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Mourinho et l'Inter : un choc chargé de nostalgie

José Mourinho revient à San Siro sans y être, mais tout y ramène. L’ombre de son triplé avec l’Inter plane sur chaque question, chaque sous-entendu, chaque pique sur le calendrier. Pourtant, à la veille d’un choc européen entre son Real Madrid et son ancien club, le Portugais refuse de se perdre dans la nostalgie. Il attaque, comme toujours, sur deux fronts : le terrain… et tout ce qui l’entoure.

Calendrier sous suspicion, Inter sous admiration

Mourinho n’a pas renoncé à son vieux combat contre les instances et les programmations qu’il juge défavorables. Une nouvelle fois, il laisse entendre que quelque chose cloche dans le calendrier du Real Madrid. La phrase tombe, sèche, ironique : « Peut-être que la personne qui a fait le calendrier était italienne. » Le message est clair, le ton aussi.

Mais derrière le sarcasme, il y a un respect profond pour l’Inter qu’il retrouve en face. Un club qu’il connaît par cœur, qu’il a façonné, et dont il admire la continuité tactique depuis son départ en 2010, après ce triplé historique.

« L’Inter est une grande équipe depuis six ans. De (Antonio) Conte à (Simone) Inzaghi et (Cristian) Chivu, le modèle de jeu est le même. C’est une équipe qui peut jouer les yeux fermés. La seule surprise, ces dernières années, c’est qu’elle n’ait jamais gagné la Champions League », souligne-t-il.

Il n’a pas oublié ce qu’il a laissé à Milan. Et il voit bien ce qui a perduré.

Le Real, lui, devra se présenter diminué. Arda Güler, Bernardo Silva et Eduardo Camavinga sont suspendus. Trois absences lourdes, mais Mourinho refuse de s’en servir comme bouclier : « Demain nous aurons trois joueurs suspendus, mais sur le terrain ce sera toujours 11 contre 11. » Message envoyé à son vestiaire autant qu’à l’extérieur.

Chivu, le lien qui résiste au temps

La préparation de ce match ne s’est pas jouée uniquement sur les tableaux tactiques. Elle a aussi glissé vers l’humain, vers cette relation entre Mourinho et Cristian Chivu, aujourd’hui sur le banc de l’Inter après y avoir gagné le doublé championnat-coupe la saison passée.

Les rumeurs parlaient de tensions, de froid, d’un lien brisé entre l’ancien défenseur et son ex-entraîneur. Mourinho a coupé court, d’un ton sec, presque vexé qu’on ose en douter.

« Il a été mon joueur, nous avons travaillé ensemble. Nous avons traversé tellement de choses, bonnes et mauvaises. Avec qui avez-vous parlé pour savoir si j’ai une mauvaise relation avec lui ? Avec qui ? » a-t-il lancé, via Marca.

Le sous-texte est limpide : certaines histoires ne s’écrivent pas à coups de rumeurs. Surtout quand elles ont été forgées dans des vestiaires qui ont tout gagné.

Après la chute à Séville, l’exigence absolue

Le Real Madrid arrive sur cette affiche européenne avec une claque fraîche encore dans les têtes : une défaite sur le terrain du Real Betis en Liga, première de la saison après trois victoires. Une soirée frustrante, dominée mais perdue, qui laisse Mourinho sur sa faim.

« Je veux gagner demain. Je peux vous dire que je veux bien jouer, mais je ne veux pas bien jouer comme contre le Real Betis et ensuite perdre », tranche-t-il.

La réaction du vestiaire, lui, l’a rassuré. Il raconte une équipe touchée, mais pas résignée. « Je les ai vus comme je voulais les voir, morts dans le vestiaire à Séville, puis prêts pour l’entraînement le dimanche. » L’image est forte : abattus le soir, debout le lendemain. C’est exactement ce qu’il exige.

Revenu pour un deuxième mandat à Madrid après son premier passage entre 2010 et 2013, Mourinho sait pourquoi il est là : remettre des trophées dans une armoire restée vide la saison dernière. À Madrid, une saison sans titre n’est pas un accident, c’est un échec. Et lui est jugé sur sa capacité à corriger ça immédiatement.

L’Europe, l’obsession et la pression

Personne n’a plus d’histoire avec la Champions League que le Real Madrid. Quinze titres, le dernier en 2023-24, mais aussi deux sorties consécutives en quart de finale, face à Arsenal puis au Bayern Munich. Pour ce club, c’est déjà trop.

Mourinho mesure parfaitement la pression. « Nous sommes dans une phase où nous allons jouer huit matchs, et l’objectif est de nous qualifier. Je veux me concentrer sur ce match unique », explique-t-il.

Un œil sur la série à venir, les deux pieds sur cette soirée européenne. Pas question de se projeter trop loin, même si tout le monde sait qu’à Madrid, la saison se juge en grande partie sur ce que l’équipe fait en Champions League.

Il le reconnaît, tout n’est pas parfait. Des « problèmes bien connus », des « défauts techniques » dans les dernières sorties, et surtout une efficacité offensive qui a manqué à Séville : « Nous sommes convaincus d’avoir fait un bon match. Les buts que nous avons ratés ne sont pas habituels. Nous avons des problèmes bien connus, mais c’est comme ça. Nous jouerons pour rivaliser. »

Pas de fatalisme, mais une lucidité tranchante. Il sait ce qui manque, il sait aussi ce que son groupe peut produire quand tout s’aligne.

« Je suis l’entraîneur du Real Madrid et nous avons un match de Champions League très important demain. Je pense que nous nous qualifierons tous les deux, et il est possible que nous soyons tous les deux au tour suivant. Chaque point est important. L’Inter vient ici pour chercher des points. »

Deux géants qui se connaissent, un entraîneur au centre de l’affiche, partagé entre son œuvre passée et sa mission présente. Le décor est planté. Reste à savoir si, face à l’Inter, Mourinho écrira un nouveau chapitre madrilène… ou s’il verra son ancien empire lui compliquer la route vers une seizième étoile européenne.