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Will Jacks mène l'Angleterre à une victoire contre le Sri Lanka

À Chester-le-Street, l’Angleterre n’a pas brillé. Elle a gagné. Nuance importante dans une équipe de white-ball longtemps jugée uniquement à l’aune de ses feux d’artifice offensifs.

Sur un terrain lent, collant, où chaque frappe semblait mourir dans l’air, les 265 runs anglais (tous éliminés en 48,1 overs) n’avaient rien d’un manifeste spectaculaire. Ils ont pourtant suffi, largement, pour étouffer un Sri Lanka trop timide avec la batte, renvoyé pour 176 en 37 overs. Succès de 89 runs, propre, sec, presque clinique.

Brook, Root, puis le trou d’air

L’Angleterre a d’abord construit, patiemment. Harry Brook, capitaine, a tenu le cœur de l’ordre au bâton avec 67 runs en 69 balles, une manche étonnamment mesurée pour un joueur habitué aux coups de massue. À ses côtés, Joe Root a apporté 44 runs, la vieille assurance tranquille au milieu d’un été anglais chahuté.

Rien de flamboyant, mais un socle. Sur ce terrain, ça comptait.

Puis la machine s’est grippée. Un passage brutal : 4 guichets pour 29 runs au milieu de l’innings. Brook, justement, est le seul à tomber en tentant un coup agressif, un drive tranché vers le deep cover après avoir jusque-là contenu ses instincts. Autour de lui, c’est un Sri Lanka plus mordant dans le champ qui resserre l’étau.

Le jeune leg-spinner Sachindu Colombage, pour sa première, s’invite alors dans l’histoire. Il trouve juste assez de rotation pour venir percuter le stump extérieur de Root. Il piège ensuite Jos Buttler lbw pour 31, avant de mystifier Overton avec une googly pour 8. Bilan : 3-44, des chiffres qui donnent du relief à sa grande entrée sur la scène internationale.

À 211-7 dans le 39e over, l’Angleterre vacille. On a déjà vu cette équipe s’effondrer en voulant frapper plus fort que la situation ne le permettait.

Jacks, la maturité au cœur du chaos

C’est là que Will Jacks change le ton du match. On le connaît pour sa puissance. Il choisit la retenue. Il aurait pu balayer large, chercher les cordes coûte que coûte. Il choisit de tenir l’innings, de gratter, de pousser l’affaire aussi loin que possible.

Son 46* n’a rien de tape-à-l’œil, mais tout de précieux. Il étire la manche, use les lanceurs, refuse le chaos. Quand vient le 47e over, il lâche enfin un peu les chevaux : 18 runs pris, une séquence qui donne un dernier coup de fouet au total anglais.

En face, Asitha Fernando, déjà auteur d’un bijou en powerplay pour faire tomber Tom Banton pour 10 avec un « bail-trimmer » chirurgical, retrouve du reverse swing en fin d’innings. Il nettoie Jofra Archer puis Josh Tongue, mettant un terme aux ambitions finales de Jacks, qui semblait prêt à exploser dans les dernières balles.

L’Angleterre s’arrête à 265. Un score « par », ni plus ni moins. Sur un autre terrain, face à une autre équipe, ça aurait pu paraître fragile. Pas ici.

Une défense sérieuse, un Sri Lanka trop docile

Avec la balle, l’Angleterre ne cherche pas l’effet de manche. Elle applique un plan, sans fioriture. Ligne, longueur, pression. Et des guichets réguliers.

Le Sri Lanka, pourtant bien plus affûté dans le champ que plus tôt dans l’année, se montre bien trop prudent avec la batte. Les overs défilent, les runs non. La pression monte, et les erreurs suivent.

Will Jacks, encore lui, devient le bourreau. Il frappe au cœur : Kusal Mendis, puis Charith Asalanka, deux piliers de l’alignement sri-lankais, tombent sous ses variations. Une fois le milieu de l’ordre fissuré, la fin s’effondre.

Jacks termine avec des chiffres de carrière : 5-22. Il ramasse la queue du batting sri-lankais avec une froide efficacité, comme s’il cochait une liste. Le seul vrai point lumineux côté visiteurs vient de Dunith Wellalage, auteur de 45 runs en 36 balles, une résistance trop isolée pour changer le destin du match.

176 tout rond. 37 overs. L’Angleterre n’a jamais été réellement en danger.

Une série qui dit autre chose de cette Angleterre

Ce succès prolonge une drôle de dynamique : dix victoires de rang en white-ball contre le Sri Lanka cette année. Surtout, il offre aux Anglais la possibilité de plier cette série de trois ODI dès jeudi à Headingley, avec un match d’avance.

Le dernier rendez-vous aura lieu dimanche à The Oval, point final d’un été parmi les plus imprévisibles de ces dernières années. Un été où l’Angleterre a souvent été jugée sur la qualité – ou la faiblesse – de l’opposition. Un été où elle a aussi montré qu’elle pouvait gagner autrement que par des avalanches de six.

Pour la première fois depuis 2019, l’Angleterre, en battant en premier, n’a pas envoyé une seule balle au-delà de la corde en l’air. Aucun six. Statistique impensable il y a encore peu pour une équipe façonnée par Brendon McCullum.

Ni lui, ni Brook ne s’en plaindront. Sous sa direction, l’Angleterre a déjà été renvoyée 12 fois au complet en white-ball. Elle a souvent semblé dépendre d’un modèle unique : marquer plus que tout le monde, tout le temps. Là, elle montre autre chose. Une capacité à serrer le jeu, à accepter un score moyen, à le défendre avec rigueur.

Après avoir dominé le Sri Lanka en début d’année et renversé l’Inde en juillet, l’Angleterre s’apprête à partir pour deux mois de cricket blanc à l’étranger avec, sauf accident, une nouvelle série en poche.

Elle n’est pas encore redevenue l’ouragan offensif qui a bousculé le monde. Mais avec un Will Jacks qui prend de l’épaisseur match après match, un Brook qui apprend à gagner sans forcément briller, et un groupe qui redécouvre le plaisir de défendre un total « humain », la question n’est plus de savoir si cette équipe peut gagner.

La vraie question, désormais, c’est jusqu’où elle peut aller quand il faudra marquer beaucoup plus, bien plus, lors de la Coupe du monde dans un an.