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Sanctions lourdes pour les Clippers : violation du salary cap

Le couperet est tombé sur Los Angeles. Après près d’un an d’enquête, la NBA a infligé mercredi l’une des sanctions les plus sévères de son histoire moderne aux Los Angeles Clippers, à leur propriétaire Steve Ballmer et à Kawhi Leonard pour « violation des règles de contournement du salary cap ».

Un an de suspension pour Ballmer. 30 millions de dollars d’amende pour la franchise. Cinq choix de premier tour de Draft retirés entre 2029 et 2033. 700 000 dollars d’amende pour Leonard. Et un entourage sévèrement ciblé. Le message d’Adam Silver est limpide : toucher à l’architecture salariale de la ligue a un prix.

Une enquête qui remonte loin et frappe au cœur

Tout a vraiment commencé en septembre dernier, lorsqu’un podcast de Pablo Torre a mis le feu aux poudres. Le journaliste y détaillait un système d’accords commerciaux douteux autour de Kawhi Leonard, pointant du doigt un possible contournement du salary cap par les Clippers.

La NBA ouvre alors une enquête. Elle va remonter jusqu’aux contrats d’endorsement de Leonard, fouiller les liens financiers entre la franchise et plusieurs entreprises, et mettre au jour ce que la ligue décrit désormais comme « un schéma de mauvaise conduite » et « de multiples violations significatives » des règles.

Au centre du dossier : un accord de sponsoring méconnu entre Leonard et Aspiration, une société se présentant comme engagée dans la durabilité, aujourd’hui en faillite après avoir levé des centaines de millions de dollars. L’accord promettait à Leonard des sommes importantes… sans réelle contrepartie visible.

L’enquête découvre ensuite un second deal du même genre avec Daktronics, fabricant de tableaux d’affichage. Et ce n’est pas tout : selon la NBA, les Clippers ont « initié de manière affirmative » des opportunités de revenus off-court pour Leonard auprès de deux autres sociétés, Boingo Wireless et Lockton Insurance, en échange de perspectives de business avec la franchise.

Le mécanisme est clair pour la ligue : utiliser des partenariats commerciaux pour compléter la rémunération de Leonard en dehors du cadre strict du salary cap.

Une liste de sanctions sans précédent pour les Clippers

La NBA ne s’est pas contentée de viser l’institution. Elle a ciblé les personnes, les décisions, les responsabilités.

  • Les Clippers perdent cinq choix de premier tour de Draft, de 2029 à 2033.
  • La franchise reçoit une amende de 30 millions de dollars.
  • Steve Ballmer est suspendu de « toutes les activités de la ligue et de l’équipe » pendant un an, pour avoir « sciemment cherché à aider M. Leonard à obtenir des opportunités de revenus off-court, pour avoir approuvé un accord commercial qu’il savait être une condition préalable à l’accord d’endorsement avec Aspiration, et pour son incapacité à instaurer des conditions garantissant le respect des règles de contournement ».
  • Gillian Zucker, présidente des opérations business des Clippers, est suspendue sans salaire pendant un an, jugée « principalement et directement responsable » des accords d’endorsement jugés illégaux et pour avoir fourni « des déclarations fausses et trompeuses » aux enquêteurs.
  • Lawrence Frank, président des opérations basket, est suspendu sans salaire pendant six mois pour son implication dans ces accords et pour avoir approuvé des dépenses jugées illégitimes pour Leonard et sa famille.
  • Kawhi Leonard doit verser 700 000 dollars à la NBA « en lien avec ses violations ».
  • Dennis Robertson, l’oncle de Leonard, est banni pendant cinq ans de toute activité ou interaction business avec les franchises NBA et leurs affiliés au nom ou en lien avec tout joueur ou membre du personnel.

La NBA et la NBPA ont confirmé que ces sanctions sont « définitives et contraignantes pour toutes les parties ». Adam Silver, lui, n’a pas masqué son irritation.

« Le système de rémunération négocié collectivement est un élément fondamental de la compétition que la ligue organise au bénéfice des équipes, des joueurs et, au final, des fans », a déclaré le commissionner. « Je suis profondément déçu par les violations flagrantes de nos règles et par les échecs institutionnels et de leadership des Clippers qui ont conduit à ces agissements. La sévérité des sanctions reflète la gravité des violations. »

Comment Leonard et les Clippers ont franchi la ligne

Le rapport de synthèse de l’enquête détaille la mécanique. Les Clippers ont, selon la ligue, initié et facilité des « opportunités de revenus off-court » et des « accords d’endorsement » pour Leonard avec Aspiration Partners, Boingo Wireless, Daktronics et Lockton Insurance.

Ces entreprises auraient été « incitées » à signer avec Leonard par la promesse de contrats commerciaux avec les Clippers. La franchise est également accusée d’avoir payé des « dépenses personnelles au nom de Leonard et de ses représentants » et de ne pas avoir signalé des sollicitations inappropriées pour des revenus off-court formulées par Dennis Robertson, alors business manager de la star.

Leonard, lui, est jugé en infraction « par la conduite de Robertson ». La NBA estime que ce dernier a exercé des pressions sur les Clippers pour obtenir ces revenus annexes, qu’il a effectivement obtenu ces deals, et que Leonard n’a pas remboursé certaines dépenses personnelles réglées par la franchise.

