Yu Zidi : la jeune nageuse qui impressionne le monde
À 13 ans, la Chinoise Yu Zidi a déjà mis le continent à ses pieds. Et pourtant, ce ne sont ni les départs plongés ni les derniers 25 mètres qui l’effraient le plus. Ce sont les micros.
« Les interviews sont bien plus dures que la course », a-t-elle lâché, presque gênée, après avoir une nouvelle fois affolé les chronos aux Jeux asiatiques.
Son temps sur le 200 m 4 nages – 2 min 06 s 10 – a claqué comme un coup de tonnerre. Meilleure performance mondiale de l’année, à seulement 0’’40 du record du monde de la Canadienne Summer McIntosh. Un chiffre brut, froid, mais qui ne dit pas tout de la scène : une adolescente en maillot, encore écolière, qui sort de l’eau sous les projecteurs, pendant que le bassin retombe peu à peu au silence.
Elle n’a que 13 ans. Elle en aura 14 le mois prochain. Et déjà, elle fuit presque autant les zones mixtes que ses rivales dans l’eau. Après ses dernières démonstrations, Yu a tenté de se faire toute petite, d’éviter les caméras, de glisser entre les officiels. Quand elle finit par s’arrêter, c’est à contrecœur, le regard qui cherche une échappatoire.
Face aux journalistes, ses mots trébuchent un peu. Elle ne maîtrise pas encore le langage codé des champions, ces phrases prêtes à l’emploi que l’on sert après chaque finale. Elle, demande de l’aide.
« Comment je dois répondre à cette question ? Vous pouvez m’apprendre ? Vous voulez juste que je dise ce que je ressens ? », lance-t-elle en chinois, mi-sérieuse, mi-amusée.
La scène tranche avec la violence du chrono qu’elle vient de déposer sur le tableau d’affichage. Dans l’eau, Yu Zidi ne doute pas. Elle attaque, elle enchaîne, elle finit. Devant les micros, elle rit nerveusement, cherche ses mots, se dandine presque sur place.
Quand on lui demande si, finalement, répondre aux questions n’est pas la partie la plus difficile de sa journée, elle laisse échapper un petit rire, presque enfantin : « À chaque fois, j’ai juste envie de m’envoler ailleurs. »
Cette phrase résume tout le paradoxe du phénomène. Une enfant dans le monde brutal du très haut niveau, déjà chronométrée à l’échelle planétaire, mais encore intimidée par un cercle de journalistes qui lui tendent leurs enregistreurs.
Sur le plan sportif, sa performance place d’emblée la barre très haut. Une meilleure marque mondiale de l’année à cet âge-là, si proche d’un record du monde, n’est pas un simple signal. C’est un avertissement adressé à la planète natation. Le nom de Yu Zidi, encore inconnu du grand public il y a quelques mois, s’installe désormais au cœur des conversations dès qu’il est question d’avenir et de records.
Pour l’instant, elle préfère se cacher derrière sa timidité. Le bassin, lui, ne lui laisse plus aucun refuge. Chaque course qu’elle nage devient un événement, chaque temps un indicateur de ce qui pourrait arriver très vite.
La question n’est plus de savoir si elle supportera la pression. Elle y nage déjà en plein.




