US Open : Zverev remporte son deuxième Grand Chelem en étouffant le rêve américain
NEW YORK – La meilleure saison de la carrière d’Alexander Zverev continue de s’allonger. La disette du tennis masculin américain aussi.
Sur le court Arthur-Ashe, dans un vacarme taillé pour une renaissance, l’Allemand a refroidi tout un pays. Victoire en quatre sets, 6-3, 7-6 (2), 5-7, 6-2 face à Ben Shelton en finale de l’US Open, pour décrocher son deuxième titre du Grand Chelem.
Un triomphe qui sonne comme une délivrance personnelle, et comme un nouveau coup de massue pour un public qui attend depuis 2003 et Andy Roddick de célébrer un champion américain chez les hommes.
Zverev, enfin maître de New York
Il avait laissé ce tournoi lui filer entre les doigts en 2020, à deux points du titre face à Dominic Thiem avant de s’effondrer. Une cicatrice profonde. Elle appartient désormais au passé.
Couronné à Roland-Garros cette année, finaliste à Wimbledon contre Jannik Sinner, Zverev est revenu à New York avec un statut inédit : tête de série n°1 en Grand Chelem pour la première fois, promu au sommet du tableau après le forfait de Sinner, blessé au genou. Cette fois, il n’a pas tremblé.
Face à un stade acquis à Shelton, il a imposé son rythme, sa froideur, son expérience. Il a profité d’un début de match fébrile de l’Américain, a maîtrisé un tie-break capital, puis a étouffé le sursaut du chouchou local dans le quatrième set. Propre. Autoritaire. Sans se laisser happer par l’émotion ambiante.
Le rêve de Shelton, la frustration d’un pays
Ben Shelton portait bien plus qu’un simple maillot. À 23 ans, il tentait de devenir le premier Américain titré en Grand Chelem depuis Roddick à Flushing Meadows en 2003, mais aussi le premier joueur noir à remporter le simple messieurs à l’US Open depuis Arthur Ashe en 1968. Une attente historique. Un symbole énorme.
Le décor était parfait. Le tunnel, la montée vers le court, le public debout, les cris, les drapeaux. L’entrée de Shelton a fait vibrer le stade. Mais dès les premiers échanges, le souffle est retombé.
Premier jeu de service : deux premiers points perdus, puis une double faute pour offrir le break initial à Zverev. La suite du set suit la même ligne. L’Allemand garde le contrôle, Shelton multiplie les approximations, et le 6-3 tombe sur… une nouvelle double faute. Le rêve américain démarre sur des béquilles.
Un tie-break au scalpel
Le deuxième set aurait pu tout relancer. Shelton retrouve un peu de mordant, le public s’accroche à chaque point, les échanges s’allongent. Mais au moment de faire basculer la rencontre, Zverev hausse encore le ton.
Le tie-break tourne très vite à la démonstration. Retour trop long de Shelton sur le premier point, passing gagnant de Zverev sur le deuxième, puis un rallye de 16 frappes conclu par l’Allemand pour mener 3-0. Le silence s’installe par vagues dans les tribunes.
Derrière, Zverev dégaine : 147 mph, puis 124 mph au service, intouchables. Shelton grignote un peu, revient à 5-2, parvient enfin à remettre un retour en jeu. En face, Zverev verrouille encore l’échange, puis claque une nouvelle première à 139 mph pour boucler le jeu décisif. Froid comme l’acier. Le public comprend : ce soir, rien ne lui sera donné.
La foule contre lui, le tempo pour lui
Zverev a aussi gagné la bataille du tempo. Son rituel au service – ces longues séries de rebonds, parfois dix, douze, parfois près de vingt – a cassé l’énergie du stade. Chaque préparation imposait de longs silences, presque forcés, qui brisaient les tentatives de montée en pression du public.
Les spectateurs ont essayé de contourner le cadre, en applaudissant ses premières manquées, au point que le juge de chaise a dû rappeler les règles. Rien n’y a fait. L’Allemand, qui avait annoncé avant la finale qu’il aimait les ambiances hostiles, n’a jamais semblé déstabilisé.
Shelton se rebelle, mais trop tard
Le troisième set offre enfin le scénario espéré par les fans. Shelton s’accroche, sert mieux, lâche davantage ses coups. L’Américain finit par arracher la manche 7-5, réveillant un stade qui n’attendait qu’une étincelle pour exploser.
À ce moment-là, l’histoire semblait vouloir se réécrire : un Zverev déjà marqué par une finale renversée à New York, un jeune Américain porté par une nuit électrique, et ce parfum de bascule que l’US Open adore.
Mais cette fois, l’Allemand refuse le déjà-vu. Aucun fantôme de 2020 ne remonte à la surface. Dans le quatrième set, il reprend la main, durcit l’échange, impose sa puissance et sa précision. Shelton, lui, ne parvient plus à tenir la cadence. Le 6-2 final acte la hiérarchie du moment : Zverev est au sommet, Shelton encore en ascension.
Un parcours américain spectaculaire, mais inachevé
Shelton ne sort pas de ce tournoi les mains vides. Sa quinzaine restera marquée par ce quart de finale fou remporté en cinq sets face au tenant du titre Carlos Alcaraz, conclu à 3h33 du matin, plus tard que n’importe quel autre match dans l’histoire de l’US Open.
Il visait un exploit rarissime : devenir le premier joueur à battre les têtes de série n°1 et n°2 sur la route du titre à New York depuis 1975. L’objectif restera pour une autre fois. Tête de série n°8, il affiche désormais un cinglant 0-6 dans ses confrontations avec Zverev, même s’il a réussi à lui prendre un set pour la deuxième fois seulement.
À 23 ans, il aura d’autres occasions. Les Américains, eux, commencent à se lasser d’attendre.
Zverev, lui, empile les étapes : Roland-Garros, finale à Wimbledon, titre à l’US Open, statut de n°1 du tableau à New York assumé jusqu’au bout. Il s’est offert la rédemption dans la ville même où il avait tout laissé s’échapper.
La question n’est plus de savoir s’il gagnera un autre Grand Chelem. Elle est désormais beaucoup plus simple : jusqu’où peut-il pousser cette saison qui ressemble de plus en plus à la prise de pouvoir qu’il promettait depuis des années ?




