Norris décroche la pole au Grand Prix d'Espagne
Sous le ciel lourd de Barcelone, Lando Norris a signé une pole position au couteau. Un tour en 1’31’’824, arraché au dernier souffle, pour devancer le leader du championnat Kimi Antonelli de… 0’’011. Un battement de cil. Une marge qui raconte à quel point cette séance de qualifications du Grand Prix d’Espagne s’est jouée à la limite.
Que Norris se retrouve en tête de grille a presque quelque chose de provocateur. Le champion du monde en titre a passé une bonne partie de la deuxième séance d’essais libres enfermé dans le garage McLaren, plombé par un souci de boîte de vitesses. Samedi après-midi, il regardait plus les écrans que la piste. Le soir venu, il a planté la référence. Propre, clinique, implacable.
Derrière, Max Verstappen s’est invité en troisième position, à 0’’140 de Norris. Le Néerlandais, coéquipier provisoire de Liam Lawson chez Red Bull, s’est intercalé entre la McLaren de tête et le reste du peloton, repoussant le Néo-Zélandais à 0’’352.
Lawson brille encore, mais la Q3 lui échappe de peu
Pour Lawson, cette qualification avait un parfum particulier. Sauf retournement, le Grand Prix d’Espagne doit être sa dernière apparition avec Red Bull avant le retour annoncé d’Isack Hadjar pour l’Azerbaïdjan. L’enjeu est clair : laisser une trace, offrir aux décideurs de l’écurie des arguments pour 2027, à un moment où son avenir reste ouvert.
Il s’en est chargé dès la Q1. L’un des derniers à s’élancer, il claque un 1’33’’316 qui le propulse en haut de la feuille des temps. Une marge abyssale sur la zone d’élimination : 3’’728 d’avance après le premier run de tout le monde – à l’exception d’Ollie Bearman, parti à la faute en essais libres et donc absent de la séance.
Théoriquement, Lawson pouvait ranger le casque. Il était déjà en sécurité. Il a tout de même amélioré sur sa deuxième tentative, en 1’33’’310, et termine la Q1 avec le troisième meilleur chrono. Efficace, propre, sans surconduite.
Dans les tribunes, l’ambiance a changé de couleur. Le public espagnol, chauffé à blanc au début de la séance, a dû encaisser un double coup dur : ni Carlos Sainz ni Fernando Alonso n’ont réussi à se hisser en Q2. Deux héros nationaux éliminés d’entrée, et un circuit de Barcelone soudain beaucoup plus silencieux.
En Q2, même scénario pour Lawson. Encore parmi les derniers à prendre la piste, il ouvre par un 1’32’’874 qui le place quatrième, avec près d’une seconde (0’’924) de marge sur la zone rouge. Aucun frisson, aucune alerte. Il remet ça, descend en 1’32’’780 et s’offre tranquillement une place en Q3 pour la deuxième fois en trois courses avec Red Bull. Un ratio qui commence à peser.
La dernière partie de la séance, en revanche, a montré la différence entre ceux qui peuvent tout lâcher et ceux qui butent sur le dernier dixième. Lawson signe d’abord un 1’32’’633, qui le place huitième. Il améliore encore sur son ultime tentative, mais pas assez pour gagner une position. Les autres ont trouvé un cran de plus. Lui non.
« Nous avons été très compétitifs dans la première partie des qualifications », a-t-il expliqué après coup. « Malheureusement, ça nous a échappé en Q3. Les autres ont fait un gros pas en avant et nous, on a juste manqué le coche. C’est dommage, je pense qu’on était très compétitifs aujourd’hui. »
Le constat est sec, mais la prestation reste solide : deuxième départ dans le top 10 en trois essais, le troisième lui ayant été retiré par une pénalité moteur à Monza. Pour un pilote dont le contrat à long terme n’est toujours pas scellé, chaque détail compte. Chaque départ dans la première moitié de grille aussi.
Lindblad solide, Tsunoda en retrait
Dans l’autre Red Bull, Arvid Lindblad poursuit sa série. Le jeune Britannique s’est encore invité en Q3 et s’élancera dixième. Sans éclat, mais avec constance. Dans un environnement aussi impitoyable, empiler les top 10 en qualifications finit toujours par attirer l’œil.
Plus loin, Yuki Tsunoda, qui a récupéré le baquet laissé vacant par Lawson chez Racing Bulls, a dû se contenter du 15e temps. Une séance discrète, loin du tumulte du haut de grille.
Une nuit espagnole sous haute tension
La grille est figée. Norris en pole, Antonelli à ses côtés, Verstappen juste derrière, Lawson en embuscade dans le top 10, Lindblad au bout du wagon, Tsunoda en milieu de peloton. Ollie Bearman, lui, ne prendra pas le départ, victime de son crash en essais libres.
Le Grand Prix d’Espagne s’élancera à 1 h du matin lundi (heure néo-zélandaise). Pour Norris, c’est l’occasion de convertir une pole arrachée dans la douleur. Pour Antonelli, une chance de frapper un grand coup dans la course au titre. Pour Lawson, peut-être la dernière opportunité, pour un bon moment, de rappeler sur la piste qu’il mérite plus qu’un simple rôle de remplaçant.




