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Pierre Sage et le mercato turbulent de Crystal Palace

À peine arrivé, Pierre Sage savait exactement où il mettait les pieds. Crystal Palace venait de vivre la période la plus faste de son histoire sous Oliver Glasner, un trophée européen en poche, un style affirmé, une exigence nouvelle. Et lui, le Français posé, a débarqué en juin dans ce décor en pleine ébullition, avec pour cadeau de bienvenue deux défaites, contre Everton puis Manchester City, et un mercato digne d’un film de catastrophe.

Les rumeurs ont d’abord mené le jeu. Ismaïla Sarr annoncé à Liverpool, Jean-Philippe Mateta courtisé par Aston Villa, des cadres de l’épopée en Conference League donnés partants. Au final, les deux sont restés à Selhurst Park. Palace a tout de même recruté quatre joueurs, mais a vu Malick Fofana filer à Sunderland dans l’un des feuilletons les plus tendus du dernier jour de marché. Bienvenue dans le sud de Londres.

Un mercato à la sauce Palace

Sage ne découvre pas la réputation du club pour les opérations de dernière minute. On lui en avait parlé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dix recrues signées le dernier jour lors des trois derniers mercatos estivaux. Une manière de fonctionner qui avait déjà agacé Glasner, aujourd’hui à Nottingham Forest avec Daniel Muñoz, après un été 2024 où Palace n’avait vraiment accéléré qu’au buzzer.

Le Français, lui, refuse de jouer les indignés. Il admet avoir dû s’adapter, mais insiste sur l’essentiel : le profil des joueurs. Pour lui, le plus important reste d’obtenir les pièces qu’il juge compatibles avec son idée de jeu. Même si la réalité du marché l’a souvent renvoyé à sa frustration.

Le dossier le plus sensible : remplacer Maxence Lacroix. Vendu à Chelsea en juillet, le défenseur français incarnait la colonne vertébrale de l’arrière-garde. Son départ a laissé un vide qui ne se comble pas uniquement avec des chiffres ou des noms sur un tableau. Sage avait une priorité claire : Ismaëlo Ganiou, 21 ans, pilier du Lens qui a remporté la Coupe de France et terminé deuxième de Ligue 1 sous ses ordres la saison dernière.

Lens a fermé la porte. Ganiou a prolongé début août. Palace a dû rayer son nom de la liste.

Des pistes qui s’effondrent, une défense encore orpheline

Le club s’est alors tourné vers d’autres options. Joel Ordóñez, de Club Brugge, figurait en bonne place, mais sa fracture au pied a fait capoter l’opération. Les discussions avec Augsburg pour Chrislain Matsima et avec Brest pour Raphaël Le Guen n’ont mené nulle part non plus.

Palace a finalement obtenu la signature d’Axel Disasi et le prêt du jeune Honest Ahanor. Deux renforts utiles, deux profils capables de combler une partie du manque. Mais la question demeure : le leadership de Lacroix, sa voix dans le vestiaire, sa lecture défensive, ont-ils réellement été remplacés ? Rien n’est moins sûr.

Le même scénario s’est répété plus haut sur le terrain. Mamadou Sangaré, ciblé au milieu de terrain, a choisi Brentford plutôt que Palace. Un nouveau refus venu de Lens, un de plus. Alors Sage a tenté un autre pari sentimental : faire venir Malick Fofana, qu’il avait connu à Lyon.

Ce dernier jour de mercato, le téléphone a chauffé. Appels répétés, argumentaire construit, insistance assumée. Rien n’y a fait. Fofana a dit non. Sage, lui, a salué publiquement l’énergie mise par le club dans ce dossier. On se bat, on insiste, mais à la fin, c’est le joueur qui tranche. Point final.

Reste à savoir si l’arrivée de Dario Osorio, attaquant chilien venu de Midtjylland en prêt avec obligation d’achat à 26 millions de livres l’été prochain, suffira à faire oublier cet échec. Osorio évolue principalement à droite, un poste où Palace n’était pas le plus démuni. Le pari est réel, le contexte exigeant.

Un effectif riche devant, compté derrière

Devant, justement, Palace a de la matière. Dwight McNeil est arrivé, Evann Guessand aussi – même si ce dernier n’a pas été retenu dans la liste pour la Ligue Europa. Sarr est resté. Les options offensives ne manquent pas, sur le papier.

Au milieu, le retour de Ben Chilwell et l’arrivée tardive de Quinten Timber densifient un secteur clé. De quoi calmer une partie des inquiétudes de Sage, d’autant que le club a résisté aux offres pour Adam Wharton. Des clubs majeurs, dont Manchester City et Chelsea, ont sondé le dossier. Palace a tenu bon. Le joueur, assure Sage, est aligné avec cette décision. Un message fort dans un été où la Premier League a vu circuler des sommes colossales.

Pas à Selhurst Park, toutefois. Après avoir battu deux fois son record de transfert en janvier avec Jørgen Strand Larsen et Brennan Johnson – finalement échangé avec Everton contre McNeil –, Palace a vécu un été à contre-courant. Près de 40 millions de livres de bénéfice net sur le marché, deuxième plus gros solde positif du championnat derrière Aston Villa.

Sur les cinq dernières saisons, Hull et Coventry ont davantage investi que les 90 millions déboursés par Palace. Deux clubs de Championship plus dépensiers qu’un habitué de Premier League : le contraste en dit long sur la ligne de conduite des dirigeants.

Le restaurateur de Belley aux commandes

Interrogé sur son niveau de satisfaction, Sage refuse le procès en résignation. Il s’appuie sur son histoire personnelle. Ses parents tenaient une brasserie à Belley, dans l’Ain. Les jours de salle pleine, et les autres. On fait avec ce qu’on a, on compose avec la réalité, pas avec les envies idéales.

« Nous ne sommes pas une banque », rappelle-t-il. La formule résume son approche. Il ne nie pas les manques, mais refuse de s’y enfermer. Le cadre est fixé, à lui de tirer le maximum de l’effectif mis à sa disposition.

La tâche ne s’annonce pourtant pas plus simple à court terme. Avant le déplacement à Fulham samedi, il doit composer sans deux de ses armes offensives majeures. Mateta, qui espérait partir, est rattrapé par une blessure aux ischio-jambiers. Trois semaines d’absence supplémentaires, et un transfert avorté.

Sarr, lui, traîne une douleur à l’aine. Sage espère le récupérer pour la rencontre contre Ipswich samedi prochain. Mais le Sénégalais sort aussi secoué par l’épisode Liverpool, l’intérêt du club ayant provoqué une réaction de son entourage, son agent allant jusqu’à publier un communiqué pour dénoncer son traitement. Le joueur « a besoin de temps », glisse son entraîneur.

Crystal Palace avance donc entre ambitions mesurées, prudence financière et exigences sportives d’un championnat impitoyable. Sage a accepté le décor, les contraintes, le rythme des deals de minuit. Reste à savoir si, avec cette équipe remodelée mais pas révolutionnée, il pourra écrire sa propre ère dans l’ombre encore fraîche des succès de Glasner.