Les Clippers montent au créneau, Leonard accepte sa part

Face à ce réquisitoire, la réaction des Clippers est frontale. Dans un communiqué, la franchise dit « rejeter avec véhémence » les conclusions de la NBA et dénonce une enquête « fortement biaisée ».

Le club affirme que ce que la ligue lui a présenté en privé diffère de ce qui a été rendu public, et annonce son intention de contester « vigoureusement » les conclusions et les sanctions par tous les moyens possibles, misant désormais sur un processus d’arbitrage qu’il espère « éthique et impartial ».

Le ton est très différent du côté de Kawhi Leonard. Par la voix de son nouvel agent, Harrison Gaines, l’ailier reconnaît des « manquements de jugement » dans son entourage, tout en assurant n’avoir eu « aucune connaissance d’une quelconque intention de contourner le salary cap ».

Il insiste sur son intégrité, dit avoir signé ses contrats avec les Clippers et les accords commerciaux « de bonne foi », et explique vouloir tourner la page alors qu’il se prépare à rejoindre les Toronto Raptors, avec qui un trade a été conclu en juin mais suspendu le temps de l’enquête. Leonard assure se concentrer désormais sur son retour à Toronto et sur « un nouveau départ ».

Aspiration, fraude, et un vieux dossier qui refait surface

Pour comprendre comment la NBA en est arrivée là, il faut remonter à la chute d’Aspiration. En juin, Joe Sanberg, cofondateur de la société, a été condamné à 14 ans de prison pour fraude envers des investisseurs. Lorsque l’entreprise a fait faillite, les documents ont révélé Leonard comme créancier. Steve Ballmer, lui, y avait investi 60 millions de dollars. Dennis Wong, seul propriétaire minoritaire des Clippers, avait injecté 1,99 million de dollars… neuf jours avant un paiement de 1,75 million à Leonard. Sa fille travaillait chez Aspiration. Un accord de patch de maillot avec les Clippers avait même été évoqué, sans jamais voir le jour.

En 2023, deux anciens employés d’Aspiration ont déposé une plainte de lanceur d’alerte auprès de la SEC, sous peine de parjure, accusant la société d’avoir versé à Leonard « un bonus incitatif destiné à contourner le salary cap de la NBA, déguisé en accord de sponsoring marketing organique ». Un ex-membre du département financier d’Aspiration est ensuite apparu dans le podcast Pablo Torre Finds Out, affirmant qu’on lui avait explicitement demandé de ne pas remettre en question le contrat de Leonard, car « il servait à contourner le salary cap ».

La NBA a interrogé Sanberg dans le cadre de son enquête, puis a informé le juge Stephen V. Wilson qu’il avait coopéré. Ballmer, de son côté, a fourni une déclaration d’impact de victime mettant en cause la crédibilité de Sanberg.

Ce dossier n’arrive pas dans le vide. Dès 2019, au moment de la free agency de Leonard, plusieurs rapports faisaient déjà état de demandes illégales formulées par Dennis Robertson à d’autres franchises. Selon Bruce Arthur du Toronto Star, le clan Leonard aurait réclamé aux Toronto Raptors des parts dans la franchise, mais aussi dans les Maple Leafs, et 10 millions de dollars supplémentaires par an en revenus de sponsoring. Quand les Raptors auraient répondu qu’il existait forcément des entreprises locales prêtes à signer avec Leonard, la réponse aurait fusé : « Nous ne voulons rien faire. »

La même année, The Athletic rapportait des demandes similaires adressées aux Los Angeles Lakers : avion privé, maison, et participation au capital de la franchise. Les Lakers auraient refusé. La NBA avait alors enquêté, sans trouver de faute du côté des Clippers. Cette fois, la ligue estime avoir toutes les pièces du puzzle.

Une saison déjà chaotique, un avenir plombé

Sur le terrain, la saison des Clippers avait déjà pris un virage étrange. Leonard a livré de bonnes performances, mais la machine n’a jamais vraiment pris. Annoncée parmi les prétendantes au titre, la franchise a démarré au ralenti, terminé à 42–40, avant de s’incliner face aux Warriors lors du Play-In Tournament.

À la trade deadline, les Clippers ont envoyé James Harden et Ivica Zubac ailleurs, signe d’un regard tourné vers l’avenir. Cet avenir vient de se compliquer brutalement. Cinq premiers tours de Draft envolés sur une fenêtre clé (2029–2033), un propriétaire écarté un an, une direction sportive et business décapitée, l’oncle de la star banni, et la réputation de la franchise à nouveau éclaboussée.

Kawhi Leonard, lui, ne sera ni suspendu ni privé de son contrat. Il doit désormais reprendre la route de Toronto dans un contexte brûlant, avec un dossier judiciaire clos mais une trace durable dans les coulisses de la ligue.

La NBA, de son côté, vient de rappeler que le salary cap n’est pas une ligne grise à négocier, mais un mur à ne pas franchir. Reste une question, lourde : combien de temps faudra-t-il aux Clippers pour se relever de ce coup de sifflet-là ?