cette demi-finale, aucun risque de surpayer : certaines places se négociaient à 21 dollars sur StubHub avant le début du match. Un chiffre qui en dit long sur le manque d’attente autour de ce duel.

Zverev, lui, ne s’en plaindra pas. Il avance, presque à l’abri du tumulte, vers une nouvelle chance de réécrire l’histoire là où elle lui avait échappé. La question est simple désormais : cette fois, sur Arthur Ashe, ira-t-il jusqu’au bout ?