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Wu Bin : Le Maître de Wushu à 89 Ans

À 89 ans, beaucoup plissent les yeux derrière des lunettes ou tendent l’oreille vers leurs appareils auditifs. Wu Bin, lui, n’a besoin ni de l’un ni de l’autre. Il court tous les jours, joue régulièrement au football et affiche encore la silhouette sèche d’un entraîneur de haut niveau. Le corps a vieilli, mais le ressort est intact.

Le légendaire maître de wushu, mentor de Jet Li, est devenu malgré lui la meilleure publicité vivante pour les vertus d’une discipline assumée toute une vie. Pas de régime miracle, pas de secret ésotérique : des habitudes, répétées, protégées, défendues. C’est cette constance-là qui le tient debout.

On le retrouve récemment à Hong Kong, droit comme un bâton, présidant la 18e édition du Hong Kong International Wushu Competition. Dans l’aire de compétition, un nom attire forcément son regard : Dragon He, fils de He Jingde, l’un de ses anciens élèves. Une troisième génération qui s’élance sous ses yeux. La boucle ne se referme pas, elle s’élargit.

Wu Bin n’est pas seulement un témoin de l’histoire moderne du wushu, il en est l’un des architectes. Cofondateur de la Beijing Wushu Team, il a contribué à faire basculer cet art traditionnel dans l’ère du sport de haut niveau, avec ses méthodes, ses charges d’entraînement, son exigence. Là où beaucoup voyaient un héritage culturel figé, il a vu un terrain de performance.

Son flair a changé des destins. En 1971, il repère un garçon de huit ans à peine, au regard concentré, aux gestes déjà précis : Jet Li. Wu décèle immédiatement le potentiel, façonne le jeune prodige, polit la technique, forge le caractère. La suite appartient à l’histoire : titres nationaux, sacres internationaux, puis explosion sur les écrans du monde entier. Derrière la star, l’ombre discrète du coach, fidèle à sa ligne.

Les podiums, les médailles, les tournages n’ont pourtant jamais constitué l’horizon ultime de Wu Bin. Pour lui, le wushu reste d’abord une école de vie. La preuve tient dans sa propre routine : courir, jouer, bouger, chaque jour ou presque, comme un athlète qui se prépare à une saison sans fin. À près de 90 ans, il voyage encore, multiplie les déplacements pour encourager ses anciens élèves et leurs enfants, observer, corriger un détail, glisser un conseil.

Son influence a traversé les décennies, glissé d’une génération à l’autre sans perdre en intensité. Les élèves de la première heure sont devenus des maîtres, leurs enfants montent désormais sur le tapis, sous le regard de celui qui a lancé la vague. Wu Bin aurait pu se retirer, se contenter des hommages et des cérémonies. Il a choisi l’inverse : rester sur la route, au bord des aires de compétition, là où se transmettent les réflexes, les habitudes, les façons de se tenir.

Pour lui, la santé n’est pas une chance, c’est une construction patiente. Une habitude après l’autre. Un entraînement après l’autre. Une vie entière vécue comme une longue séance, où l’on ne négocie ni avec l’effort ni avec le temps. À voir Wu Bin se déplacer encore avec cette énergie, une question s’impose : combien de champions, visibles ou anonymes, naîtront encore de cette discipline qu’il incarne jusque dans le grand âge ?