Mandhana brille et l’Inde écrase Hong Kong en demi-finales
Sur la pelouse sèche et capricieuse du Dubai International Stadium, l’Inde n’a pas seulement remporté un match de Coupe d’Asie. Elle a signé une démonstration. Victoire de 137 points face à Hong Kong, qualification expresse pour les demi-finales… et une soirée qui appartiendra à jamais à Smriti Mandhana.
Mandhana, record mondial et masterclass
Envoyée à la frappe après que Natasha Miles a choisi de lancer en premier, l’Inde a d’abord pris le temps de jauger la surface. Les deux premiers overs sont prudents, la balle reste dans le carré, les joueuses observent. 5/0 après le premier, 16/0 après le deuxième. Rien de spectaculaire, mais déjà un détail : Mandhana trouve les espaces, Shafali Verma se met en place.
Le déclic arrive au quatrième over. Marina Lamplough manque sa longueur, Mandhana ouvre les hanches et bombarde le côté leg. Quatre. Puis Maryam Bibi entre en scène et se fait immédiatement punir : cover drive plein champ, slog sweep, puis encore un coup traîné au sol pour un troisième quatre dans l’over. Hong Kong vient de comprendre ce que signifie une Mandhana en rythme. 38/0 après 5 overs, la pression a changé de camp.
Shafali, jusque-là contenue, explose à son tour dans le dernier over de powerplay. Lamplough subit : un fouetté vers fine leg, un premier six qui survole le champ, un cut tranchant, puis un deuxième maximum pour conclure. L’Inde termine le powerplay à 60/0. Hong Kong ne reverra plus jamais vraiment le contrôle.
À partir de là, Mandhana déroule. Elle cible la zone extra cover, joue tard dans les intervalles, alterne sweeps et lofts propres. Quand Ruchitha Venkatesh force Shafali à une erreur (28 sur 17 balles, prise dans le deep), le tableau affiche déjà 65/1, et la gauchère a verrouillé l’axe du récit.
Le cinquantième point tombe avec un six suivi d’un quatre face à Iqra Sahar : un geste fluide, un swing relâché, presque désinvolte. L’Inde atteint 100/1 après 11 overs, Mandhana est à la fois le métronome et l’accélérateur. Pratika Rawal, propulsée dans le onze en l’absence de Jemimah Rodrigues, tente de s’installer, mais tombe sur Joyleen Kaur pour 10 (12 balles). 111/2 après 12 overs, et pourtant la sensation est claire : le match appartient déjà à Mandhana.
La suite vire à la démonstration personnelle. Six sur Kary Chan, puis un festival contre Maryam Bibi : un maximum au-dessus de la corde, un deuxième sur square leg, des deux courtes pour garder le strike, un nouveau six pour marquer le tempo. L’Inde s’envole à 129/2 après 14 overs. Hong Kong regarde, impuissant.
Mandhana ne se contente pas de dominer le match. Elle bouscule les livres de records. Sur un over de Ruchitha Venkatesh, elle enchaîne trois six successifs. Le troisième la fait passer devant Mithali Raj et la propulse au rang de meilleure marqueuse de l’histoire du cricket international féminin, tous formats confondus. Un cap historique atteint dans un tournoi régional, sous les projecteurs d’un soir de septembre.
Elle ne s’arrête pas là. Elle dépasse ensuite son propre record personnel en T20I, puis file vers la centaine. Un cut précis lui offre son centième point, accueilli par les applaudissements nourris de ses coéquipières. Quand le dernier over commence, elle est à 120. Alison Siu concède un quatre dès la première balle, puis un quiproquo au milieu de la piste met fin à cette œuvre : run-out pour 124. Anti-climax, peut-être, mais le travail est largement fait.
Au final, l’Inde boucle son innings sur 193/5. Un total écrasant sur ce terrain, construit autour d’une seule pièce maîtresse et d’éclairs de Shafali (28), Richa Ghosh (quelques coups vifs avant de tomber sur Lamplough) et Harmanpreet Kaur (10 sur 9 balles, sortie en cherchant l’accélération).
Un run-chase étouffé dès la première heure
Pour Hong Kong, la mission était déjà presque irréelle : 194 à aller chercher contre une attaque variée, sur une surface qui commence à se fissurer. Elle devient impossible après trois overs.
Kranti Gaud ouvre proprement : 1 run concédé dans le premier over, la balle bouge, la ligne est serrée. Nandni Sharma arrive dans le deuxième et frappe tout de suite. Mariko Hill vacille, manque un coup, puis se fait nettoyer les stumps. 0 (4 balles), Hong Kong 1/1, l’Inde sent le sang.
