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Les véritables icônes du Fantasy Premier League

On noircissait les doigts d’encre, on griffonnait des codes dans la marge, on attrapait la calculatrice posée sur la table de la cuisine. On appelait pour valider un transfert, comme on décroche aujourd’hui une application. Avant les « templates », les « triple captain » et les chips à la chaîne, le Fantasy football se jouait au stylo et au téléphone fixe. Et pourtant, déjà, une sensation restait la même : le frisson de dénicher la pépite absolue.

Le défenseur tireur de coups francs. L’attaquant sous-coté. Le milieu reclassé en avant-centre. Le gardien à 4,0 qui enchaîne les clean sheets. Depuis 2002-2003, le Fantasy Premier League est devenu une base de données géante, avec millions de managers, wildcards et algorithmes pour faire les comptes à votre place. Mais derrière les chiffres, une question obsède : qui sont les véritables icônes de ce jeu sur le dernier quart de siècle ?

Avec l’expertise de Thomas Woods, spécialiste FPL, et le travail de Fantasy Football Scout, une hiérarchie se dessine. Les stats, oui. Un peu de romantisme aussi – Michu, on ne t’oublie pas. L’idée n’est pas seulement de récompenser les monstres de points, comme Thierry Henry, Frank Lampard ou Cristiano Ronaldo, qui ont écrasé les premières saisons mais à prix d’or. Ni même de se prosterner une fois de plus devant Mohamed Salah, seul homme à avoir dépassé la barre des 300 points, et deux fois.

Non, le cœur de cette liste bat pour autre chose : la valeur. Ces joueurs qui ont fait exploser le rapport qualité-prix. Ceux qui ont permis de caser trois premiums dans le onze grâce à leur tarif ridicule. Ceux qui ont transformé un banc à 4,0 en arme fatale.

10. Harry Kane, Tottenham, 2014-2015, 5,0 M£

Difficile aujourd’hui d’imaginer Harry Kane comme un pari de fond de banc. Pourtant, à l’été 2014, il n’est encore qu’un jeune attaquant de Tottenham, passé par plusieurs prêts, derrière Emmanuel Adebayor et Roberto Soldado dans la hiérarchie. Prix de départ : 5,0 M£. Statut : remplaçant probable.

Il attend novembre pour inscrire son premier but en Premier League, un but arraché à la 90e minute à Aston Villa. C’est le début d’une saison qui le propulse titulaire chez Mauricio Pochettino : 21 buts en championnat, 191 points FPL, une envolée de prix jusqu’à 6,4 M£.

Le tournant ? Un run insensé entre les gameweeks 18 et 25 : 9 buts, 4 passes décisives, 16 points bonus, 77 points au total. Pour ceux qui ont osé le prendre tôt, Kane devient un cheat code. Moins cher, moins utilisé, mais déjà aussi meurtrier que les meilleurs.

8. Michel Vorm, Swansea, 2011-2012, 4,0 M£

Michel Vorm commence sa vie en Premier League en encaissant quatre buts à Manchester City. Sur le papier, rien de surprenant pour un gardien à 4,0 M£. Mais ce soir-là, le Néerlandais signe surtout 11 arrêts, personne ne fera mieux sur un match cette saison-là.

À Swansea, il rafle les récompenses de fin d’année. En FPL, il devient un pilier. Des arrêts à la pelle, 14 clean sheets, et au final le deuxième total de points chez les gardiens, juste derrière Joe Hart… qui avait débuté à 3 M£ de plus. Vorm grimpe jusqu’à 5,3 M£, se glisse un temps parmi les joueurs les plus possédés du jeu. Sa carrière ne connaîtra plus jamais un tel sommet. En FPL non plus.

7. Stuart Dallas, Leeds, 2020-2021, 4,5 M£

Sous Marcelo Bielsa, Stuart Dallas se transforme en rêve éveillé pour les managers. Officiellement défenseur. Officieusement, couteau suisse hyper offensif, souvent milieu, parfois encore plus haut. Le tout pour 4,5 M£.

Dallas cumule les clean sheets d’un latéral et les chiffres d’un milieu : 8 buts, 3 passes décisives, 12 clean sheets, 171 points. Et il ne se contente pas de punir les petites équipes. À Manchester City, il claque un doublé et sort avec 17 points. Un défenseur qui marque comme un attaquant, court comme un marathonien et coûte le prix d’un remplaçant : c’est le genre de saison qui reste gravée.

6. Michail Antonio, West Ham, 2019-2020, 7,0 M£

Michail Antonio n’a pas la trajectoire linéaire d’un héros FPL classique. Classé milieu, souvent blessé, saison hachée par la pandémie. Sa valeur descend, la patience des managers aussi. Puis le football reprend… et Antonio explose.

En juillet 2020, il joue sept matchs. Il marque huit buts. Le point d’orgue : Norwich – West Ham, 0-4, quadruplé d’Antonio, 26 points dans la besace. Pour un joueur à moins de 7,0 M£, c’est un record partagé avec Cole Palmer. Seul Salah a fait mieux sur un gameweek. Un mois de folie qui suffit à lui offrir un statut à part : celui du joueur qui, à lui seul, fait basculer une mini-ligue.

