Man Utd en chute libre : Chelsea et Arsenal en pleine ascension
La chute libre de Man Utd, l’ascension méthodique de Chelsea, et la nouvelle arme d’Arsenal
Man Utd, d’un sommet historique à un gouffre inquiétant
Il y a quelques mois à peine, Man Utd vivait ce que beaucoup voyaient comme un tournant fondateur. Sous Marc Skinner, le club venait de décrocher son premier grand trophée, puis de rallier les quarts de finale de la Champions League pour sa toute première campagne européenne. Tout indiquait une trajectoire ascendante. Une base solide pour s’installer durablement dans le haut de la Women’s Super League.
Aujourd’hui, le décor a basculé.
Skinner n’est plus là. Man Utd pointe à la dernière place de la WSL, avec une différence de buts pire que celle de Charlton, tout juste promu. Après des années de construction patiente, l’équipe donne l’impression de se déliter à vue d’œil.
La série en cours est brutale : six matches sans victoire en championnat, la plus longue disette depuis la refondation de la section féminine en 2018. Les deux premières journées de cette nouvelle saison, certes un échantillon réduit, ont suffi à mettre en lumière des signaux d’alarme majeurs. Deux claques, deux prestations inquiétantes, et déjà une pression lourde sur les épaules d’Eva Olid, fraîchement arrivée.
La nouvelle entraîneure ne porte pourtant pas seule la responsabilité du naufrage. Elle a hérité d’un effectif façonné pour un autre projet, avec des failles qui dépassent largement le cadre de deux contre-performances. Après le 5-0 encaissé face à Chelsea, son constat tenait en une image : « Je n’aime pas voir les têtes baissées. Têtes relevées, et on doit continuer. »
Elle n’a pas le choix : elle doit tenir une ligne de défi, presque de résistance. Mais elle peut légitimement s’interroger sur le soutien réel dont elle bénéficie. Les discussions ont sans doute déjà commencé en interne. Sur le terrain, le manque de confiance transpire à chaque séquence. En coulisses, il renvoie à une impression de frilosité chronique autour du programme féminin du club.
Le débat sur l’investissement de Man Utd dans son équipe féminine n’est pas nouveau. Ni sur l’intérêt, parfois jugé tiède, de la direction. Cet été, le virage assumé vers la promotion des jeunes – un modèle forcément moins coûteux – au détriment du recrutement de joueuses confirmées a fini de convaincre Skinner de partir, officiellement d’un commun accord.
Le technicien de 43 ans avait pourtant été clair : il voulait davantage d’outils, davantage de moyens. Ces demandes n’ont manifestement pas trouvé d’écho suffisant.
La tâche d’Olid, si elle n’était pas limpide au moment de sa nomination, apparaît désormais dans toute sa dureté. En deux journées, les chiffres ont exposé la réalité : Man Utd a égalé le record du plus faible total de tirs pour une équipe non promue sur ses deux premiers matches de WSL, à hauteur de Leicester la saison passée. Leicester, relégué en fin d’exercice.
Toute équipe qui change de coach passe par une phase d’adaptation. Elle peut être rugueuse, parfois ingrate. Mais ici, la spirale semble plus profonde. Man Utd a échoué lors de ses 14 confrontations en WSL face à Chelsea. Cette nouvelle défaite ne fait que prolonger une vérité devenue presque structurelle : United ne bat pas Chelsea.
Le 5-0, en revanche, raconte autre chose. Le socle mis en place par Skinner, souvent salué pour sa solidité, paraît soudain friable. Les repères se sont effrités. Et voilà Arsenal qui se profile dès samedi, en direct sur Sky Sports, alors que les chantiers sont partout. Où commencer ? Peut-être, pour Olid, en se disant qu’il n’y a plus beaucoup de marches à descendre.
Elle ne peut pas se permettre que le niveau de jeu tombe plus bas.