Kranti enchaîne un maiden sur Yasmin Daswani, qui tente des ramp shots sans succès. Après 4 overs, Hong Kong n’est qu’à 4/1. Le required rate grimpe déjà au-dessus de 10. La pression ne fera que monter.
La capitaine Natasha Miles tente de résister, mais l’attaque indienne se resserre. Nandni ne lâche rien, Kranti maintient la vis, et même les rares erreurs de longueur ne sont pas exploitées. Le powerplay se termine sur un timide 16/1, malgré une boundary de Daswani au sweep et quatre byes qui traversent tout le monde.
La suite tourne au siège. Deepti Sharma entre dans le plan. Line impeccable, variations de rythme, et un sens du moment que peu de lanceuses possèdent. Elle commence par contenir Miles, qui ne trouve qu’un seul quatre. Le required rate passe au-dessus de 13 à la fin du 8e over (26/1). Hong Kong n’a plus le luxe d’attendre.
La tentative de contre-attaque se transforme en chute libre. Daswani, à 11 (23 balles), craque la première : elle cherche enfin la libération, mais trouve directement les mains sûres de Bharti Fulmali dans le champ. 26/2, l’Inde serre encore.
Prema Rawat prend le relais et sème le doute avec sa trajectoire plus aérienne. Miles, 15 (27), essaie de couper une balle plus lente, la frôle à peine, et Richa Ghosh ne laisse rien passer derrière les stumps. 34/3 après 10 overs. Le tableau d’affichage raconte déjà la fin.
Kary Chan, entrée tardivement à la frappe, n’a pas le temps de s’installer. Elle tente de s’en prendre à la balle loopée de Prema, mais envoie un cadeau à Shafali Verma dans le deep. 1 (6), 36/4. Le cœur de la ligne de frappe a disparu.
Deepti écrit aussi sa page d’histoire
Au milieu de ce naufrage, deux autres histoires se dessinent côté indien. La première porte le nom de Nandni Sharma. Après avoir frappé en début de manche, elle revient pour retirer Maryam Bibi, prise par un mauvais choix de coup et cueillie facilement par Shafali. 7 (10), Hong Kong 50/5 après 13 overs. Le tableau se vide.
La seconde est pour Deepti Sharma. Alignée pour un nouveau spell, elle profite d’abord de la précipitation de Yasmin Daswani, puis revient plus tard pour faire sauter Alison Siu, proprement bowled. Entre-temps, elle a poussé Iqra Sahar à l’erreur : une fine déviation, une prise nette de Richa Ghosh. Trois wickets dans le match, mais surtout un jalon monumental : Deepti devient la meilleure preneuse de wickets de l’histoire des T20I féminins. Un record majeur, signé dans un match déjà marqué par un autre sommet statistique.
Autour d’elle, les wickets tombent à intervalles réguliers. Prema et Shree Charani contrôlent le milieu de manche, cette dernière faisant tomber Marina Lamplough (14 sur 15) grâce à une balle qui tourne juste assez pour provoquer une erreur et une superbe prise plongeante de Nandni. Joyleen Kaur est ensuite victime d’un run-out, encore une fois avec Richa au cœur de l’action.
Le symbole final arrive sur l’ultime wicket. Shanzeen Shahzad tente de survivre, traîne la jambe au-delà de la ligne, et Richa, toujours elle, enlève les bails avec une précision clinique. Le troisième arbitre confirme. Hong Kong s’écroule bien en deçà du total requis, et l’Inde boucle une victoire par 137 points, aussi brutale sur le plan chiffré qu’annonciatrice pour la suite du tournoi.
Un message clair envoyé au continent
Ce soir-là à Dubaï, l’Inde n’a pas seulement validé son billet pour les demi-finales de la Coupe d’Asie. Elle a rappelé à tout le continent que son plafond reste très haut, même sans Jemimah Rodrigues, toujours en rééducation à Bengaluru.
Une frappe menée par une Mandhana au sommet de son art, une attaque où Kranti, Nandni, Prema, Charani et surtout Deepti se partagent les rôles avec une précision chirurgicale, une gardienne comme Richa omniprésente : la structure tient, et elle impressionne.
Les chiffres diront qu’il s’agit d’un match à sens unique face à un adversaire encore en construction. Mais derrière ce score, une question s’impose déjà : qui, dans cette Coupe d’Asie, est réellement prêt à contenir une Inde lancée à cette vitesse-là ?




