Ruben Amorim et les défis du Milan : critiques et attentes
À la veille d’un déplacement piégeux sur la pelouse de la Lazio, Ruben Amorim n’a pas esquivé. Ni les critiques, ni les comparaisons, ni les cas individuels qui agitent déjà le début de saison du Milan.
Son message, en revanche, est resté le même : le projet d’abord, l’équipe avant tout, et une idée de jeu qu’il ne compte pas renier.
Un nul contre la Juventus qui laisse des traces
Deux victoires, un nul. Comptablement, le Milan d’Amorim avance. Mais le 1-1 face à la Juventus a rallumé un vieux procès : celui d’un Milan jugé trop prudent, trop défensif, trop « statique ».
Le Portugais ne s’est pas réfugié derrière les chiffres.
« Le dernier match n’a pas été seulement statique ; je pense qu’on a manqué d’énergie », a-t-il reconnu.
Son analyse est tranchée : bonne maîtrise du ballon en première période, puis une équipe qui s’éteint dans les trente derniers mètres.
Le coach a pointé ce qui l’a le plus agacé : les pertes de balle évitables, parfois sans pression, ces passes négligées qui ont offert des situations à la Juventus. Des détails qui, à ce niveau, font basculer un match et retournent une dynamique. Le staff a déjà remis le nez dedans à l’entraînement. Les joueurs savent où ça a coincé.
Gonçalo Ramos ciblé, Amorim répond collectif
À Turin, Gonçalo Ramos a cristallisé une partie des critiques. Invisible par séquences, moins tranchant, loin du joueur qui avait brillé contre Torino et Venezia.
Amorim, lui, refuse de réduire le débat à un seul nom.
Pour lui, la différence saute d’autant plus aux yeux que Ramos avait été brillant lors des deux premières sorties. Quand le niveau retombe, on le remarque tout de suite. Mais le problème, insiste-t-il, est avant tout collectif : compréhension du jeu, connexions, lecture des situations. « C’est plus une question de compréhension du jeu par tous les joueurs de l’équipe », a-t-il martelé.
Le message est clair : personne ne sera exposé seul. C’est le système qui doit monter en gamme.
« Plus que ça, c’est impossible » : l’expérience Manchester United
Les critiques ? Amorim ne les découvre pas à Milan. Il les a déjà prises de plein fouet à son ancien club, Manchester United, dans un environnement où la pression médiatique et populaire ne laisse aucun répit.
« La critique, c’est normal. Je l’ai déjà vécue dans mon ancien club. Plus que ça, c’est impossible »,
lâche-t-il, presque avec un sourire. Il sait ce qui l’attend dans un pays où le débat tactique est une seconde religion, surtout quand un étranger arrive « expliquer comment jouer votre football ».
Il ne se dérobe pas. Il assume ses idées. Et rappelle ce qu’on lui a demandé en arrivant : être positif, marquer des buts, faire avancer le club. Parfois, ce plan se heurte à une réalité simple : en face, les Spalletti, les Fabregas et consorts savent aussi très bien faire jouer leurs équipes.
Face à la Juventus, Milan a eu plus le ballon. Mais Amorim le concède : « Parfois, même quand j’ai le ballon, l’autre est meilleur que moi. » L’intention, elle, ne bouge pas. Dominer, imposer son jeu, tout en acceptant que certains soirs, l’adversaire dicte le tempo.
Alphadjo Cissé, déjà prêt… et déjà attendu
Dans ce contexte électrique, un nom apporte une bouffée d’enthousiasme : Alphadjo Cissé. Deux buts en trois journées de Serie A, une personnalité qui déborde, et une probable première convocation avec la Nazionale lors de la prochaine trêve internationale.
Amorim ne freine pas la vague. Il l’accompagne.
« Si tu mets Cissé sur le terrain, il va jouer. Peu importe si c’est avec la sélection, avec Bastoni ou avec ces gars-là. Il va jouer, libre. Pour ça, il est prêt. »
Le technicien n’a aucun doute sur le caractère du jeune attaquant : il ne se cachera pas, ni à Milanello, ni à Coverciano.
Mais il nuance aussitôt. Prêt à jouer, oui. Prêt à être le joueur qu’il peut devenir, pas encore. L’entraîneur a déjà repéré une différence entre ses prestations à l’extérieur et celles à San Siro. Le stade pèse, le maillot aussi. Cissé doit apprivoiser tout cela.
Amorim demande donc du temps. Du temps pour apprendre, pour ajuster, pour encaisser l’exigence d’un grand club sans perdre cette liberté qui fait sa force. En sélection, assure-t-il, Cissé ne sera pas intimidé : il réclamera le ballon, il tentera. L’Italie, elle, guette déjà sa première apparition.
Pulisic frustré, premiers pas annoncés
Autre dossier brûlant : Christian Pulisic. Toujours sans la moindre minute cette saison, le joueur de la USMNT commence à s’impatienter. Amorim l’a admis : l’Américain est « contrarié » par son temps de jeu sur les trois premiers matches.
Le coach a toutefois annoncé qu’il aura enfin ses premières minutes de la saison 2026-27. Pas de promesses démesurées, mais un signal envoyé à un cadre offensif qui refuse de se contenter d’un rôle secondaire.
Dans un vestiaire où la concurrence est forte, gérer ces états d’âme sera l’un des grands défis des prochaines semaines.
Fabregas, Como et le faux modèle
Pendant que Milan se cherche encore, un autre club italien a frappé fort sur la scène européenne : Como. L’équipe de Cesc Fabregas a été la seule formation de Serie A à s’imposer lors de la première journée de la phase de Ligue des champions, en dominant RB Leipzig avec autorité.
De quoi en faire un modèle pour Milan ? La question a été posée. Amorim l’a balayée d’un revers de main.
Il rappelle que les deux entraîneurs viennent de mondes différents, travaillent dans des contextes opposés, avec des attentes et des trajectoires qui n’ont rien de commun. « Mister Cardinale ne m’a jamais dit que Como était l’inspiration », glisse-t-il. Si Milan veut jouer comme Como, ajoute-t-il, « il faut acheter l’entraîneur de Como ».
La formule est sèche, assumée. Amorim défend son identité, son style, sa méthode. Il cite les progrès entrevus contre Torino ou lors du match amical face à United. Pour lui, chaque projet demande du temps, même dans un club où la patience n’est jamais illimitée.
Une idée fixe : Milan d’abord
Au fil de la conférence, un leitmotiv revient sans cesse : « L’équipe sera toujours en premier. » Amorim le répète, presque comme un serment. Le club avant les ego, le collectif avant les débats esthétiques.
Il veut dominer les matches, oui. Il veut être « meilleur que l’adversaire d’une certaine manière ». Mais il sait aussi que les Spalletti, les Fabregas et les autres ne lui feront aucun cadeau. Dans ces batailles-là, les derniers coups de pied arrêtés, les derniers duels, les derniers mètres peuvent tout changer. Une victoire, et certaines questions retourneront dans la poche de leurs auteurs pour une semaine de plus.
Reste à voir si, dès Rome, ce Milan-là parviendra à accorder ses promesses, son identité et son besoin urgent de convaincre. Parce que dans cette Serie A-là, le temps laissé aux idées est souvent bien plus court que celui qu’il faudrait pour les voir éclore.




