Naomi Osaka s’impose à New York : retour en force à l’US Open
Naomi Osaka vacille, puis s’impose : New York retrouve son électrice
Pendant une heure, tout a ressemblé à une formalité. Naomi Osaka avançait à grandes enjambées vers le troisième tour de l’US Open, sûre, compacte, presque imperturbable. Un set en poche, un break d’avance sur Katerina Siniakova, le match semblait plié, la soirée sans histoire.
Puis la crispation a tout envahi.
Osaka a laissé filer l’emprise, ses gestes se sont tendus, son regard s’est durci. La Tchèque s’est accrochée, a grignoté l’écart, et le deuxième set a glissé entre les doigts de la double lauréate du tournoi. D’un contrôle total, elle s’est retrouvée embarquée dans un troisième set piégeux, avec les vieux démons du doute qui rôdaient de nouveau.
C’est là que la version 2024 de Naomi Osaka a montré ses dents.
Après avoir vu son avance s’évaporer, la Japonaise a remis la main sur le match avec une autorité froide. Plus précise, plus agressive, elle a écrasé la manche décisive pour s’imposer 6-2, 5-7, 6-1 et rallier le troisième tour. Une victoire en trois actes : la domination, la panique, puis la réponse.
Un été qui change tout
Ce rebond mental ne sort pas de nulle part. Avant de revenir sur le ciment nord-américain, Osaka avait déjà réécrit une partie de son histoire de saison. Longtemps, la terre battue et le gazon n’ont été pour elle que des parenthèses subies, des mois à attendre le retour des surfaces rapides. Cette année, elle a enfin brisé ce schéma.
Huitième de finaliste à Roland-Garros, quart de finaliste à Wimbledon : deux meilleurs résultats en carrière sur ces surfaces. Surtout, un niveau de jeu qui a rappelé la championne de l’Open d’Australie 2021. Sur le gazon londonien, longtemps son terrain le plus hostile, elle a signé une victoire manifeste en dominant la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka en huitièmes de finale.
La suite avait été plus lourde physiquement. Épuisée par une semaine intense à Bad Homburg, conclue en finale, elle avait manqué de jus en quarts à Wimbledon. Mais le message était passé : Osaka était de retour au cœur de la conversation pour les grands titres. Elle est arrivée à New York gonflée de confiance, avec un jeu de nouveau taillé pour les grands soirs.
Deux matchs, un même fil conducteur
Avec cette confiance, les attentes ont naturellement grimpé. Et on le voit déjà sur le court. Ses deux premiers tours à l’US Open racontent la même histoire : une joueuse qui domine, mais qui serre le jeu au moment de conclure.
Au premier tour, face à Anastasia Zakharova, Osaka avait déjà flirté avec le gâchis. Break d’avance dans chaque set, avantage aussitôt rendu, nervosité palpable… Elle s’en était sortie au forceps, 7-6, 7-6, en remportant deux jeux décisifs arrachés plus qu’ils n’avaient été maîtrisés.
Cette fois, la facture a été plus lourde : ses hésitations lui ont coûté un set. Mais elle a fini par retrouver le fil, ce qui reste l’essentiel à ce stade d’un tournoi majeur. Pour les joueuses de haut de tableau, la première semaine sert souvent à survivre, à se donner le droit de monter en puissance plus tard. Osaka coche cette case, même si le chemin n’a rien d’orthodoxe.
Elle sait, surtout, où aller chercher les réponses. Elle l’a reconnu : dans les moments où un troisième set se profile et où il faut se reconstruire en urgence, son esprit remonte immédiatement à la finale de l’Open d’Australie 2019, remportée en trois manches face à Petra Kvitova. Une sorte de bibliothèque intérieure où chaque match serré, chaque bras de fer gagné, devient une ressource à réactiver.
Avec les années, Osaka a accumulé ces références. Des victoires dans tous les contextes, sous toutes les pressions. À New York, où elle a déjà vécu tant de scènes fortes, ce capital d’expériences pèse lourd.
Une championne qui dérange autant qu’elle fascine
Parler de Naomi Osaka aujourd’hui sans évoquer ce qui l’entoure serait tronquer le portrait. Sa forme tennistique remonte, mais son simple passage en Grand Chelem dépasse largement le cadre du sport.
