logo

Stephen Fleming : l'obsession de battre l'Australie

Stephen Fleming, nouvelle boussole d’un England en quête de repères, n’a pas mis longtemps à annoncer la couleur. Il arrive avec une idée fixe, presque enfantine dans sa simplicité, mais centrale dans l’ADN du cricket anglais : battre l’Australie. Battre les Aussies, enfin.

« J’ai la même obsession », lâche-t-il.

Le ton est posé, mais le message est clair. Le Néo-Zélandais sait exactement dans quel imaginaire il vient s’inscrire. Chez lui aussi, en Nouvelle-Zélande, l’Australie est le grand frère arrogant, le voisin tout-puissant que le « petit cousin » rêve de renverser. Cette rivalité, il la porte en lui depuis toujours. Désormais, il la partage avec une nation entière.

Une obsession assumée : l’ombre des Ashes

Les prochaines Ashes auront lieu l’été prochain au Royaume-Uni. England n’a plus remporté la série depuis 2015 et traîne encore la cicatrice du 4-1 encaissé en Australie l’hiver dernier. La question tombe donc naturellement : cette obsession australienne ne devient-elle pas malsaine ?

Fleming ne laisse aucun espace au doute. Non, dit-il. Parce que lui aussi vit avec cette fixation. Parce que la Nouvelle-Zélande suit de près les performances d’England face à l’Australie, comme si chaque revers anglais résonnait au-delà de la mer de Tasman. « On veut battre les Aussies. On a un profond désir de les battre dans tout », insiste-t-il. Le discours ne cherche pas à minimiser l’obsession. Il la revendique. Il la transforme en moteur.

Ironie de l’histoire : en tant que capitaine de la Nouvelle-Zélande, Fleming n’a jamais gagné un seul de ses 14 Tests contre l’Australie. C’est peut-être ce qui donne à ses mots une intensité particulière. Il sait ce que c’est que de frapper sans jamais faire tomber la porte.

Après le chaos, le gestionnaire

Fleming succède à Brendon McCullum, son ami, son ancien coéquipier, son partenaire en affaires. Un homme avec lequel il partage beaucoup, mais pas le même tempérament. « Je miserai sur le favori, lui jouera la cote la plus improbable », résume-t-il, mi-sérieux, mi-amusé. La formule en dit long.

Sous McCullum, le cricket de Test d’England a souvent ressemblé à une partie de poker à ciel ouvert : audace, prises de risques, longs paris tactiques. Les résultats, eux, ont fini par se fissurer. Deux victoires seulement sur les dix derniers Tests, dont la gifle reçue en Australie. La magie initiale de la révolution offensive s’est diluée dans l’inconstance.

Avec Fleming, l’ambiance change. Le Néo-Zélandais arrive avec une aura de calme, de contrôle. Un homme qui parle de vision, de structure, de discipline. Un « grand frère », comme certains décrivent déjà le duo Fleming-McCullum. Le sentiment, en interne, est limpide : England a désormais un adulte dans la pièce.

Pas de « marque », mais une équipe qui lit le jeu

On lui parle de « style », de « marque » de jeu. De ces étiquettes qui collent aux équipes modernes. Il tranche : non, un collectif de Test ne devrait pas être prisonnier d’un branding. Pour lui, la vraie force se trouve ailleurs.

Ce qu’il veut, c’est une équipe capable de lire les conditions, de s’adapter aux situations, de changer de peau d’un jour à l’autre s’il le faut. Un cricket pensé, planifié, avec « une discipline et une structure de base très solides », mais sans étouffer la créativité. De la rigueur, oui. De la personnalité, aussi.

On lui parle déjà de « Flemball ». Il balaye ça d’un revers, en plaisantant sur une « condition médicale ». Le message est limpide : il ne veut pas d’étiquette, il veut des victoires.

Standards, dérives nocturnes et cas Brydon Carse

Impossible d’ignorer l’éléphant dans le vestiaire. La fin de l’ère McCullum a été entachée par des affaires de sorties nocturnes, de soirées qui débordent, de lignes de conduite floues. Même après le changement de coach, les histoires ont continué.

Le nom de Brydon Carse s’est retrouvé au cœur de l’actualité après une accusation d’agression le mois dernier. Derbyshire Police a clos l’enquête, sans suite judiciaire. Mais le dossier ne s’arrête pas là : le Cricket Regulator va désormais se pencher sur son cas. Le joueur reste sélectionnable, même s’il n’a plus été convoqué dans aucun format depuis l’incident.

Sur ce terrain, Fleming ne se cache pas derrière les statistiques. Oui, la sélection se fera sur les runs et les wickets. Mais pas seulement. « Il y a des standards », martèle-t-il. Il parle de privilège, de responsabilité, d’attitude à tenir en permanence, pas seulement quand les caméras sont braquées. Vivre ces standards « chaque jour », voilà ce qu’il veut instaurer. Ceux qui espéraient que tout serait oublié avec un nouveau coach risquent d’être déçus.

Une présence déjà forte sur le terrain

Fleming n’a pas attendu le premier Test pour s’immerger. On l’a vu à Old Trafford lors de la victoire d’England contre le Sri Lanka dans le troisième T20. On l’a vu aussi sur les terrains de county, en visite, à la rencontre des joueurs, des staffs, des dirigeants. Il a notamment retrouvé Ben Stokes lors du nul de Durham contre Worcestershire.

Avec Stokes, l’histoire est particulière. Ils se connaissent bien, notamment grâce à leur passage commun à Chennai Super Kings en Indian Premier League. Beaucoup se demandaient si Fleming tenterait de le faire revenir sur sa décision, lui qui a pris sa retraite internationale en juillet. La réponse est nette : non.

Fleming dit respecter à 100 % ce choix. Il décrit un Stokes « en paix », heureux, tourné vers un hiver en famille. Il sait ce que représente une telle décision pour un joueur et refuse d’en gratter la surface pour en tirer un dernier service. Là encore, le ton est celui d’un manager qui comprend les cycles, les corps, les esprits.

Un humour sec, une autorité tranquille

Lors de cette première prise de parole, Fleming n’a pas joué au gourou. Mais il a laissé filtrer des éclats de personnalité. Il a plaisanté sur une « fracture de stress de l’oreille gauche » à force de répondre au téléphone depuis sa nomination. Il a évoqué ses apparitions en tenue de carnaval à Chennai pour détendre le vestiaire. Des détails, certes, mais qui dessinent un coach à la fois sérieux et accessible.

Le contraste avec l’ère précédente est frappant. Moins de grandiloquence, plus de mesure. Moins de paris insensés, plus de pourcentages joués avec méthode. Moins de chaos, espère-t-on, et plus de constance.

Reste l’essentiel : gagner. Le premier grand test arrivera en décembre, en Afrique du Sud. Ensuite, l’obsession reprendra toute la place : l’été, les Ashes, l’Australie, ce vieux démon à exorciser. Fleming a déjà annoncé le programme. À présent, il doit prouver qu’il peut transformer cette obsession en résultats.