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Le Pakistan au bord de la rupture : tensions politiques et audience royale

Le Pakistan au bord de la rupture, puis attendu à Clarence House : une tournée sous haute tension

Pendant quelques heures à Lord’s, le cricket a semblé n’être qu’un décor. En toile de fond, un bras de fer politique, une chaîne de télévision sous pression, un gouvernement en alerte, et désormais une audience avec le roi Charles III qui plane sur cette tournée déjà électrique.

Une interview, une menace de rupture

Tout bascule à l’intervalle déjeuner du premier jour du deuxième Test. Sky Sports décide de diffuser une interview enregistrée avec Suleiman et Kasim Khan, les fils d’Imran Khan, légende du cricket pakistanais et ancien Premier ministre aujourd’hui emprisonné depuis trois ans pour des faits de corruption qu’il conteste.

Avant même que la séquence ne passe à l’antenne, le Pakistan Cricket Board (PCB) hausse le ton. L’instance va jusqu’à mettre sur la table une menace lourde : ne pas reprendre le deuxième Test à Lord’s et envisager l’annulation pure et simple du reste de la série de trois matches en Angleterre. Un geste rare, qui dit la sensibilité extrême du dossier Imran Khan à Islamabad comme dans les tribunes.

Face à cette possible crise diplomatique, l’England and Wales Cricket Board se tourne vers le gouvernement britannique. Les dirigeants consultent le Foreign, Commonwealth and Development Office pour obtenir une ligne de conduite. Pendant ce temps, Sky, déjà destinataire d’une plainte avant diffusion, maintient son choix : la chaîne diffuse une version de l’entretien mené par l’ancien capitaine d’Angleterre Michael Atherton avec Suleiman et Kasim.

Les deux fils y expriment leurs inquiétudes sur le traitement réservé à leur père, sur sa sécurité, et critiquent aussi la réaction des autorités britanniques. Le cricket devient alors le théâtre d’un débat politique et moral qui dépasse largement la pelouse.

Le roi, le Commonwealth et l’ombre d’Imran Khan

Quelques jours plus tard, un autre rendez-vous se dessine, loin de la tension de Lord’s mais au cœur du pouvoir symbolique britannique. Buckingham Palace confirme que le roi Charles III doit recevoir l’équipe du Pakistan cette semaine, lors d’un engagement planifié avant même le début de la série.

« Sa Majesté le Roi, en tant que chef du Commonwealth, recevra l’équipe masculine de Test du Pakistan pour une audience dans les jardins de Clarence House, pendant la pause entre les deuxième et troisième Test matches disputés en Angleterre cet été », indique le communiqué. L’entretien devrait durer une quinzaine de minutes. Court, protocolaire, mais lourd de sous-entendus.

Car l’ombre d’Imran Khan plane sur cette audience. Héros national, capitaine emblématique qui a guidé le Pakistan vers le titre mondial en 1992, il a ensuite dirigé le pays de 2018 à 2022 avant d’être emprisonné l’année suivante. Sa situation avait déjà été portée jusqu’au souverain britannique.

En décembre dernier, sa sœur, Aleema Khanum, avait interpellé publiquement Charles III dans son rôle de chef du Commonwealth. Elle rappelait que le Pakistan appartient à cette organisation censée défendre l’état de droit, la démocratie et les droits humains, et dénonçait un pays « occupé à détruire ces trois principes fondamentaux ». Elle s’interrogeait sur le silence des États membres, en particulier là où le roi est le visage du Commonwealth, face à ce qu’elle qualifiait de dérive autoritaire.

Cette fois, ce ne sont pas des lettres ouvertes, mais une équipe nationale qui va se présenter devant le monarque. La question est simple : cette audience restera-t-elle strictement protocolaire, ou deviendra-t-elle, même en creux, un nouveau chapitre d’un dossier explosif ?

Un vestiaire qui se dit étranger à la tempête

Sur le terrain, pourtant, le match reprend. Malgré la colère exprimée en coulisses et la menace de boycott, les joueurs pakistanais reviennent comme prévu après le déjeuner pour poursuivre le deuxième Test. La série survit. Pour l’instant.

À la fin du deuxième jour, le sélectionneur Sarfaraz Ahmed se tient devant les micros et coupe court. Il assure ne rien savoir de l’interview des fils d’Imran Khan. « Je ne sais rien. Je me concentre seulement sur le match », répond-il. Relancé sur la séquence diffusée par Sky, il répète : « Vous parlez de l’interview ? Nous ne sommes pas au courant. »

Ce décalage est frappant. D’un côté, un board qui brandit la menace de tout arrêter. De l’autre, un staff et un vestiaire qui affichent une ligne claire : le cricket d’abord, le reste dehors. Au moins en façade.

Un dirigeant au double visage et une tournée sous surveillance

Dans les coulisses, un autre nom intrigue : Mohsin Naqvi. Le président du PCB est aussi ministre de l’Intérieur du gouvernement en place au Pakistan. Un cumul de fonctions qui illustre à quel point le cricket, au Pakistan, se situe au croisement du pouvoir politique et de l’image internationale du pays.

Le PCB a été sollicité pour savoir si Naqvi sera présent lors de l’audience avec le roi. La réponse se fait encore attendre. Sa présence, ou son absence, en dira long sur la manière dont Islamabad souhaite gérer ce moment symbolique avec Charles III, alors que le nom d’Imran Khan ne cesse de revenir dans le débat public.

La tension ne s’arrêtera pas à cet été anglais. En octobre, l’Angleterre doit se rendre au Pakistan pour un tri-série en one-day face au pays hôte et au Sri Lanka. Ce sera la quatrième visite anglaise en quatre ans, après un trou de 17 ans provoqué par des inquiétudes sécuritaires. Le simple fait que ces tournées se multiplient montre à quel point la relation sportive s’est réchauffée. Mais la politique, elle, reste brûlante.

Entre une interview contestée, une menace de rupture, et une audience royale placée sous le signe du Commonwealth, cette série dépasse déjà le cadre des runs et des wickets. La prochaine poignée de main à Clarence House dira peut-être plus sur l’avenir de cette relation que n’importe quel score inscrit au tableau.