Chelsea, réaction d’orgueil et démonstration de force
En face, Chelsea a répondu avec la brutalité froide des grandes équipes vexées. Après un nul frustrant (1-1) contre Aston Villa lors de la première journée, marqué par un manque de tranchant dans les moments décisifs, Sonia Bompastor attendait une réaction. Elle l’a obtenue, sans nuance.
Le succès face à Man Utd a pris des allures de rappel à l’ordre pour le reste de la ligue. Oui, l’adversaire s’y prêtait. Mais la manière, elle, ne laissait aucun doute. Chelsea a appuyé là où ça faisait mal, encore et encore. « Quand vous avez l’opportunité de vraiment faire mal à une équipe, la meilleure façon de la respecter, c’est de marquer autant de buts que possible », a expliqué Bompastor.
Aucune forme de pitié. Aucune gestion. Le fort qui dévore le faible. L’élite qui expose le commun.
Lauren James a une nouvelle fois incarné le bras armé de cette supériorité. Mais cette fois, elle n’a pas porté le plan de jeu seule. Le match a respiré au rythme de Keira Walsh, métronome inspiré. Sjoeke Nüsken et Wieke Kaptein ont imposé leur loi dans les duels, donnant à Chelsea une assise physique et technique impossible à contester.
Sur les côtés, Katie McCabe et Ellie Carpenter ont avalé les mètres, étiré le bloc adverse, ouvert les couloirs. Le terrain s’est élargi, les espaces intérieurs se sont libérés. C’est là que James a prospéré, entre les lignes, dans cette zone où elle dicte le tempo, dos au but ou lancée plein axe. Lucy Bronze, repositionnée dans l’axe, a même distillé quelques ballons vers le dernier tiers, ajoutant une couche de qualité dans la première relance.
Et James a tout fait tenir.
Sur les deux premières journées, elle a déjà tenté 19 tirs, total le plus élevé du championnat. Utilisée en faux numéro 9, elle offre à Chelsea une solution d’urgence de très haut niveau lorsque les véritables attaquantes manquent, par blessure ou par méforme. Une sorte de carte « sortie de prison » que Bompastor devra manier avec précaution, le temps que le reste du secteur offensif trouve son rythme.
Car cette configuration ne fonctionnera pas à chaque fois. Les prochains rendez-vous le diront vite : Arsenal en championnat, puis Lyon en Champions League plus tard ce mois-ci. Ni l’un ni l’autre ne se montrera aussi permissif que Man Utd.
Georgia Stanway, la nouvelle plaque tournante d’Arsenal
Au milieu de ce début de saison agité, une joueuse attire l’œil par la précision chirurgicale de son jeu : Georgia Stanway. Son retour en WSL, après son passage au Bayern Munich à partir de 2022, révèle une footballeuse transformée. Plus complète. Plus influente.
Son talent balle au pied n’a jamais été un secret, encore moins après ses performances avec l’Angleterre. Mais sa palette s’est élargie. Sa vision aussi.
Pour son premier match avec Arsenal, Stanway a signé 98 passes réussies. Sur les deux premières journées, seules Grace Fisk, défenseure centrale de Liverpool, la devance au classement des passes complétées, avec un total de 194 pour l’Anglaise. Parmi celles-ci, 91 ont été adressées vers le dernier tiers du terrain, là où se décident les matches. Personne ne fait mieux en WSL.
Cette précision change le visage d’Arsenal. L’équipe ne dépend plus uniquement de Mariona Caldentey pour créer dans l’axe. Stanway ouvre d’autres angles, d’autres couloirs de création. Face à Crystal Palace ce week-end, elle a ainsi offert quatre occasions franches, de quoi permettre aux Gunners de forcer la décision.
Alessia Russo, inhabituellement maladroite, n’en a converti aucune. Mais la ligne de ravitaillement est là. Stable, abondante, exigeante.
Tant que Stanway dictera le jeu avec une telle maîtrise, Arsenal ne sera jamais bien loin des sommets. La question, désormais, n’est plus de savoir si elle peut s’imposer comme le cœur de cette équipe.
C’est de voir jusqu’où elle peut la mener.




