Waldemar Anton, le pilier du Borussia Dortmund
Sur la pelouse, ils s’attrapent. Ils se hurlent dessus. Et alors ? Waldemar Anton l’a dit récemment : avec Serhou Guirassy, ça arrive « à chaque match ». Les deux se connaissent depuis si longtemps qu’ils peuvent se dire leurs vérités, même quand ça déborde un peu. Samedi soir, dans le 1-0 de Borussia Dortmund contre le VfB Stuttgart, Anton a eu une nouvelle occasion de faire passer le message.
L’enfant de Stuttgart devenu cible des sifflets
Le décor est chargé. Retour à Stuttgart, son ancien club, là où son départ soudain pour Dortmund il y a deux ans n’est toujours pas digéré. Chaque prise de balle déclenche une bronca. Le public le siffle, le vise, le provoque.
Anton encaisse. Et continue de tout éteindre. Comme son équipe, il ne cède rien. Encore une fois.
Sous Kovac, le travail défensif n’a jamais manqué à Dortmund. Désormais, il frôle la perfection. La saison passée, le BVB possédait déjà la meilleure défense du championnat avec seulement 34 buts encaissés. Après quatre journées du nouvel exercice, les Westphaliens affichent trois clean sheets et ne comptent que deux buts concédés, au même niveau que le Bayern Munich. Le socle est clair. Le patron, aussi.
De saison compliquée à « total constant »
Pour Anton, tout n’a pas été linéaire. Sa première saison à Dortmund se grippe avec deux déchirures musculaires successives, la plus longue absence de sa carrière. Le corps lâche, le rythme aussi.
Puis il revient. Et il s’installe. Niko Kovac le résume depuis des mois en deux mots : une « totale constante ». Le coach ne rate jamais une occasion de souligner l’importance de son défenseur, même si Anton se moque des étiquettes de « patron de la défense ».
Avant le début de la campagne de Champions League contre Villarreal, Kovac le décrit comme un joueur qui vit football du matin au soir, un leader qui montre l’exemple, soutient ses partenaires, ne renonce jamais et donne tout pour le collectif. Un modèle, tout simplement. Les actes suivent les compliments.
La saison dernière, Anton signe un exercice quasi parfait. Plus solide défensivement que son partenaire Nico Schlotterbeck, blessé en début d’année, il devient l’« Ironman » de Kovac. Les chiffres parlent : sur 47 matchs officiels en 2025/26, il n’en manque que trois. En championnat et en coupe, il dispute ses 35 rencontres dans leur intégralité. Pas une minute perdue.
Toujours là, toujours prêt
L’été lui laisse à peine le temps de souffler. Engagé en Coupe du monde avec l’Allemagne, Anton bénéficie d’une préparation réduite, plus courte que celle de la plupart de ses coéquipiers. Rien ne se voit. Il reprend comme il avait terminé : en patron.
Ses 15 sélections ne racontent qu’une partie de l’histoire. Sa vraie valeur se lit dans ce qu’il impose semaine après semaine : disponibilité, discipline, mentalité, résistance. Il ne fait pas de bruit. Il défend sans chichi, dur sur l’homme, propre dans le timing, avec cette obstination de guerrier qui ne lâche jamais le duel.
Son anticipation, surtout, a pris une dimension supérieure. Depuis Mats Hummels, personne à Dortmund n’avait défendu vers l’avant avec autant d’intelligence et d’efficacité. Il coupe les lignes de passe, sort au bon moment, gagne ses duels, repousse les centres. Les statistiques le confirment : parmi les meilleurs du championnat en pourcentage de duels gagnés, en duels aériens remportés, en interceptions, en dégagements.
Dortmund a retrouvé de la stabilité. Anton en est l’un des visages les plus nets.
Le meilleur défenseur central allemand du moment ?
À ce niveau-là, la formule s’impose : aujourd’hui, aucun défenseur central allemand n’affiche une forme supérieure à celle d’Anton. Sa constance, son volume, son influence dans le jeu sans ballon le placent tout en haut de la hiérarchie.
Difficile, dès lors, de ne pas l’imaginer au cœur du nouveau projet de la sélection. Jürgen Klopp veut une équipe bâtie sur une base défensive solide comme le roc. Anton coche toutes les cases : expérience, puissance physique, fraîcheur mentale, capacité à organiser la ligne arrière, soutien naturel aux plus jeunes. Tout ce dont Klopp a besoin pour son équipe d’Allemagne version relance.
Sur le long terme, Nico Schlotterbeck garde des arguments. Son pied gauche, ses diagonales dans la construction, sa capacité à casser des lignes au départ de l’action peuvent lui donner un avantage dans certains plans de jeu. Et Jonathan Tah, au Bayern Munich, reste le numéro un installé au poste.
La concurrence existe, le débat aussi. Mais une chose ne bouge pas : la trajectoire ascendante d’Anton.
Un leader sans ego, un luxe pour Dortmund… et pour la DFB
Lui, ne fera pas de bruit. Pas de campagne personnelle, pas de grandes déclarations. Kovac l’a décrit un jour comme « très calme, très modeste, très humble », un joueur qui met son ego de côté pour placer le collectif en priorité. Une rareté à ce niveau.
Le temps dira comment la bataille pour une place de titulaire en sélection évoluera, qui s’imposera, qui reculera.
À Dortmund, leader actuel du championnat, Waldemar Anton n’a déjà plus de rival. La question se pose désormais ailleurs : combien de temps la DFB pourra-t-elle encore se passer d’un défenseur central aussi fiable, aussi constant, aussi indispensable ?




