US Open : Alcaraz face à l'Amérique en quête de héros
Pendant quelques jours, le décor est planté : Carlos Alcaraz face aux États-Unis. Un homme contre un pays en manque de héros à domicile depuis Andy Roddick en 2003.
Le tableau masculin a gardé trois Américains en vie – Ben Shelton, Frances Tiafoe, Alex Michelsen – tous regroupés dans la même moitié que le tenant du titre. Si l’Espagnol traverse ce champ de mines, il peut repousser encore un peu plus la quête d’un champion américain à Flushing Meadows.
Shelton, première barricade sur Arthur Ashe
Mardi, Arthur Ashe Stadium se transforme en chaudron. Alcaraz, sept fois titré en Grand Chelem, retrouve Ben Shelton en quart de finale. Un duel qui ressemble à une affiche de nuit toute écrite : service surpuissant, poing serré, public debout.
Le champion espagnol sait exactement à quoi s’attendre. Il ne jouera pas seulement contre Shelton, mais contre 24 000 New-Yorkais prêts à pousser leur joueur vers une deuxième demi-finale à l’US Open.
Alcaraz l’a reconnu : Shelton va s’appuyer sur cette marée de soutien, sur cette énergie brute qu’offre Ashe à un Américain en feu. Si le gaucher de 23 ans parvient à décrocher sa première victoire contre l’Espagnol, une chose sera sûre : il y aura un Américain en finale.
Car derrière, le vainqueur de Shelton–Alcaraz retrouvera en demi-finale… un autre joueur à domicile.
Tiafoe–Michelsen, deux visages d’une même ambition
De l’autre côté de ce mini-tableau 100 % US, Frances Tiafoe et Alex Michelsen se disputent l’autre billet pour le dernier carré.
Tiafoe connaît le décor. Tête de série numéro 11, 28 ans, déjà deux fois stoppé en demi-finale de l’US Open : par Taylor Fritz l’an passé dans un duel fratricide, et par Alcaraz en 2022. Il vise une troisième chance d’atteindre enfin une finale de Grand Chelem.
Sa forme du moment donne du crédit à cette ambition. Finaliste à Cincinnati le mois dernier, Tiafoe a transporté son élan jusque New York. Sur Ashe, porté par un public qui l’adore, il se nourrit de cette atmosphère unique.
Il décrit ce soutien comme une expérience presque irréelle, une sensation de flotter, de ne plus toucher le sol, avec un niveau de jeu qui grimpe au rythme du bruit.
Face à lui, Michelsen offre un contraste total. À 22 ans, discret, classé 46e mondial, il avance sans fracas. Il avoue avoir apprécié rester « sous le radar » pendant que Tiafoe, Shelton, Fritz ou Tommy Paul occupaient les projecteurs.
Cette discrétion ne tient plus. Sans perdre un set, Michelsen s’est frayé un chemin jusqu’à son premier quart de finale en Grand Chelem. Le voilà propulsé à son tour sur Ashe, en pleine lumière.
Il ne cache pas ses nerfs : chaque tour l’a vu ressentir la pression. Mais il parle surtout de gestion, de contrôle, de capacité à apprivoiser ces émotions match après match. Jusqu’ici, il s’en sort à merveille.
Une armada américaine retrouvée
Au total, six joueurs et joueuses américains se sont hissés en quarts de finale cette année à Flushing Meadows – trois chez les hommes, trois chez les femmes. Un chiffre qu’on n’avait plus vu depuis 2002.
Chez les hommes, la présence en demi-finale d’un Américain est assurée. Reste à savoir si Alcaraz laissera l’un d’eux aller jusqu’au bout.
Depuis Roddick, les demi-finales à domicile n’ont pas manqué, mais les finales se font rares : seul Taylor Fritz y est parvenu ces dernières années, battu par Jannik Sinner il y a deux ans, après que Roddick lui-même a chuté face à Roger Federer en 2006. La disette est tenace.
Chez les femmes, la relève est déjà là
Le tableau féminin raconte une autre histoire. Pas de longue sécheresse ici. La dernière championne américaine ne remonte pas à une autre époque : Coco Gauff a soulevé le trophée en 2023, encore adolescente, concrétisant des promesses déjà anciennes.
Cette année, la numéro 3 mondiale Jessica Pegula affronte Emma Navarro dans un quart de finale 100 % américain. Pegula, 31 ans, modèle de régularité sur le circuit WTA, court toujours après un premier titre majeur. Elle a touché du doigt ce rêve en 2024, finaliste battue par Aryna Sabalenka.
Navarro, 25 ans, connaît une trajectoire plus sinueuse. Sabalenka l’avait stoppée en demi-finale cette même année. Depuis, la joueuse américaine a dû lever le pied, s’éloigner du circuit pour des problèmes de santé. La voilà de retour, à nouveau proche du très haut niveau.
En huitièmes, sur Ashe, elle a dominé la Russe Anna Kalinskaya, tête de série 21. À la sortie du court, elle a glissé avec humour qu’elle aurait dû déjà tenter de rallier le public à sa cause, histoire de s’assurer qu’il revienne la pousser face à Pegula. Elle sait qu’elle en aura besoin.
Plus loin dans le tableau, Gauff, désormais 22 ans, peut rejoindre Pegula ou Navarro en demi-finales. Pour cela, il lui faudra dominer la Russe Mirra Andreeva, tête de série numéro 5, mercredi.
Une ville, un tournoi, un duel
New York aime les histoires simples : un héros local, un adversaire immense, une nuit qui bascule. Cette année, la trame est limpide.
D’un côté, une vague américaine qui n’a jamais semblé aussi dense depuis plus de vingt ans. De l’autre, Carlos Alcaraz, champion en titre, déjà figure centrale de Flushing Meadows.
S’il repousse Shelton, puis Tiafoe ou Michelsen, il prolongera encore la frustration d’un public en quête de successeur à Roddick. S’il cède, Arthur Ashe aura peut-être trouvé un nouveau visage à célébrer.
Le court le plus bruyant du monde n’attend plus qu’une chose : choisir son camp.




