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Razaullah électrise Edgbaston : un nouveau héros pour le Pakistan

Annulez le départ au golf du Belfry, repoussez la visite à Cadbury World, oubliez la virée shopping au Bullring. Il faudra revenir à Edgbaston. À cause d’un nom que personne n’attendait : Razaullah. Et de ce qu’on appelle déjà, à voix basse, le « Razball ».

Un inconnu qui retourne Edgbaston

L’Angleterre pensait s’offrir un samedi libre. Elle a trouvé face à elle un Pakistan décomplexé, mêlant violence et virtuosité au bâton, et un débutant de 21 ans qui a fait exploser tous les plans de Joe Root.

Razaullah, seulement huit matches de première classe au compteur, réputation de jeune rapide fougueux rappelant Waqar Younis, arrive au bâton au numéro neuf. Sur le papier, un tail-ender de plus à balayer. Sur le terrain, une tempête.

En deux heures de chaos pur, il frappe 81 runs sur 63 balles. Edgbaston bascule. Les supporters pakistanais, résignés depuis deux jours, se lèvent, hurlent, y croient à nouveau. Un nouveau héros, une nouvelle promesse.

On parlait depuis des mois de la fin de la vague « Bazball ». Birmingham vient peut-être d’assister à la naissance de son pendant venu du Pakistan.

Neuf sixes, deux battes brisées, une attitude

Dès ses premiers coups, le ton est donné : Razaullah ne défend pas, il démolit. Il prend trois battes avec lui. Il en casse deux sous la violence de ses frappes.

Les comparaisons fusent dans les tribunes et en cabine : des éclats de Shahid Afridi, un soupçon de Saeed Anwar dans la façon de fouetter la balle vers tous les recoins du stade. Il avance au crease avec une assurance désarmante, presque insolente, épaules larges, regard dur, comme si cette scène lui appartenait déjà.

Ramiz Raja, ancien capitaine du Pakistan, s’enflamme sur BBC Test Match Special : c’est sa première apparition pour la sélection, et il « illumine le spectacle ». Il salue cette attitude longtemps réclamée : langage corporel fort, confiance totale, un joueur que l’on imagine déjà réclamé dans tous les formats. Pour lui, c’est une « formidable réaction ».

Face à cette furie, Joe Root semble figé. Par moments, il a le visage d’un joueur d’échecs attendant qu’on lui signale que c’est à lui de jouer. Il place jusqu’à huit fielders en bord de corde. Rien n’y fait. Razaullah continue de balayer, de charger, d’attaquer.

Ce n’est pas seulement un bon cameo. C’est une manche à part.

Neuf sixes. Total record égalé pour une manche de Test sur le sol anglais. La seule autre fois ? Ben Stokes et ses 155 runs, neuf sixes contre l’Australie lors des Ashes 2023. Razaullah, à lui seul, frappe autant de sixes que Sir Geoffrey Boycott en 108 Tests sur l’ensemble de sa carrière. La statistique claque comme une gifle.

Un Pakistan libéré, une Angleterre bousculée

Le contexte rend cette révolte encore plus saisissante. Pakistan, écrasé pour 133 dès le premier jour, juste après le déjeuner, avait donné l’image d’une équipe perdue, sans cap, face à une Angleterre clinique, impitoyable. Quand les locaux montent ensuite à 453, beaucoup cochent déjà le samedi comme jour libre.

Les détenteurs de billets pour le quatrième jour se disent sans doute qu’ils ont misé sur la mauvaise date. L’idée de voir le moindre lancer samedi semble alors lointaine.

Puis quelque chose se débloque. Peut-être parce que tout le monde s’attend à une capitulation. Peut-être parce qu’il n’y a plus rien à perdre. Le batting pakistanais s’ouvre, respire, ose enfin.

Shan Masood montre la voie avec un 95 d’une solidité exemplaire, appliqué, presque ascétique. Babar Azam, débarrassé d’un poids visible sur ses épaules, ajoute 76, fluide, autoritaire. Le socle est posé.

Mais c’est bien Razaullah qui électrise le match. Celui dont on se souvenait surtout comme d’un jeune rapide signé pour jouer à Cleethorpes dans la Yorkshire Cricket Southern Premier League en 2026, avant d’être happé par un camp d’entraînement national en mai, devient soudain la figure centrale d’un Test à Edgbaston.

Michael Vaughan, ancien capitaine anglais, ne se trompe pas sur l’instant : pour lui, l’Angleterre gagnera ce Test. Mais il insiste sur l’essentiel côté pakistanais : ils ont mis la main sur un diamant brut, promis à devenir une superstar pour de longues années.

Une sortie théâtrale, un espoir bien réel

Même sa sortie, presque inévitable après une telle frénésie, se transforme en scène de théâtre. Sauvé une première fois sur un lbw de Dan Lawrence, il choisit l’attaque encore, danse vers l’avant sur la balle suivante… et se fait stumper. Edgbaston se lève, applaudit, savoure. Le jeune Pakistanais quitte la pelouse sous une ovation chaude, sincère.

À la fin de cette folle journée, le tableau d’affichage raconte une histoire que personne n’aurait osé écrire mercredi : Pakistan, désormais devant, avec 129 runs à défendre. Une chance mince, oui. Mais une chance tout de même, pour ce qui deviendrait l’une des victoires les plus retentissantes de son histoire récente.

Le Pakistan, une fois encore, fait passer ses supporters par tous les états en trois jours : de la résignation la plus profonde à une espérance presque déraisonnable. C’est ce que souligne encore Michael Vaughan : personne n’aurait parié sur un quatrième jour. C’est pourtant là, sous les yeux de tous, la nature même de ce cricket pakistanais, ballotté par les crises, traversé par les remous, mais capable de coups de génie qui défient la logique.

Pour l’Angleterre, cette journée laissera des traces. Les choix tactiques seront disséqués : bouncers à répétition, un seul over de spin, nouveau ballon confié à un spinner… Autant de décisions qui, cumulées, rappellent à Root et aux siens que la marche vers un statut de référence mondiale reste longue.

Reste une certitude : quoi qu’il arrive au quatrième jour, Edgbaston se souviendra de la première apparition de Razaullah. Et le Pakistan, lui, sait désormais qu’un nouveau nom vient de s’inscrire tout en haut de sa liste d’espoirs.