Pocognoli révolutionne l'Écosse : nouveaux talents et retours marquants
Sebastien Pocognoli n’a pas mis longtemps à annoncer la couleur. Pour sa première liste à la tête de l’Écosse, le technicien belge casse les habitudes, bouscule la hiérarchie et ouvre grand la porte à une nouvelle génération. Cinq nouveaux appelés, un retour très attendu, douze mondialistes absents : l’ère post-Coupe du monde démarre dans un fracas assumé.
Au cœur de cette révolution, deux noms attirent immédiatement la lumière : Robbie Ure et Luis Binks.
Ure, le pari offensif venu de Séville
Robbie Ure, 22 ans, arrive comme le symbole le plus éclatant de ce virage. Ancien produit de l’académie de Rangers, il a choisi de s’exporter tôt. Direction la Suède, Sirius, où il a empilé les buts avec une régularité de métronome : 20 réalisations en 20 matches. Un ratio qui n’est pas passé inaperçu.
Ce carton plein lui a offert un transfert à Sevilla, preuve qu’il a déjà le niveau pour respirer l’air du très haut niveau. Éligible aussi pour l’Ukraine par ses grands-parents, l’attaquant a finalement validé l’Écosse. Pocognoli n’a pas laissé passer l’occasion.
James McFadden, ancien buteur du pays, résume bien l’importance de ce choix. Selon lui, Ure a fait preuve de courage en quittant très tôt son cocon pour aller se construire ailleurs, loin des projecteurs familiers. Un parcours « peu conventionnel », mais respecté dans le vestiaire et observé de près depuis des mois. L’Écosse manquait de concurrence en pointe. Ure arrive pour combler ce vide, ou au moins pour le secouer.
Luis Binks, le capitaine venu du Nord
Derrière, un autre visage inédit : Luis Binks. Le défenseur de 25 ans porte le brassard à Brondby, en Danish SuperLiga, et connaît déjà le maillot écossais pour l’avoir porté chez les U18 avant de filer vers les sélections de jeunes anglaises.
Pocognoli lui offre une marche supplémentaire. Capitaine à l’étranger, profil mûr, habitué à porter des responsabilités : le message est clair. L’Écosse ne cherche pas seulement de la jeunesse, elle cherche des joueurs déjà rompus aux exigences d’un environnement compétitif.
Donovan, McPake, Welsh : la nouvelle vague locale
La liste ne s’arrête pas là. Colby Donovan, latéral droit de Celtic, s’invite lui aussi pour la première fois. Il a disputé tous les matches de son club cette saison et profite de l’absence d’Anthony Ralston pour s’installer dans le couloir. Un relais naturel, mais pas un simple intérimaire : sa régularité l’a imposé comme une évidence.
Sur l’aile, Josh McPake est récompensé de son départ estival réussi vers Hearts après son passage à St Johnstone. À Swansea City, Stephen Welsh, prêté avec succès à Motherwell par Celtic la saison dernière, a confirmé en Championship et s’ouvre à son tour les portes de la sélection.
Avec ces trois-là, Pocognoli ratisse large : un latéral en pleine bourre, un ailier en confiance, un défenseur central qui s’est aguerri en prêt puis en club. La base change de visage, mais pas de niveau.
McBurnie, le retour attendu
Au milieu de ce vent de fraîcheur, un nom bien connu revient s’asseoir à la table : Oli McBurnie. L’attaquant de Hull City n’avait plus porté le maillot écossais depuis 2021. Son absence avait laissé un vide, mais aussi des débats, parfois virulents.
McFadden le rappelle : McBurnie a essuyé une « backlash » ces dernières années, mais n’a jamais perdu sa flamme pour la sélection. Il a patienté, travaillé, retrouvé la Premier League avant de se poser à Hull. Le staff estime qu’il a gagné le droit de rejouer sa chance. L’idée est claire : voir s’il peut enfin s’emparer de ce fameux poste de numéro neuf que personne n’a verrouillé depuis trop longtemps.
Gilmour, Graham, Doig, Bowie, Miller, Wilson : les retours structurants
Le sélectionneur ne se contente pas de nouveautés. Il réactive aussi des dossiers en suspens. Billy Gilmour, milieu de Napoli, revient après une blessure au genou qui l’avait privé de la dernière liste de Steve Clarke. Pièce essentielle pour donner du rythme et de la justesse au milieu, il reste un pilier technique du projet.
