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Northamptonshire échoue à la victoire malgré une poursuite héroïque

La pluie et la pénombre brisent l’élan de Northamptonshire aux portes d’une poursuite historique

Northampton, cinch County Ground, dernier acte. Northamptonshire avait la main sur un succès de prestige, une remontée qui aurait pris place dans le top 5 des plus grandes poursuites de son histoire en first-class. Il ne manquait que 23 runs. Il restait 22,2 overs. Et pourtant, le tableau d’affichage s’est figé à 326-6, la lumière s’est éteinte, la pluie s’est invitée, et Derbyshire est reparti avec un nul qui ressemble presque à une échappée miraculeuse.

En face, les chiffres sont cruels pour les locaux : cible de 349 après les 372 et 286 de Derbyshire, réponse de 310 puis 326-6 pour Northamptonshire. Un partage des points (13 pour Northants, 14 pour Derbyshire) qui laisse un goût amer aux prétendants à la montée. Avant la dernière journée de cette Division Two, Northants se retrouve à quatre points de Kent, deuxième.

Vasconcelos, le métronome d’une poursuite emballante

Tout est parti de là : 37-0 au début de la journée, et un duo qui connaît la partition par cœur. Ricardo Vasconcelos et Luke Procter ont posé les fondations d’une chasse parfaitement construite. 152 runs pour le premier guichet, cinquième century stand de la saison pour ce partenariat, en plus des 97 partagés au premier innings. Une habitude, presque une marque de fabrique.

Vasconcelos, lui, a signé un chef-d’œuvre. 132 runs, son sixième century de la saison, et un cap symbolique franchi : les 1 000 runs sur la campagne. Il a d’abord accompagné le tempo, puis l’a imposé. Il a passé une deuxième fois la barre des 50 dans ce match, a puni Nick Potts sur un pull autoritaire, a dicté le rythme tandis que Procter jouait l’ancre, solide, patient, 51 précieux.

À la pause déjeuner, Northamptonshire filait droit vers l’exploit : 152-0, 197 runs encore à marquer, le tableau parfaitement sous contrôle.

Derbyshire se rebiffe, Northants vacille… mais ne rompt pas

Le match a changé de visage juste après le repas. Trois wickets pour 36 runs, et tout à coup, le doute. Procter est d’abord donné lbw face à Muhammad Abbas, une décision contestable au vu des ralentis qui laissent penser que la balle filait vers le leg side. Un détail pour la feuille de match, un tournant pour l’instant.

Shoaib Bashir commence à trouver du spin d’un côté, Abbas fait siffler la balle de l’autre. Le scoring se grippe. Derbyshire choisit sa cible : on prive Vasconcelos de strike, on bombarde Gus Miller. Le flux de runs se tarit.

Quelques éclats, tout de même : quatre byes sur Bashir, un léger coup de Vasconcelos vers le third man sur Abbas, un peu d’air. Mais Brett Randell frappe à son tour : Miller se retrouve à jouer sur ses propres stumps, renvoyé sur un inside edge malheureux. Northamptonshire perd encore un pilier.

Vasconcelos, lui, reste là. Il passe les 100, profite d’un drop difficile au premier slip sur Bashir alors qu’il est à 103. Une seule vie. Mais l’autre extrémité se délite. Saif Zaib tente de forcer Randell, fracasse un off-cutter… directement dans les mains du lanceur. Retour à l’envoyeur, troisième wicket, pression maximale.

Harrison relance la machine, l’accélération avant la tempête

C’est là que Calvin Harrison entre en scène. D’abord dans le rôle du soutien, puis en véritable dynamiteur. Il crève le champ de couverture face à Bashir, tandis que Vasconcelos distribue les mêmes traitements à Randell. Northamptonshire passe les 200, la cible tombe sous les 150. La chasse s’emballe.

Vingt runs en deux overs. Harrison fracasse Bashir par-dessus cover, puis lui et Vasconcelos travaillent les jambes, punissant le retour de Potts en clips précis. Les deux hommes courent fort, mettent la pression sur les fielders, grignotent la cible et le temps.

Harrison enfonce encore le clou avec un pull monumental sur un short ball de Potts, six au-dessus de backward square-leg. Le stade y croit. Le vestiaire aussi. Derbyshire recule, change de plan. Bashir reste dans le combat, Matt Montgomery vient l’épauler au spin, et le scoring ralentit de nouveau. Harrison trouve pourtant une autre bombe : un nouveau six, cette fois plein long-on sur Bashir.

Après le thé, Northamptonshire repart sur 261-3. Harrison atteint un 50 mérité sur une couverture impeccable face à Abbas… et tombe sur la balle suivante, battu par une delivery qui rentre et fait sauter ses stumps. Cinq balles plus tard, c’est le capitaine d’orchestre qui s’incline : Vasconcelos tente un cut sur une autre balle rentrante de Randell, même sanction, bowled.

Deux piliers en quelques instants. Le stade se tait. Les nuages, eux, se rapprochent.

Bartlett en contrôle, la météo en arbitre final

Avec les nuages qui se densifient au-dessus du cinch County Ground, chaque run devient un petit acte de résistance. James Sales brise la tension avec un loft au-dessus de mid-on, puis George Bartlett, élégant, fouette Abbas à travers le midwicket. Les deux hommes flirtent parfois avec le danger, quelques frappes aériennes tombent juste devant les fielders.

Sales poursuit sur sa lancée, pull puissant à travers midwicket, puis coup tranchant à travers cover. Derbyshire comprend le message : champ reculé, fielders sur la corde, approche défensive assumée. On défend la ligne, on mise sur le temps, sur les éléments.

La stratégie finit par payer à moitié : Sales se fait piéger, chop sur ses propres stumps face à Abbas. Nouveau coup d’arrêt, mais Bartlett reste imperturbable. Il semble lire la situation mieux que quiconque. Il s’avance, se décale, et envoie Martin Andersson par-dessus cow corner pour six, franchissant au passage la barre des 4 000 runs en carrière en first-class. Un jalon personnel dans une poursuite collective.

À 326-6, Bartlett est à 24* sur 22 balles, vient de frapper ce six qui change l’atmosphère, et Northamptonshire n’a plus besoin que de 23 runs. 22,2 overs à jouer. Le scénario est écrit.

Puis, à 16h20, tout bascule sans qu’aucune balle ne soit lancée. Les arbitres estiment que la lumière est devenue insuffisante. Les joueurs quittent le terrain. La pluie finit par s’en mêler. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, le verdict tombe : match nul.

Un nul qui vaut cher… mais pas dans le bon sens

Sur le plan comptable, Derbyshire s’en sort avec 14 points, Northamptonshire avec 13. Sur le plan émotionnel, l’écart est bien plus grand. Derbyshire a résisté, gratté des wickets au bon moment, utilisé les conditions et le temps à son avantage. Northants, lui, a tout fait pour gagner ce match, porté par un Vasconcelos en feu et des soutiens solides comme Procter, Harrison et Bartlett.

Mais la réalité du classement est implacable : à l’aube de la dernière journée de la saison, Northamptonshire reste à quatre longueurs de Kent dans la course à la montée. Après une poursuite aussi maîtrisée, stoppée par la météo à 23 runs du but, une question flotte dans l’air humide de Northampton : ces 23 runs manquants pèseront-ils, au final, plus lourd qu’un simple nul au tableau des résultats ?