Depuis le début de l’année, chacune de ses apparitions majeures s’accompagne d’entrées sur le court soigneusement travaillées, de tenues pensées comme des déclarations visuelles. À l’US Open, ses ensembles rendent hommage à Allen Iverson, icône du basket et symbole d’une culture qui a souvent bousculé les codes établis.
Ces choix vestimentaires, spectaculaires, alimentent les débats. Ils déclenchent aussi un flot de critiques disproportionné. Pour une joueuse réservée, sans provocations verbales, la virulence de certains commentaires interroge. On la taxe d’« opportuniste », on lui intime de « se concentrer sur le tennis », comme si une championne n’avait pas le droit de se raconter autrement que par ses frappes.
Ses difficultés de santé mentale en 2021 sont régulièrement ressorties, parfois avec mauvaise foi, pour l’attaquer sur ce mélange entre exposition médiatique et besoin de protection. Beaucoup refusent de voir qu’elle n’est plus la même personne qu’il y a cinq ans, qu’elle a grandi, qu’elle s’exprime différemment, qu’elle assume davantage ce qu’elle est.
Une chose ne change pas : son introversion profonde. Osaka n’est pas une grande oratrice. Elle préfère laisser parler son style. La mode est devenue pour elle un langage parallèle, une manière plus simple de se dévoiler sans se livrer entièrement. Elle le rappelle à sa façon : elle reste, au fond, une artiste qui court derrière une balle pour divertir un public. Ce n’est ni un drame, ni une offense, si elle le fait dans une robe spectaculaire.
Un tableau impitoyable
Son retour au premier plan ne s’accompagne pas du tableau le plus clément. Parmi les prétendantes au titre, Osaka fait partie de celles qui ont tiré l’un des parcours les plus piégeux. Une potentielle confrontation avec la tête de série numéro 2 Elena Rybakina se dessine dès les huitièmes de finale. Un choc précoce, brutal, qui ne pardonnera aucune baisse de régime comme celle aperçue au deuxième set face à Siniakova.
Avant de rêver de ce duel, il lui faudra franchir un obstacle de plus. Et, surtout, stabiliser ce yo-yo émotionnel qui a marqué ses deux premiers tours. Le talent est revenu, la puissance est là, la mémoire des grandes batailles aussi. Reste à aligner tout cela sur la durée.
Swiatek déroule, Dart cale, Auger-Aliassime s’effondre
Pendant qu’Osaka bataillait, d’autres noms forts du tournoi ont tracé leur route, avec plus ou moins de heurts.
Iga Swiatek, tête de série numéro 8 et sacrée à New York en 2022, avance pour l’instant sans accroc. La Polonaise a maîtrisé Nadia Podoroska 6-3, 6-2, un score net qui confirme sa montée en régime sur ce début de quinzaine. Son jeu lourd, précis, commence à trouver ses repères sur le ciment new-yorkais, et son ombre s’allonge à mesure que les tours passent.
Pour Harriet Dart, l’aventure s’est arrêtée net. La Britannique, issue des qualifications, n’a jamais vraiment existé face à Marie Bouzkova, tête de série numéro 25, qui l’a dominée 6-2, 6-2. Un score sec, presque brutal, qui rappelle la différence de densité entre une qualifiée à bout de souffle et une joueuse solidement installée dans le top.
Chez les hommes, Félix Auger-Aliassime a vécu une soirée cauchemardesque. Tête de série numéro 3, demi-finaliste l’an passé, le Canadien a été rattrapé par son corps. Pris de vertiges, malade, il a fini par céder face à Karen Khachanov : 6-7, 6-3, 6-2, 6-2. Un renversement complet après un premier set arraché au jeu décisif, et un coup d’arrêt pour l’un des piliers annoncés de cette édition.
New York, elle, regarde de nouveau vers Osaka. Ses nerfs tremblent encore, son jeu n’est pas totalement affûté, mais elle gagne. Et dans une ville qui aime les personnages complexes autant que les championnes, la question devient brûlante : jusqu’où cette nouvelle version de Naomi peut-elle emmener son histoire sur ce ciment qu’elle connaît mieux que personne ?




