Ryan Garcia expédie Conor Benn et défend son titre WBC
À Las Vegas, Ryan Garcia n’a pas eu besoin d’un round complet pour rappeler qui commande à 147 lb. Moins de quatre minutes. Deux reprises à peine pour balayer Conor Benn et conserver son titre WBC des welters au T-Mobile Arena, dans une salle acquise à sa cause en plein week-end de la fête de l’Indépendance mexicaine.
Face à lui, un Benn gonflé de promesses – « ténacité, férocité, rancœur » – après une promotion électrique. Dès la première cloche, le Britannique tient parole. Il jaillit de son coin, impose un rythme furieux, cherche à noyer le champion sous les échanges. Il travaille au corps, accroche Garcia derrière la tête sur un coup non sanctionné. Le ton est donné : ce ne sera pas une soirée d’observation.
Garcia, lui, ne panique pas. Il laisse venir, absorbe, regarde. Son crochet gauche, sa signature, part déjà régulièrement, comme un avertissement. Il parle ensuite de ce premier round comme d’un téléchargement de données : protéger, lire, mémoriser. Pendant que Benn s’épuise à forcer la porte, l’Américain commence à trouver le timing.
Le tournant arrive très vite. Début de deuxième reprise, Benn tente de réduire encore la distance, de continuer à marcher sur le champion. Mauvais choix. Garcia déclenche une droite sèche, parfaite, pleine mâchoire. Benn ne la voit pas. Il s’effondre lourdement, en tas, sur le tapis. Il se relève, mais ses jambes racontent une autre histoire. Son regard aussi.
Garcia n’hésite pas. Il fonce, lâche les deux mains, matraque jusqu’à ce que l’arbitre Thomas Taylor s’interpose à 1’25’’ du deuxième round. Arrêt net, sans bavure pour le champion. Contestable pour certains ? Pas pour lui.
« Ils auraient pu arrêter quand il était au sol, il était ailleurs, a insisté Garcia. Je l’ai regardé dans les yeux, il n’était même plus là. Si ça avait continué, vous auriez vu un homme inconscient sur le ring. L’arbitre est là pour protéger le boxeur. »
À 28 ans, Garcia (26-2, 21 KO) réussit la première défense de la ceinture conquise en février dans cette même arène face à Mario Barrios, qu’il avait envoyé au tapis avant de le dominer aux points. Ce nouveau succès, brutal et spectaculaire, renforce encore son statut de star américaine chez les welters.
Pour Benn (25-2, 14 KO), la nuit a un goût amer. Il espérait marcher dans les traces de son père Nigel, ancien champion WBC des super-moyens il y a plus de trente ans. Il avait accepté de redescendre à 147 lb pour la première fois depuis quatre ans et demi, lui qui était monté jusqu’en middleweight. Il parlait de « traverser les enfers » pour faire le poids. Vendredi, il s’était présenté à 146 lb, son poids le plus léger depuis sept ans. Le sacrifice n’aura pas suffi.
Derrière ce choc, il y avait aussi un bras de fer de promoteurs. Le combat était co-promu par Zuffa Boxing, la jeune structure de Dana White, qui a arraché Benn en avril après dix ans passés sous la bannière Matchroom d’Eddie Hearn. Garcia reste, lui, lié à Golden Boy Promotions d’Oscar De La Hoya. Les deux camps se sont longtemps écharpés avant de boucler l’accord. Samedi soir, chacun pouvait se consoler avec un chèque estimé autour de 15 millions de dollars.
Le duel marquait surtout une forme de réhabilitation sportive pour deux boxeurs récemment engloutis par les polémiques de dopage. Garcia avait été contrôlé positif à l’ostarine, un agent anabolisant interdit, après sa victoire d’avril 2024 contre Devin Haney. Le résultat avait été transformé en no-contest, assorti d’une suspension d’un an, son équipe évoquant des compléments alimentaires contaminés.
Le cas Benn était encore plus explosif : deux contrôles positifs au clomifène avant son combat avorté de 2022 contre Chris Eubank Jr, et deux ans d’interdiction de boxer au Royaume-Uni. Il a toujours clamé son innocence avant d’être blanchi par le National Anti-Doping Panel. Samedi, les deux hommes se retrouvaient donc au centre d’un des plus gros événements de l’année, ceinture en jeu et réputation à recoudre.
Garcia, lui, quitte Las Vegas avec bien plus qu’un simple titre défendu. Sa cote remonte, son image se polit, ses options se multiplient. Et la soirée ne s’arrête pas au gong final.
À peine l’interview télévisée de l’après-combat commence-t-elle qu’elle vire au chaos, fidèle au personnage. Depuis le ring, Garcia repère Teófimo López au bord de la scène. Le détenteur de la ceinture WBA est déjà en train de le provoquer, prêt à monter. Le champion WBC le chauffe aussitôt : « Unified time. Where you at, Teo ? » hurle-t-il, appelant à l’unification.
L’échange monte d’un cran. « Tu veux devenir fou ? On va devenir fou, lâche Garcia. Je te démonte maintenant si tu veux. » Le message est clair, la cible aussi. Dans la foulée, il règle ses comptes verbaux avec Devin Haney, champion WBO et témoin intéressé de la soirée après leur premier duel entaché par l’affaire de dopage. Garcia promet de « le battre à nouveau » pour le titre incontesté et envoie une insulte sans filtre à la famille Haney.
Autour du ring, un autre nom plane : Shakur Stevenson. Quadruple champion du monde, actuellement en activité une catégorie en dessous à 140 lb, il officie ce soir-là au micro pour Paramount+. Lui aussi a fait savoir qu’un combat contre Garcia l’intéresserait. Difficile de trouver plus bankable qu’un affrontement entre l’un des visages de la nouvelle génération américaine et un technicien aussi redouté.
Au milieu de ce tourbillon de noms, Garcia tranche finalement. « Je veux unifier contre Teófimo, c’est le plan, explique-t-il. C’est un énorme combat, Teo est un gars spectaculaire, la promotion sera folle et c’est un très bon boxeur. Alors allons-y. »
Un crochet du droit, deux rounds, un challenger au sol et un vestiaire de champions dans le viseur : à 147 lb, Ryan Garcia vient d’annoncer qu’il ne compte plus attendre son tour.




