Team USA : cinquième titre mondial consécutif à Berlin
BERLIN – Menées de 14 points, bousculées comme rarement, les Américaines ont vacillé. Elles n’ont pas cédé. Au bout d’une finale longtemps crispée, Team USA a renversé la France pour s’offrir un cinquième titre mondial consécutif, 97-79, dimanche 13 septembre, en finale de la FIBA Women’s World Cup 2026.
Une dynastie ne se juge pas à ses soirées faciles, mais à la façon dont elle survit aux tempêtes. À Berlin, les États-Unis ont pris l’orage bleu et blanc en pleine figure… puis ont répondu avec la brutalité d’une équipe qui refuse l’idée même de la chute.
Le trou d’air, puis la tempête américaine
La France, pour sa première finale mondiale, avait parfaitement lancé son histoire. Adresse, agressivité, confiance totale : l’écart grimpe jusqu’à +14 dans la première mi-temps, le plus gros déficit du tournoi pour les Américaines. Les WNBA stars Gabby Williams et Dominique Malonga portent les Bleues, agressent, punissent. Ensemble, elles finiront à 41 points et auront longtemps tenu l’espoir d’un exploit monumental.
Et puis la réalité du très haut niveau a repris ses droits.
Breanna Stewart, Chelsea Gray, Jackie Young, Kahleah Copper. Quatre noms, une colonne vertébrale. Quand le match a commencé à brûler, ce sont elles qui ont pris le ballon, les tirs, le tempo. Les quatre vétéranes combinent 65 points, Stewart signant un double-double de patron (22 points, 10 rebonds, 4 passes) en 30 minutes, plus gros temps de jeu du match côté USA.
La bascule arrive après la pause. L’intensité défensive monte d’un cran, les lignes de passe se ferment, les Françaises perdent leur rythme. Les Américaines déroulent un 3e quart-temps asphyxiant, passent devant, s’échappent. L’avance montera jusqu’à +27. La finale, un temps incertaine, devient démonstration.
Breanna Stewart, l’ère d’une reine
Il y a les chiffres, et il y a ce qu’ils racontent. Quatre titres mondiaux. Autant que Sue Bird, record de Team USA. Un nouveau trophée de MVP de la compétition, le deuxième de sa carrière, une première dans l’histoire de la FIBA Women’s World Cup. Et cette finale où elle devient la première Américaine à compiler au moins 20 points et 10 rebonds dans un match pour l’or.
Sur l’ensemble du tournoi, Breanna Stewart tourne à 12,8 points, 7,3 rebonds et 2,8 passes. Mais son impact dépasse les colonnes de stats : c’est autour d’elle que se structure l’identité de cette sélection depuis plus d’une décennie. Quand Kara Lawson lâche, en conférence de presse, qu’« elle est USA Basketball », ce n’est pas une formule. C’est un constat.
À Berlin, Stewart a tenu son rang de visage de la sélection. Et elle l’a fait dans le match qui compte le plus.
Jackie Young, la constance en feu
Jackie Young n’a pas simplement brillé. Elle a réécrit une ligne de l’histoire de la compétition.
Seule joueuse américaine à avoir inscrit au moins 10 points dans chaque rencontre à Berlin, elle signe sa meilleure prestation au moment le plus lourd de sens : 18 points, 6 rebonds, 5 passes, un 7/14 au tir, un 4/7 longue distance en finale. Élue joueuse du match, elle devient la première basketteuse à cumuler au moins 15 points, 5 rebonds et 5 passes dans une finale de Women’s World Cup.
Son palmarès personnel ressemble désormais à un curriculum vitae impossible : titre de championne au lycée, NCAA, WNBA, or olympique en 5x5, or en 3x3, et désormais or mondial. Une trajectoire qui n’a qu’un fil conducteur : elle gagne partout où elle passe.
Et dans cette finale, au cœur de la réaction américaine, son agressivité et sa précision à trois points ont servi de carburant à la remontée.
Les vétéranes tiennent la barre, la relève attend
Le roster américain était présenté comme un savant mélange de cadres et de talents émergents. Sur le parquet, le message a été clair : la jeunesse attendra encore un peu son tour.