5. John Lundstram, Sheffield United, 2019-2020, 4,0 M£

John Lundstram n’était, sur le papier, qu’un défenseur à 4,0 M£. Autrement dit, la dernière case de votre banc, là où l’on range d’ordinaire les joueurs qui ne doivent jamais voir le terrain. Sauf que le classement FPL s’est trompé. Lundstram n’était pas un latéral anonyme, mais un milieu box-to-box, installé dans le cœur du jeu de Sheffield United.

Résultat : 5 buts, 4 passes décisives, des clean sheets en bonus, 144 points au total. Son doublé et ses 21 points en gameweek 11 deviennent un moment culte. Plus encore, sa présence permet aux managers de dépenser ailleurs. Un titulaire à 4,0 M£, c’est un budget libéré pour empiler les stars. « Lord Lundstram » naît de ce déséquilibre : une anomalie de prix devenue légende.

4. Riyad Mahrez, Leicester, 2015-2016, 5,5 M£

Riyad Mahrez, c’est l’or en barre. Pour Claudio Ranieri, pour Leicester, pour les FPL managers. Dès la première journée, il frappe fort : 15 points contre Sunderland, récompense pour les 5,9 % de managers qui avaient flairé le coup à 5,5 M£.

Ce n’est pas un feu de paille. Sur les six premières journées, Mahrez dépasse les dix points à cinq reprises. 56 points en un mois et demi, l’un des meilleurs démarrages de l’histoire du jeu. Forcément, le pourcentage de possession explose : au bout de sept journées, plus d’un manager sur deux l’a déjà intégré.

Jamie Vardy enchaîne, lui aussi, une saison surréaliste, avec 15 matchs de suite ponctués d’un but ou d’une passe. Mais Mahrez termine tout en haut : 240 points, meilleur score FPL de la saison, pour un prix de départ de milieu de tableau. Une mine d’or qui a financé les rêves de titres dans les mini-ligues du monde entier.

3. Michu, Swansea, 2012-2013, 6,5 M£

Le nom suffit à déclencher un sourire chez les vétérans FPL. Michu. Un visage inconnu ou presque à son arrivée à Swansea, un Espagnol débarqué après 15 buts en Liga. Quelques managers attentifs repèrent le filon. Ils l’alignent dès la première journée à QPR. Il marque deux fois. La vague commence.

Classé milieu, utilisé comme un attaquant à 6,5 M£, Michu empile les buts. Il termine la saison avec 18 réalisations, 190 points, et une hausse de prix de 2,0 M£. Une ascension fulgurante, puis la chute : deux petits buts la saison suivante, un départ pour Napoli, et le statut de plus grand one-season wonder de l’histoire du jeu.

Les managers, eux, se souviennent de cette année-là comme d’une histoire d’amour éclair. Une saison unique, mais inoubliable.

2. Mohamed Salah, Liverpool, 2024-2025, 12,5 M£

Parler d’icônes FPL sans Mohamed Salah serait malhonnête. Trent Alexander-Arnold et Andy Robertson ont longtemps été des choix évidents en défense. Luis Suarez a signé la troisième meilleure saison de l’histoire, avec 55 retours offensifs en 2013-2014 malgré cinq matchs manqués au départ. Mais Salah joue dans une autre dimension.

Depuis la création du jeu, 52 joueurs ont atteint au moins une fois la barre des 200 points. Salah l’a fait huit fois. Il est le seul à avoir dépassé les 300 points, et il l’a fait deux fois. Son apogée ? La saison 2024-2025, 344 points. Un chiffre qui ressemble à une erreur de calcul.

Ironie de l’histoire, ce sommet arrive après sa saison la moins prolifique… qui restait au-dessus des 200 points. Salah, c’est la définition même du premium : cher, oui, mais quasiment indispensable. Une forme de royauté FPL, dont chaque manager a payé le tribut.

1. Cole Palmer, Chelsea, 2023-2024, 5,0 M£

Pour comprendre la place de Cole Palmer, il faut se souvenir du contexte. Jeune espoir de Manchester City, il quitte l’Etihad pour chercher du temps de jeu à Chelsea. Il n’est pas encore une star, loin de là. Le jeu le classe milieu, le tarife à 5,0 M£. Et Mauricio Pochettino ne le titularise pas avant la septième journée.

Quand il signe son premier retour à deux chiffres, à Burnley, seuls 63 575 managers le possèdent. 0,6 %. Une poignée d’initiés. Son 12 points à Tottenham, en gameweek 12, élargit le cercle. La courbe d’adoption explose, le phénomène Palmer est lancé.

Arrive le printemps. Chelsea reçoit Everton. Palmer inscrit quatre buts, sort avec 26 points, égalant le record pour un joueur à moins de 7,0 M£. Cette fois, il appartient à plus de cinq millions de managers. Il n’est plus une trouvaille, il est un socle.

Il termine meilleur marqueur FPL de la saison avec 244 points, pour un prix de départ de 5,0 M£. Le jeu lui accorde alors la plus grosse hausse de prix de son histoire : +5,5 M£. Il entame 2024-2025 à 10,5 M£. Entre-temps, une certitude s’est imposée : rapporté à son prix initial, personne n’a jamais fait mieux.

Dans un univers où tout se mesure en xG, en bonus et en value, ces noms racontent autre chose qu’un simple tableau Excel. Ils rappellent ce moment précis où un joueur, un seul, a transformé une saison FPL. La vraie question, désormais, n’est plus de savoir qui a été le plus grand. Elle est de deviner : qui sera le prochain à faire tout sauter ?