Luke Graham, défenseur de Stoke City, prolonge quant à lui sa montée en puissance. Présent au camp d’entraînement pré-Coupe du monde en mai, il sort d’une saison de révélation avec Dundee et vient d’enchaîner chaque minute des quatre derniers matches de Championship, ponctués de trois victoires et un nul. Trois sélections U21 au compteur, et désormais le cran supérieur.
Dans le couloir gauche, Josh Doig (Sassuolo) retrouve lui aussi le groupe, tout comme Kieron Bowie, attaquant du même club italien. Lennon Miller, milieu d’Udinese, réapparaît au cœur du jeu, tandis que James Wilson (Hearts) renforce le secteur offensif. Autant de profils qui connaissent déjà l’environnement et peuvent s’intégrer sans délai.
Une liste marquée par les absences
Cette première liste de Pocognoli porte aussi les traces d’un chantier imposant. Douze joueurs présents à la Coupe du monde manquent à l’appel. Certains pour raisons médicales, d’autres par choix ou par contraintes de forme.
Scott McTominay, milieu de Napoli, se remet d’une intervention cardiaque mineure. Pièce maîtresse des dernières campagnes, il doit observer un temps de récupération. Devant, Lawrence Shankland (Rangers) est stoppé par une blessure aux ischio-jambiers, tandis que Che Adams (Torino) est lui aussi forfait.
À l’arrière, John Souttar (Rangers), Anthony Ralston (Celtic), Grant Hanley (Hibernian) et Dominic Hyam (Wrexham) sont absents. Le secteur offensif perd également Lyndon Dykes (Millwall), George Hirst (Stoke City) et Ross Stewart (Swansea City). Tyler Fletcher (Manchester United) manque lui aussi à l’appel.
La colonne vertébrale de la sélection change donc de manière brutale. Pocognoli ne se cache pas : il doit reconstruire vite, mais il choisit de le faire en assumant un virage plutôt qu’en bricolant.
Gardiens, cadres et ossature maintenue
Tout n’a pas été renversé pour autant. Dans les buts, Scott Bain et Jon McCracken reviennent après la retraite internationale de Craig Gordon, actée à l’issue de la Coupe du monde. Ils rejoignent Angus Gunn et Liam Kelly pour un groupe de gardiens qui mélange expérience et concurrence réelle.
Devant eux, des repères demeurent : Andy Robertson, désormais à Tottenham, reste le visage du groupe. Kieran Tierney (Celtic), Aaron Hickey (Brentford), Scott McKenna (Dinamo Zagreb), Nathan Patterson (Torino) et Jack Hendry (Al-Ettifaq) assurent une base familière en défense.
Au milieu, John McGinn (Aston Villa), Ryan Christie (Bournemouth), Lewis Ferguson (Bologna) et Kenny McLean (Norwich City) encadrent les retours de Gilmour, McPake et Miller. De quoi offrir à Pocognoli un noyau dur capable d’absorber les nouveaux sans perdre l’identité de jeu forgée ces dernières années.
En attaque, Findlay Curtis (Rangers) et Ben Gannon-Doak (Bournemouth) accompagnent Bowie, McBurnie, Ure et Wilson. Un mélange de puissance, de vitesse et de promesses, mais encore peu de certitudes. C’est là que se jouera une bonne partie de la suite.
Un calendrier sans filet en Nations League
Le laboratoire Pocognoli n’aura pas droit à une longue période d’essai. L’Écosse enchaîne immédiatement une campagne de Nations League dense et piégeuse.
Déplacement en Slovénie le 26 septembre (14h), réception de la Suisse le 29 septembre (19h45), voyage en Macédoine du Nord le 3 octobre (19h45), retour à domicile contre la Slovénie le 6 octobre (19h45), puis double confrontation de novembre : Écosse – Macédoine du Nord le 13 (19h45) et Suisse – Écosse le 16 (19h45).
Six matches, peu de marge, beaucoup de réponses à trouver. Les automatismes devront se créer en pleine compétition, sans préambule.
Pocognoli a choisi de trancher, de rajeunir, de rappeler ceux qui méritent une seconde chance et de miser sur ceux qui ont osé partir pour grandir. Reste une question, simple et brutale : cette nouvelle Écosse saura-t-elle transformer ce pari audacieux en équipe capable de gagner tout de suite ?




