logo

Tiffany Teo remporte l'or aux Jeux asiatiques de Nagoya

Nagoya – Dans le vacarme contenu du Nagoya City Inae Sports Centre, Tiffany Teo a offert à Singapour sa première médaille d’or des Jeux asiatiques. Une victoire arrachée en prolongation, en -60 kg traditionnel, face à l’Ouzbèke Khilola Sobirova, et un cri longtemps retenu qui a enfin explosé.

Une revanche, un symbole

Cette finale n’était pas qu’un combat pour un titre. C’était une affaire inachevée. En mai, Sobirova l’avait privée d’or en finale des Asian Mixed Martial Arts Championships 2026. À Nagoya, Teo a remis les pendules à l’heure.

Les juges avaient donné un round à chaque combattante. Il a donc fallu une prolongation, un dernier effort, un dernier souffle. Teo, le kimono marqué de sang, a tenu plus fort, plus longtemps. Quand sa main s’est levée, elle s’est effondrée en larmes avant que son mari et entraîneur, Sim Kai Xiong, ne la hisse sur ses épaules. Image puissante. Une pionnière portée par celui qui l’accompagne depuis des années.

« J’étais vraiment submergée », a-t-elle confié, encore secouée. Elle a admis n’avoir « jamais pleuré après un combat ». Représenter Singapour aux Jeux asiatiques, supporter l’attente, les espoirs, le poids de l’histoire… tout a lâché au coup de gong final. Des larmes, oui, mais des larmes de joie.

Une pionnière qui refuse le déclin

À 36 ans, Teo sait que la fenêtre se referme. Sa carrière professionnelle a démarré en 2016, avec une fiche de 8-2 sous la bannière de One Championship jusqu’en 2022, avant un long tunnel de près de trois ans sans combat. Elle n’est revenue dans la cage qu’en juin 2025, avec la promotion chinoise JCK MMA. Beaucoup auraient décroché. Elle, non.

Son objectif dépasse désormais ses propres résultats. Elle veut que cette médaille serve de levier pour le MMA à Singapour. Elle se voit comme une pionnière, et cela l’inquiète de voir la discipline perdre en popularité dans son pays après plus d’une décennie à s’y consacrer.

Son message est clair : cette médaille doit ouvrir une voie nationale pour le MMA, comme il en existe pour la boxe, la lutte, le judo et d’autres sports de combat. Une structure, une équipe nationale, un horizon. Elle veut que les jeunes puissent se dire : « Il y a un chemin pour moi. » À Nagoya, elle vient d’en tracer un.

Un parcours semé d’embûches

Son tournoi a commencé le 20 septembre, par un premier jalon historique. En quart de finale, Teo domine l’Iranienne Arezou Salimighalehtaki par décision unanime. Avec ce succès, elle offre déjà à Singapour sa première médaille asiatique en MMA, discipline qui fait ses débuts aux Jeux.

Avec deux médailles de bronze attribuées aux perdantes des demi-finales, elle est alors assurée de monter sur le podium. Mais elle vise l’or, rien d’autre.

Le 21 septembre, la demi-finale contre l’Indienne Suchika Tariyal se transforme en casse-tête. Après deux rounds, les deux combattantes sont à égalité. Nouvelle prolongation. Les juges donnent d’abord la victoire à Teo. On croit l’affaire réglée. Pas tout à fait.

Le clan indien conteste. Conformément au règlement de l’Asian Mixed Martial Arts Association (AMMA), un autre collège d’arbitres revoit la reprise vidéo de la prolongation. Décision renversée : match déclaré nul. Place alors à un critère rarement mis en lumière, mais prévu par le règlement : le poids au contrôle du matin.

Sur la balance, l’écart est infime, mais décisif. Teo affiche 58,8 kg. Tariyal 59,85 kg. La Singapourienne passe, grâce à 1,05 kg de moins. Un détail, un chiffre, mais un billet pour la finale. Elle le transforme, deux jours plus tard, en or.

L’or qui lance la campagne singapourienne

Cette médaille inaugure la troisième journée de compétition des Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya pour la délégation de Singapour, forte de 304 athlètes. Elle s’ajoute à l’argent historique de Gan Ching Hwee sur 1 500 m nage libre et au bronze de Zeanne Law en wushu (taijiquan-taijijian).

La barre est haute quand on se souvient de Hangzhou 2023 : 16 médailles, dont trois en or. À Nagoya, le premier titre tombe des poings et des projections d’une combattante qui a connu les salles vides, les années sans combat, les doutes silencieux.

Tiffany Teo quitte le tatami avec l’or autour du cou, le visage encore marqué par l’effort et l’émotion. Elle sait qu’elle n’a « probablement plus que quelques années compétitives » devant elle. Mais ce soir-là, à Nagoya, elle a fait plus que gagner un tournoi. Elle a posé une question à tout un pays : que compte faire Singapour de cette voie qu’elle vient d’ouvrir pour le MMA ?

Tiffany Teo remporte l'or aux Jeux asiatiques de Nagoya