Lawrence propulse l’Angleterre vers la victoire à Lord’s
Sous un ciel bas, des projecteurs allumés en plein après-midi et une pelouse qui n’a jamais cessé de conspirer contre les batteurs, Dan Lawrence a trouvé le moyen de faire avancer l’Angleterre d’un pas décisif vers une victoire de série contre le Pakistan.
À Lord’s, lors d’une troisième journée hachée par la pluie, l’Angleterre a terminé à 177 pour 7 dans sa deuxième manche, forte désormais d’une avance de 357 points. Dans ces conditions, cela ressemble moins à un simple coussin de sécurité qu’à une véritable forteresse.
Une demi-heure de cricket, une journée de débats
Le tableau du jour tient presque de la farce. Seulement 24,5 overs joués, un premier coup de sifflet à 14h40, des interruptions à répétition, puis les joueurs renvoyés définitivement aux vestiaires à 17h08. Et, comble de l’absurde, l’abandon officiel à 18h30, alors que le soleil offrait enfin la meilleure lumière de la journée. Les huées des spectateurs restés dans le stade ont accompagné cette décision, d’autant qu’une heure de jeu supplémentaire semblait encore possible.
Dans ce chaos météorologique, chaque run prenait une valeur démesurée. Lawrence l’a compris mieux que quiconque.
Lawrence, le CV en main
En quête d’une place durable dans une équipe d’Angleterre en reconstruction, Lawrence a signé un 50* d’une rare valeur, sa deuxième cinquantaine en autant de Tests. Pas un de ces 50 faciles sur une piste plate en plein été : un 50 arraché sur une surface « juteuse », avec la balle qui bouge dans l’air, gicle du gazon ou, pire, refuse carrément de rebondir.
Face au trio de seamers pakistanais, Lawrence a d’abord résisté, puis contre-attaqué. Après avoir partagé un partenariat crucial de 45 points pour le cinquième guichet avec Harry Brook, il a fini par choisir l’attaque comme meilleure forme de défense, accélérant vers sa cinquième demi-centaine en Test.
Brook, lui, avait parfaitement ajusté son jeu aux circonstances, patient, compact, avant de tomber pour 34, victime d’une prise superbe de Muhammad Rizwan monté aux abords des stumps. Un coup d’arrêt au moment où l’Angleterre commençait à respirer un peu mieux.
Gay, victime du terrain et du contexte
Si Lawrence sort renforcé de la journée, Emilio Gay, lui, ne pouvait guère faire plus. Reparti sur son 30 de la veille, il n’a vu que cinq balles ce samedi. La cinquième, signée Muhammad Abbas, a transformé sa matinée en cauchemar : une balle qui rase le sol, ne rebondit quasiment pas, et le condamne lbw pour 31.
Impossible de se protéger contre ce genre de livraison. Gay, qui tente de s’imposer comme ouvreur dans son premier été au plus haut niveau, a quitté la pelouse abattu. Sur le balcon anglais, Joe Root secouait la tête, lucide sur l’injustice du moment, mais aussi sur la réalité des chiffres : une moyenne de 23 ne garantit rien à long terme.
Ce « shooter » d’Abbas a relancé les discussions sur la qualité de la piste de Lord’s. Après les balles qui fusent, celles qui restent collées au sol : un terrain qui met les batteurs à la merci du hasard autant que du talent adverse.
Abbas, encore lui
Abbas, déjà auteur de 4 pour 73 lors de la première manche anglaise, a encore fait des dégâts avec 3 pour 48 dans la deuxième. Sur ce wicket capricieux, sa précision a transformé chaque over en examen de passage. L’Angleterre, partie de 81 pour 3 au matin, n’a jamais vraiment trouvé de répit.
Les autres pacers pakistanais ont maintenu la pression, profitant d’un ciel plombé et des projecteurs allumés pour faire danser la balle. Chaque erreur de longueur pouvait être pardonnée par la surface, mais chaque bonne balle devenait une menace directe pour le guichet.
Une avance qui pèse lourd
Dans ce contexte, ces 357 runs d’avance pèsent bien plus qu’un simple chiffre. Le Pakistan, rappelons-le, n’a inscrit que 110 dans sa première manche, Awais (46) ayant été le seul à véritablement résister à une attaque anglaise emmenée par Ollie Robinson (4 pour 11) et Jofra Archer (3 pour 26).
Sur l’ensemble de la série, les visiteurs n’ont cumulé que 416 points en trois manches complètes. Ils devront en marquer au moins 358 d’un coup pour l’emporter ici, possiblement sans leur ouvreur Imam-ul-Haq, blessé. Sur ce terrain et face à cette attaque, la montagne ressemble davantage à une paroi verticale.
L’après-Stokes trouve son attaque
Depuis la retraite de Ben Stokes en Test, l’Angleterre cherche sa nouvelle identité. Au bowling, le puzzle commence à prendre forme. Ce quatuor de pace, avec Robinson et Archer en fers de lance, offre une structure claire, une menace constante et une profondeur que l’équipe n’avait pas toujours dans les années précédentes.
Le batting, en revanche, reste en chantier. Jacob Bethell doit revenir d’une blessure au genou, et son retour posera inévitablement la question des places disponibles. Dans ce contexte, chaque manche compte double. Gay et Lawrence semblent presque engagés dans un duel à distance pour un même siège.
Samedi, le sort a frappé l’un, la résilience a porté l’autre. Lawrence a encaissé des balles qui ont jailli du pitch pour le toucher au corps, a tenu sa ligne, puis a pris le dessus. Gay, lui, n’a eu que le temps de subir la balle impossible.
Dimanche, verdict
La bonne nouvelle pour les deux camps se trouve dans les prévisions : la météo de dimanche s’annonce bien meilleure. Cette fois, la journée devrait appartenir au cricket, pas aux nuages ni aux arbitres.
Pour l’Angleterre, le plan paraît limpide : ajouter quelques runs si possible, puis lâcher les pacers sur un Pakistan déjà fragilisé. Pour les visiteurs, la mission est brutale : survivre d’abord, croire ensuite, marquer enfin.
Avec une avance de 357, une attaque en forme et un terrain qui ne cesse de se dégrader, l’Angleterre semble déjà avoir une main sur la série. Reste à savoir si le Pakistan a encore une riposte en réserve, ou si ce dimanche à Lord’s scellera définitivement le début de l’ère post-Stokes.




