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Stephen Fleming, nouveau sélectionneur de l’équipe de test d’Angleterre

Stephen Fleming, nouveau sélectionneur de l’équipe masculine de test d’Angleterre, n’a pas mis longtemps à comprendre ce qu’il venait d’accepter. Un poste « trop beau pour dire non », dit-il. Et au cœur de ce défi, une obsession : les Ashes.

« Les Néo-Zélandais adorent battre l’Australie, ça ne change pas », confie-t-il à 1News.

Cette rivalité-là, il l’a dans le sang. La vivre à travers le prisme de l’Angleterre, avec la charge émotionnelle et historique de la série, représente pour lui un sommet de carrière. Il avoue même devoir « réfréner » son excitation.

Doutes initiaux, feu intérieur

À 53 ans, Fleming n’a pourtant pas sauté tête baissée. Quand l’Angleterre l’appelle, il vient à peine de tourner la page de 18 années de Indian Premier League, où il a bâti sa réputation sur la durée, notamment avec Chennai Super Kings.

« Tu te poses et tu te demandes : est-ce que je peux vraiment avoir un impact ? » raconte-t-il.

Le poste se libère, il a « trois, quatre jours » pour décider. Presque rien pour quitter un projet de longue haleine et se lancer dans un autre. Alors il s’assoit avec sa famille, met tout sur la table : le poids du rôle, le respect qu’il a pour le cricket anglais, l’héritage, la pression.

Au fil des discussions, quelque chose s’allume. « Il y a eu quelque chose qui a commencé à brûler dans le ventre, et ça n’a cessé de grandir à mesure que j’avais plus d’informations sur le poste, sur les gens, en parlant avec Brendon [McCullum], en comprenant les défis et à quel point il avait aimé ça, à quel point c’était dur. »

Fleming n’est pas n’importe qui dans le paysage néo-zélandais. Plus grand capitaine de l’histoire des Black Caps en test, 28 victoires à la tête de la sélection, une décennie de capitanat entre 1997 et 2007, avant de prendre sa retraite internationale en 2008. Son nom reste associé au cricket en blanc, à la réflexion de long terme, à la construction.

Un retour aux sources, malgré les doutes

Certains l’ont rapidement pointé du doigt : 18 ans à piloter des franchises T20, est-ce vraiment le profil idéal pour redresser une équipe de test en crise ? Fleming, lui, voit l’inverse. Pour lui, c’est un retour à la maison.

« Mon ADN, c’était jouer en blanc, le capitanat, les défis et les récompenses qui allaient avec, après avoir eu la chance de diriger la Nouvelle-Zélande aussi longtemps. J’ai grandi avec le red ball et j’ai appris le white ball. »

Le T20 a façonné sa carrière récente, mais sa passion profonde reste le test cricket. Il le répète : sa manière de planifier, son style, collent davantage à la longueur, à la densité, à la stratégie.

Et l’Angleterre en a besoin. Le contexte est lourd : défaite 4-1 dans les Ashes en début d’année, revers 2-1 en série de test face à la Nouvelle-Zélande en juin, image écornée par une série d’incidents nocturnes liés à l’alcool, enquête disciplinaire, un ancien capitaine, Ben Stokes, parti en retraite de test en plein milieu d’une série. Le tout sur fond de licenciement de Brendon McCullum en juillet du poste de coach test, même s’il conserve les rênes en T20 et en ODI.

McCullum, confident et relais

Le lien entre les deux hommes est central dans cette histoire. McCullum a fait ses débuts en sélection sous le capitanat de Fleming. Aujourd’hui, ils sont aussi partenaires en affaires. Les conversations ont été franches, essentielles.

« C’est un défi parfois, mais il est génial », sourit Fleming.

McCullum, touché d’avoir perdu le poste, ne lui a pas caché sa peine, mais il a aussi poussé son ancien capitaine vers cette opportunité. « Il n’aurait pas pu en parler plus positivement ni plus l’endosser. »

Ce tandem à distance pourrait devenir une force pour l’Angleterre : mieux gérer les ressources, les joueurs, les calendriers entre test, ODI et T20, harmoniser les cultures tout en respectant les spécificités de chaque format. « C’est agréable d’avoir ce visage familier avec ce regard professionnel, pour essayer d’accomplir, espérons-le, de grandes choses. »

Fleming n’a pas encore dévoilé la composition de son staff. Il plaisante : « Je suis un peu plus vieux que lui, donc je pourrai encore attirer les bons gars, même s’il dit maintenant qu’il a plus d’expérience et que je suis le second couteau. On a une petite bataille là-dessus. »

L’ombre des Black Caps, le choix de l’Angleterre

La question a forcément été posée : pourquoi pas un rôle avec la Nouvelle-Zélande ? Fleming ne ferme jamais cette porte dans sa tête, mais l’offre concrète venait d’Angleterre. Et il estime que les Black Caps n’ont pas besoin de lui.

« Non, ils sont trop bons. Ils sont en place, ils marchent très bien », dit-il, en insistant sur le respect immense qu’il porte à cette équipe et à des joueurs qu’il connaît intimement.

Pour l’instant, sa feuille de route est claire. Il a manqué la récente série de test de l’Angleterre contre le Pakistan pour des engagements personnels en Nouvelle-Zélande et doit encore honorer un contrat de commentateur pour des T20 lors de la tournée de l’Inde. Mais il assure être désormais en position « de tout donner ».

Son premier grand rendez-vous : une série de test en Afrique du Sud, entre décembre et début janvier. Un baptême du feu dans des conditions rarement indulgentes.