Paige Bueckers joue moins de trois minutes. Sonia Citron et Kiki Iriafen à peine plus d’une poignée de secondes. Les promesses sont bien là, mais au moment où la finale s’emballe, Kara Lawson resserre la rotation autour de ses joueuses d’expérience. Stewart, Young, Gray, Copper dépassent toutes les 27 minutes de jeu.
Ce sont elles qui calment la tempête française, imposent le rythme, verrouillent les possessions clés. Les jeunes sont « up next », comme le veut la formule, mais à Berlin, les vétéranes ont rappelé une vérité simple : le présent leur appartient encore.
France, première finale et mur américain
Pour la France, cette finale restera malgré tout un jalon majeur. Première apparition à ce niveau, première fois à 40 minutes d’un titre mondial. Pendant une mi-temps, les Bleues ont regardé Team USA droit dans les yeux, voire mieux.
Mais un détail résume la soirée tricolore : Marine Johannes. Avant la finale, elle domine le tournoi à trois points avec 19 tirs primés. Face aux Américaines, elle s’éteint : 5 points en 23 minutes, 1/6 derrière l’arc. Frustration grandissante, jusqu’à cette faute antisportive sifflée après une claque au visage de Kahleah Copper dans le troisième quart-temps. Symbole d’une équipe qui voit le match lui échapper, sans parvenir à retrouver son fil.
La marche était encore trop haute. Le plafond de verre, lui, est désormais bien visible. Reste à savoir quand – et comment – la France le brisera.
Angel Reese, reine des mèmes et de l’énergie
Angel Reese n’a pas eu besoin de remplir la feuille de stats pour marquer la soirée. Sa présence se lit sur les ralentis et les captures d’écran.
Sur le banc, sur le parquet, elle vit chaque possession comme une finale de playoffs. Son visage fermé, presque féroce, quand les Américaines reviennent des vestiaires avec le couteau entre les dents, a déjà commencé à tourner sur les réseaux. Un peu plus tard, elle explose de joie pour ses coéquipières, debout, bras en l’air, totalement investie dans le run qui enterre la France.
Une collection de moments viraux qui accompagne une réalité sportive : cette équipe vit ensemble, et l’énergie de ses remplaçantes nourrit la domination de ses cadres.
Kara Lawson et Sue Bird, pression maîtrisée
Avec des Jeux olympiques à domicile en ligne de mire, le duo Kara Lawson – Sue Bird n’avait pas le droit à l’erreur. La première devait gagner, la seconde devait construire un groupe capable de le faire, malgré le forfait d’A’ja Wilson avant le tournoi.
Sue Bird a misé sur un mélange audacieux : sept joueuses disputaient leur premier grand tournoi avec la sélection senior. Kara Lawson, elle, a trouvé le bon dosage, s’appuyant sur les vétéranes dans les moments brûlants et offrant aux plus jeunes des minutes taillées pour les mettre en valeur sans les exposer.
Si Team USA avait échoué à Berlin, chaque choix aurait été disséqué jusqu’aux Jeux de Los Angeles. À la place, la question ne se pose plus. Le programme reste entre les mêmes mains, et les critiques se taisent. Pour l’instant.
Le monde progresse, mais le trône ne bouge pas
Les signaux d’un resserrement du niveau mondial existent. L’Espagne a poussé les Américaines en demi-finale avant de céder après la pause. La France a mené de plus de dix points en finale. Les talents se multiplient sur tous les continents.
Mais au moment de distribuer l’or, c’est toujours la même bannière qui se déploie.
Pendant que les parieurs rêvaient d’un chaos improbable, Team USA a refermé la porte avec une froide efficacité. Et dès jeudi 17 septembre, la plupart de ces joueuses reprendront l’avion, retrouveront la WNBA et un calendrier qui repart de plus belle : Sun–Dream, Mystics–Sky, Sparks–Wings, puis un double programme Mercury–Fire et Storm–Aces pour relancer une saison déjà dense, avant un nouveau trio d’affiches le 18, dont un Fever–Toronto Tempo et un Liberty–Lynx qui sentiront encore la poudre mondiale.
Le cycle continue, les titres s’empilent, les adversaires s’organisent. La vraie question, désormais, n’est plus de savoir si quelqu’un peut battre Team USA sur un match. Elle est de savoir qui osera, un jour, lui arracher une médaille d’or.




