US Open : Dane Sweeny éliminé, l'Amérique en crise
La nuit new-yorkaise a refermé brutalement le conte de fées de Dane Sweeny. Troisième tour, Arthur Ashe en fond sonore, et une hanche qui lâche au pire moment : l’Australien s’incline en trois sets, 6-4, 6-3, 6-3, face à l’Italien Luciano Darderi, tête de série numéro 21 et 22e mondial.
Ce n’est pas seulement une défaite. C’est la fin de la dernière flamme australienne en simple à Flushing Meadows, et la première fois en cinq ans qu’aucun joueur ou joueuse du pays ne voit la deuxième semaine à New York.
Alex de Minaur, éliminé dès le deuxième tour par Botic van de Zandschulp, avait déjà surpris tout le monde en quittant la scène prématurément. Sweeny, lui, tenait le rôle inattendu de survivant. Il sort finalement frustré, autant par son corps que par son niveau de jeu.
« Ça a été une semaine incroyable, une semaine qui change une carrière, mais je ne peux pas m’empêcher d’être un peu déçu par ma performance d’aujourd’hui », a-t-il reconnu.
La hanche le gêne, le timing s’échappe, les fautes s’enchaînent. « Je ne sentais pas vraiment la balle, pas le rythme comme ces derniers jours. J’ai fait beaucoup d’erreurs bon marché, et c’était très frustrant. »
Le score raconte une histoire sèche, mais derrière, il y a un joueur qui voulait se mesurer vraiment à un top 30. « J’étais prêt à perdre un match, mais je voulais vraiment le tester davantage, élever mon niveau pour en faire un vrai combat. Gagner ou perdre, je voulais au moins le faire vraiment travailler pour sa victoire, et je n’ai pas réussi. »
De wildcard de dernière minute à chèque qui change une vie
Le simple fait de voir Sweeny au troisième tour relevait déjà de l’anomalie heureuse. Numéro 123 mondial, il ne devait même pas être là. Il n’a obtenu son billet pour le tableau principal qu’à la dernière minute, après deux forfaits tardifs qui ont permis à Tennis Australia de lui attribuer le wildcard réciproque initialement offert à Alexei Popyrin.
Il a saisi l’ouverture à pleines mains.
Pour sa première apparition dans le grand tableau à New York, le Queenslander de 25 ans signe la meilleure performance de sa jeune carrière en Grand Chelem : un huitième de finale manqué, certes, mais une place dans les 32 derniers qui change tout.
Sur le plan sportif, d’abord. Sweeny est provisoirement projeté vers le 109e rang mondial, un bond qui le rapproche dangereusement du top 100. S’il parvient à y entrer d’ici la fin de saison, il s’offrira pour la première fois une entrée directe dans le tableau de l’Open d’Australie. Sans passer par les qualifications. Sans dépendre d’une invitation.
Sur le plan financier, ensuite. Le chèque de 402 500 dollars qu’il va empocher a un poids bien particulier pour un joueur habitué aux circuits secondaires. « Le côté financier va aider pour le coaching et les personnes avec qui vous voyagez », a-t-il expliqué. C’est la promesse de mieux s’entourer, de voyager différemment, de planifier une saison sans compter chaque billet d’avion.
La suite, il veut l’aborder avec une forme de lucidité rare : « C’est excitant aussi. Mais ça se fera tout seul. C’est difficile de ne pas y penser parce qu’on est conditionnés à vouloir ce petit chiffre le plus bas possible à côté de notre nom, mais je peux juste me concentrer sur le travail, sur le fait de m’améliorer. Et surtout rester vraiment bienveillant avec moi-même et essayer de profiter du voyage. »
Le voyage se termine à New York, mais il vient seulement de changer de catégorie.
Fritz, Keys, Anisimova : la claque américaine
Pendant que Sweeny quittait la scène, le public américain encaissait une autre série de coups. La journée a tourné au cauchemar pour les finalistes nationaux du passé à l’US Open.
Chez les hommes, Taylor Fritz semblait filer vers un succès tranquille. Neuvième tête de série, finaliste en 2024, il n’avait pas perdu un set de la semaine et menait deux manches à rien face à Francisco Cerundolo. Puis le match a basculé. Net. Brutalement.
L’Argentin a trouvé son meilleur tennis, a serré le jeu, a imposé son rythme. Résultat : un renversement total, 3-6, 4-6, 6-3, 6-4, 6-4. Pour Fritz, c’est la sortie la plus précoce depuis quatre ans à New York. Pour Cerundolo, une première qualification en huitièmes de finale à l’US Open, arrachée en remontant un vice-champion en titre.
Les femmes n’ont pas été épargnées.
Madison Keys, finaliste en 2017, menait 5-0 dans le troisième set face à Zheng Qinwen. Le match semblait plié, le public déjà prêt à célébrer. Puis tout s’est effondré.
Jeu après jeu, la Chinoise est revenue, a grignoté l’écart, a repris le contrôle. Elle s’impose finalement 1-6, 7-6 (7/3), 7-5, avant de s’écrouler sur le court, submergée par l’émotion, elle qui tente de sortir d’une période compliquée dans sa carrière.
Son prochain obstacle sera immense : Iga Świątek. L’ancienne numéro un mondiale, titrée à New York en 2022, a dû batailler, mais elle a tenu son rang face à Marie Bouzková : 7-6 (7/3), 7-6 (7/3). Deux tie-breaks pour rappeler que, même sans dominer outrageusement, elle sait verrouiller les moments clés.
La série noire américaine ne s’est pas arrêtée là. Amanda Anisimova, tête de série numéro 10 et finaliste l’an passé, n’a pas réussi à inverser la tendance d’une saison frustrante en Grand Chelem. Elle tombe en deux sets, 6-2, 7-5, contre Anastasia Potapova.
Gauff, dernier phare dans la nuit
Dans ce paysage sombre, une seule lumière a tenu bon : Coco Gauff. La championne en titre a assumé son statut et offert au public une bouffée d’air. Sérieuse, solide, elle écarte Cristina Bucșa 6-3, 6-4 et poursuit sa route.
Pour l’instant, c’est elle, et elle seule, qui porte les espoirs d’un pays habitué à voir plusieurs de ses stars s’installer durablement en deuxième semaine. Le tableau s’est resserré, les illusions sont tombées, mais New York aime les résistants.
Reste à savoir si Gauff, elle, tiendra jusqu’au bout dans ce rôle de dernière gardienne des rêves américains.




