Zverev remporte son premier titre à l'US Open après une finale épique
Alexander Zverev a mis fin au rêve américain de Ben Shelton et s’est offert, à 29 ans, son premier titre à l’US Open, le deuxième Grand Chelem de sa carrière, au terme d’une finale dense, parfois folle, souvent à sens unique, conclue sur un moment de pure confusion. Score : 6-3, 7-6 (7-2), 5-7, 6-2, en 3h33, sur le Arthur Ashe Stadium.
Il a fallu quelques secondes à l’Allemand pour comprendre qu’il était champion. Sur balle de match, le retour de Shelton file largement derrière la ligne. Zverev renvoie pourtant la balle comme si le point continuait, se replace, prêt à servir. Il ne célèbre pas. Le stade, lui, a compris. Le grand écran aussi. Zverev lève enfin les yeux, voit le score, réalise. Et seulement là, laisse tomber le masque. Il vient de remporter son deuxième Majeur de l’année après Roland-Garros.
Un début à sens unique
La soirée avait commencé sans pitié pour Shelton. Le public de 23 000 personnes, acquis à sa cause, l’avait accueilli comme un futur héros, un possible premier vainqueur américain en Grand Chelem depuis Andy Roddick en 2003, et seulement le deuxième joueur noir à triompher à ce niveau après Arthur Ashe en 1975, dans le stade qui porte justement son nom.
Mais dès le premier jeu, le décor se fissure. Shelton gagne le toss, choisit de servir, arrive à 30-30, rate une balle facile, puis double faute. Break d’entrée. Zverev ne lâchera plus l’emprise sur ce premier set, qu’il boucle 6-3 en ne commettant qu’une seule faute directe. Glacial.
Shelton, déjà battu cinq fois en cinq confrontations par l’Allemand avant cette finale, ne voit même pas l’ombre d’une balle de break dans les deux premières manches. Zverev, tête de série numéro 1 en Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, impose son service comme une forteresse. L’Américain cogne, tente d’enflammer les échanges, mais se heurte à un mur, encore et encore.
Le tie-break du deuxième set tourne à la démonstration. Zverev y joue comme un homme libéré de ce vieux fardeau – celui du « meilleur joueur à n’avoir jamais gagné un Majeur », statut effacé par son sacre parisien au printemps. Il prend le jeu décisif à la gorge, 7-2, et se retrouve à un set du titre.
Shelton se rebelle, New York rugit
Le match semble filer tout droit. Shelton, pourtant, refuse le rôle de figurant. Il s’accroche, serre le poing, continue de frapper à plein régime. Et soudain, la faille apparaît. Le service de Zverev se dérègle au troisième set. L’Américain se procure trois balles de set sur la mise en jeu de l’Allemand. Le stade explose, sent le basculement possible. Shelton convertit la deuxième. 7-5. New York rugit, se relève, y croit.
Ce troisième set récompense la persévérance du jeune Américain, qui est arrivé à Flushing Meadows avec des certitudes nouvelles : il y a battu pour la première fois Stefanos Tsitsipas et surtout Carlos Alcaraz. Il sait désormais qu’il peut renverser des montagnes.
Mais l’illusion ne dure pas longtemps.
Zverev remet la main sur la finale
Dès l’entame du quatrième set, Zverev frappe là où ça fait mal. Break rapide. L’air retombe dans le Arthur Ashe Stadium. Shelton vient de perdre son service, et avec lui une partie de l’élan qui l’avait porté dans la manche précédente.
À partir de là, l’Allemand ne regarde plus en arrière. Il contrôle les échanges, choisit ses moments pour accélérer, étouffe progressivement l’Américain. La différence d’expérience, pointée par Marion Bartoli, saute aux yeux : un joueur qui dispute sa première finale majeure, à domicile, sous une pression dévorante, face à un homme qui vient de transformer son jeu et son statut en douze mois.
Les chiffres racontent aussi cette montée en puissance. Zverev a passé plus de 23 heures sur le court durant la quinzaine, dont près de trois… à faire rebondir la balle avant de servir. Une manie qui finit par lui valoir un avertissement pour dépassement de temps dans cette finale. Rien pour le déstabiliser. Il serre le jeu au moment crucial, verrouille ses mises en jeu et se dirige vers la ligne d’arrivée sans trembler.
3h33 après le premier échange, la dernière balle de Shelton s’envole. Le reste, c’est ce fameux trou noir sur le score, puis la délivrance.
D’un cabinet médical à la gloire de Flushing Meadows
Une fois le trophée en main, Zverev ne pense pas d’abord à sa propre résilience sportive, ni à ses 19h38 passées sur le court avant même cette finale, quatrième total le plus élevé pour un finaliste de Grand Chelem depuis 1991. Il remonte plus loin. Vers un cabinet médical. Vers sa mère, Irina, ancienne joueuse professionnelle, qui refuse un destin tout tracé par la maladie quand son fils de quatre ans est diagnostiqué diabétique de type 1.
Les médecins préviennent : la vie et le sport seront très limités. Elle répond non. Son fils fera ce qu’il veut. S’il veut être joueur de tennis, il le sera. S’il veut autre chose, ce sera autre chose. Mais la maladie ne décidera pas à leur place.
Zverev le répète : elle est la personne la plus forte qu’il connaisse. Sans elle, pas de trophée à New York, pas de doublé Roland-Garros – US Open dans la même année.
Shelton, battu mais déjà menaçant pour l’avenir
Face à lui, Ben Shelton encaisse la défaite avec une maturité frappante pour un joueur qui n’était même pas né la dernière fois qu’un Américain a soulevé un trophée majeur. Il salue le niveau de Zverev, sa façon de servir, de se déplacer, de travailler plus que quiconque à l’entraînement. Il affirme qu’il est sincèrement heureux de le voir sacré.
Mais il glisse aussi une promesse au public new-yorkais : il n’en est qu’au début. Il reviendra. Zverev, lui, n’en doute pas. Il assure qu’il miserait tout son argent sur le fait de voir un jour Shelton soulever ce trophée.
Un tournant dans la carrière de Zverev
Il y a un an, Tim Henman voyait un joueur en recul dans les tournois du Grand Chelem. Aujourd’hui, l’ancien numéro 1 britannique parle de transformation : un Zverev plus agressif, plus tranchant, qui a su profiter des pépins physiques ou des absences de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner au fil de la saison, mais surtout qui impose désormais sa loi dans les grands rendez-vous.
Face à un Shelton encore novice à ce niveau, la différence d’expérience a pesé lourd. Une double faute dès le premier jeu, un Arthur Ashe Stadium à la fois soutien et fardeau, le désir de briller devant son public… Autant de paramètres qui ont rendu la marche presque trop haute cette fois.
Reste cette image : Zverev, champion sans le savoir pendant quelques secondes, avant de lever enfin les bras vers le ciel de New York. Deux Majeurs en quelques mois. Un statut changé. Et une question qui s’impose déjà : jusqu’où peut-il aller maintenant que la barrière psychologique est tombée pour de bon ?




