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Shelton met fin au règne d'Alcaraz à l'US Open

À 3 h 33 du matin, Arthur Ashe Stadium vibrait encore. Les yeux rougis, les jambes lourdes, mais la main toujours aussi lourde au service, Ben Shelton a mis fin au règne de Carlos Alcaraz à l’US Open au terme d’un combat qui a basculé dans l’histoire du tournoi par son heure de conclusion comme par son intensité.

Score final : 6-7 (5), 6-1, 6-3, 1-6, 7-6 (10-7).

Quatre heures et vingt-huit minutes d’un bras de fer qui a renvoyé le tenant du titre au vestiaire et propulsé l’Américain en demi-finale.

« Je suis fatigué. C’était une guerre », a soufflé Shelton. Le mot n’était pas de trop. Face à lui, un double vainqueur en Grand Chelem, invaincu depuis 18 matches dans les tournois majeurs, qui a refusé de lâcher même lorsque son corps a commencé à le trahir.

Alcaraz, héroïque jusque dans la nuit

Le scénario aurait pu tourner au conte habituel pour Alcaraz. L’Espagnol, vainqueur de l’Open d’Australie en début de saison, disputait son premier tournoi depuis avril après une blessure au poignet droit. Il a poussé la machine jusqu’au bout, au point de vomir avant l’ultime manche, puis de repartir au combat comme si de rien n’était.

Il a cédé, mais pas renoncé. « Je pars heureux et la tête haute, a-t-il assuré. La vérité, c’est que je voulais gagner… mais notre objectif était aussi de quitter le tournoi après avoir enchaîné des matches et en restant en bonne santé. » Mission partiellement accomplie, même si la série de 18 victoires en Grand Chelem s’arrête nette dans la moiteur new-yorkaise.

L’Espagnol connaissait déjà le décor des nuits folles de Flushing Meadows. En 2022, il avait remporté le précédent match le plus tardif de l’histoire du tournoi, face à Jannik Sinner, pour s’envoler ensuite vers son premier titre majeur à 19 ans. Cette fois, le théâtre est resté le même, mais le rôle principal a changé de camp.

Shelton porté par Arthur Ashe

Le public, lui, n’a pas déserté. Des milliers de spectateurs sont restés cramponnés à leurs sièges, Arthur Ashe Stadium encore rempli à près d’un tiers au moment de la balle de match. Les « USA ! USA ! » ont fusé, entremêlés aux « Shelton ! Shelton ! », même face à un Alcaraz pourtant adoré.

L’Américain a bu cette énergie à grandes gorgées. « C’est incroyable, a-t-il lancé. Je dis toujours que c’est la plus grande ville de sport au monde, et que c’est le plus grand stade du monde. J’espère juste que mon meilleur ami et ma sœur là-bas n’ont pas à être au travail à 6 h dans trois heures… »

Sur le court, Shelton avait pris la main très tôt après la perte du premier set au jeu décisif. Il a renversé le match en empochant neuf jeux consécutifs, du début du deuxième set jusqu’à 3-0 dans le troisième. Son service, souvent au-delà des 140 mph, a martelé la défense d’Alcaraz, qui a dû courir derrière le score et derrière son souffle.

Dans le super tie-break final, l’Espagnol a encore trouvé des ressources. Quatre points d’affilée, 5-3 pour lui. On a cru revoir le scénario habituel, celui où il retourne des situations compromises à la faveur d’un éclair de génie. Mais Shelton a planté ses appuis, retrouvé la précision de sa première balle, profité aussi de quelques erreurs adverses, et renversé une dernière fois la nuit à son avantage.

Tiafoe, le retour de flamme

La journée – interminable – des quarts de finale en simple a ressemblé à un test d’endurance général. Trois des quatre affiches se sont jouées au super tie-break du cinquième set. Elle avait commencé par Aryna Sabalenka, victorieuse de la championne de Wimbledon Linda Noskova, pour poursuivre sa quête d’un troisième titre consécutif à l’US Open. Elle s’est achevée avec Shelton, mais aussi avec un autre Américain revenu de très loin : Frances Tiafoe.

Tiafoe, tête de série n°11, a arraché sa place en demi-finale en renversant Alex Michelsen : 5-7, 3-6, 7-5, 6-3, 7-6 (10-6). Longtemps, tout a penché du côté du jeune n°46 mondial, qui n’avait pas perdu le moindre set depuis le début du tournoi. Deux manches en poche, 5-4 service à suivre dans la troisième : il tenait la porte grande ouverte vers un exploit.

Il n’a pas su l’enfoncer. Tiafoe, lui, a fini par se réveiller. « Ce n’était pas bon, disons-le comme ça. Ce n’était pas bon », a-t-il reconnu au sujet de son début de match, qu’il a qualifié de « lent et plat ». Le format en cinq manches lui a offert un sursis. « Trois sets gagnants, c’est une bénédiction, parce que tu as le temps de te remettre en route. J’ai clairement attendu la dernière minute. »

Cette dernière minute a duré trois sets. Michelsen, lui, a encore trébuché dans l’exercice le plus cruel : il affiche désormais un bilan de 0-6 dans les matches en cinq manches. La marche de la haute intensité reste, pour l’instant, un peu trop haute.

Un Américain en finale, c’est certain

Le duel Shelton–Tiafoe en demi-finale offre au tennis masculin américain une garantie qu’il attend depuis longtemps : un représentant en finale d’un Grand Chelem. Le dernier à avoir soulevé un trophée majeur remonte à 2003, quand Andy Roddick avait triomphé à l’US Open. Une autre époque.

Tiafoe connaît déjà les coulisses du dernier carré new-yorkais, où il s’était hissé en 2022. Shelton, lui, surfe sur une dynamique impressionnante, après un deuxième titre consécutif au Canadian Open le mois dernier. Deux trajectoires qui se croisent, deux styles électriques, un stade acquis à la cause locale : la nuit de vendredi promet un vacarme assumé.

De l’autre côté du tableau, la certitude est tout aussi nette : un nouveau champion de l’US Open sera couronné. Aucun des quarts de finalistes de cette moitié, emmenée par le n°1 mondial Alexander Zverev, n’a encore gagné à Flushing Meadows.

Les nuits new-yorkaises adorent les changements de pouvoir. Shelton vient d’en écrire un, en éteignant le règne d’Alcaraz au bout de la nuit. Reste une question, désormais : ce coup de tonnerre n’était-il que le début de sa propre ère ?