Redonner un cerveau à l’équipe

Fleming veut ramener du « fond » au jeu anglais. Il parle de « substance et de stratégie », de joueurs capables de s’adapter dans les tempêtes plutôt que de s’effondrer. Le rôle du capitaine reste, à ses yeux, sacré.

« Nous sommes l’un des seuls sports encore dirigés de l’intérieur, depuis le terrain. Il faut s’assurer que Joe Root et les autres leaders soient bien armés. »

Root, 35 ans, ancien capitaine entre 2017 et 2022, est au cœur de son projet. Sur le terrain et en dehors.

Fleming veut travailler ce qu’il appelle le “cricket smarts” : la capacité à lire les situations, à ajuster les plans, à gérer les moments clés. « C’est ça que je trouve très amusant », dit-il. Il parle d’« identité », de « sentiment d’appartenance », de standards clairs, de la responsabilité de bien représenter le maillot, quel qu’il soit.

C’est ce qu’il dit avoir appris à la tête des Black Caps, et ce qu’il veut transposer dans ce vestiaire anglais, parfois secoué, souvent scruté.

L’empreinte néo-zélandaise

On lui a demandé si l’attitude décontractée typiquement kiwi convenait à l’Angleterre d’aujourd’hui. Fleming renvoie la balle à l’ECB, rappelant que le Royaume-Uni a l’habitude des sélectionneurs étrangers, notamment dans les sports dominants comme le football.

Il insiste surtout sur un trait de caractère : la débrouillardise néo-zélandaise. « Nous n’avons pas les mêmes ressources que les grandes nations, ce n’est pas propre au cricket. Alors on pense différemment, on regarde en dehors du cadre, on presse la pierre jusqu’à la dernière goutte pour pouvoir rivaliser sur la scène mondiale. C’est notre ADN, ce fil de fer numéro 8 dont on est si fiers. »

Cette contrainte forge, selon lui, des entraîneurs qui abordent les situations sous un autre angle et qui soignent les relations. « Tu ne peux pas les brûler en Nouvelle-Zélande quand tu n’as pas beaucoup de ressources. » Résultat : l’accent est mis sur ce qui peut être contrôlé, la culture, la cohérence quotidienne. « Et il faut la vivre, parce qu’il n’y a pas d’autre option. »

Son ambition pour l’Angleterre ne souffre d’aucune ambiguïté : il veut en faire la meilleure équipe de test au monde. Il sait ce que cela implique. Pression médiatique, critiques, débats incessants. « C’est le sommet, il y a beaucoup d’attention sur ce rôle en Angleterre. Mais je suis convaincu qu’il y a de la marge pour évoluer, sur le plan culturel, sur ce sentiment d’appartenance que ces joueurs recherchent. »

Héritage de “Bazball” et ajustements nécessaires

Impossible de contourner le sujet McCullum. Le style agressif, rebaptisé “Bazball”, a transformé une équipe moribonde en symbole de renouveau, avec un cricket positif, audacieux, presque sans peur. Fleming ne minimise pas l’impact.

Il parle d’un changement « remarquable ». Il rappelle que tout a vraiment pris forme contre la Nouvelle-Zélande, lors d’une tournée en Angleterre, avec des performances qui ont forcé le monde à se retourner. Il souligne le courage de McCullum et de Ben Stokes pour imposer cette révolution de style.

Pour Fleming, le paysage a ensuite évolué. Les standards posés par l’Angleterre ont servi de repère. Les autres équipes ont rattrapé le retard, adapté leurs plans, et le modèle a été « challengé » en fin de cycle.

À ses yeux, ce n’est pas un échec, mais un point de bascule. À lui maintenant de garder l’audace sans tomber dans la caricature, de maintenir le spectacle tout en réinjectant du calcul, du tempo, de la gestion de risque. Il le dit sans détour : à l’heure où les formats courts attirent les foules et l’argent, le test cricket a besoin qu’on le défende, qu’on le porte. « Nous avons la responsabilité de divertir et de bien jouer ce format. »

Discipline, nuit et image à restaurer

Reste un chantier sensible : l’extra-sportif. Les épisodes de sorties nocturnes, l’alcool, les sanctions, l’enquête, ont abîmé l’image de l’équipe. Fleming ne cache pas sa déception. Il promet un travail d’éducation, de responsabilisation.

Dans ce domaine, Joe Root devient un modèle, presque un totem. Fleming le compare à Kane Williamson. « Ils incarnent tout ce qu’il y a de mieux dans la manière de se comporter, tout en restant de grands joueurs. » L’exemplarité comme levier de transformation.

Il prévient : « Il y a du travail. » Mais il ne passera pas par des règles simplistes. Pas question de réimposer un couvre-feu de minuit. Le contrôle ne remplacera pas la culture. Il veut des joueurs qui comprennent pourquoi les standards existent, pas des hommes qui les subissent.

Les Black Caps au loin, l’Angleterre en ligne de mire

Un jour, l’Angleterre de Fleming recroisera la route des Black Caps. Il n’y pense pas encore, dit-il. « Heureusement, il reste deux ans pour accumuler des performances avant ça. Ce sera une belle bataille. »

D’ici là, il devra prouver que ce “cricketer en blanc” au pedigree néo-zélandais peut réveiller une institution anglaise secouée, redonner du sens au jeu long, canaliser les nuits agitées et préparer une équipe capable, un jour, de reprendre les Ashes à l’Australie.

La flamme, elle, brûle déjà. Reste à savoir si elle embrasera tout un vestiaire.