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Lando Norris et sa pole « chef-d’œuvre » à Barcelone

Andrea Stella n’a pas cherché ses mots. « C’est un chef-d’œuvre. »

Le patron de McLaren venait de voir Lando Norris subtiliser la pole du Grand Prix d’Espagne à Kimi Antonelli pour… 0’’011. Un souffle. Un rien. Mais suffisant pour retourner un samedi qui ne promettait rien de tel à l’écurie papaye.

McLaren dans l’ombre… jusqu’à Q3

Tout le week-end, les McLaren avaient semblé un ton en dessous. Mercedes en tête de toutes les séances d’essais, Ferrari juste derrière. En Q1 comme en Q2, les flèches d’argent ferraillaient avec Red Bull pour la première place. McLaren, elle, restait systématiquement à quelques dixièmes, jamais vraiment dans le rythme des meilleurs.

Rien ne laissait présager une pole. Puis Q3 a explosé.

Au premier run, Norris ne signe que le sixième temps, à 0’’446 de Lewis Hamilton, alors leader. Rien d’exceptionnel. Mais sur sa deuxième tentative, le Britannique sort un tour venu d’ailleurs : il améliore de 0’’701. Un gouffre. Juste assez pour devancer un Antonelli qui semblait intouchable.

Et encore, Norris lui-même n’y croyait pas.

« Désolé, j’ai tout foiré »

La dernière courbe, justement, a failli tout gâcher. Norris perd légèrement l’arrière, élargit, et se voit déjà en train de ruiner son tour.

« Désolé, j’ai tout foiré mec », lâche-t-il à la radio à son ingénieur de course, Will Joseph. Joseph lui demande d’attendre que tous les pilotes terminent, sous-entendant que la pole reste possible. Norris, persuadé d’avoir laissé filer l’occasion, se traite lui-même « d’idiot ».

Quand le verdict tombe, il a du mal à y croire. « Ce n’était pas ton meilleur dernier virage, mais c’est quand même la pole, bravo », lui glisse Joseph. Il faudra quelques instants à Norris pour être sûr qu’on ne se moque pas de lui.

Le Britannique détaille ensuite ce fameux tour : « Dans le dernier virage, j’ai eu un petit… je ne sais pas, un petit moment. Je me suis un peu excité dans la voiture, j’ai trop attaqué à l’entrée et honnêtement, je pensais que j’étais dans le mur. Heureusement, la ligne d’arrivée est proche après le virage 16.

Mais le reste du tour était parfait : bonnes sorties, bons passages sur les vibreurs, tous ces petits détails qui comptent énormément ici. Je ne les ai vraiment réunis que sur mon dernier tour, et tout s’est mis en place. »

Un tour « parfait », ou presque, qui laisse son équipier Oscar Piastri à 0’’470, seulement septième sur la grille. L’écart parle.

Stella : « Une précision incroyable, mètre par mètre »

Andrea Stella, lui, ne tarit pas d’éloges. Et le mot n’est pas galvaudé. Il parle de « l’un des tours les plus impressionnants » qu’il ait vus, lui qui dit avoir observé la télémétrie sur 450 Grands Prix.

Le contexte rend la performance encore plus folle. « Honnêtement, nous n’étions pas au niveau pour viser une pole position, explique l’Italien. À aucun moment du week-end nous n’avons montré que la voiture pouvait être la meilleure. Nous étions nettement en retrait dans le premier secteur, dans les virages lents et sur les vibreurs, et pour les pilotes, c’était une voiture très difficile à amener au bout d’un tour propre. On a vu par moments du potentiel, mais c’était très compliqué de tout assembler.

Et pourtant, Norris y parvient. « Le plus impressionnant, c’est que c’est une pole malgré trois dixièmes et demi perdus dans le dernier quart du tour. Sans ce problème, ça aurait été une pole largement convaincante. »

Le paradoxe est cruel et fascinant à la fois : l’erreur vient du niveau d’attaque. « Ce problème est la conséquence directe du fait qu’il a poussé à un niveau incroyable, reprend Stella. Aujourd’hui, tout le monde a roulé au maximum, mais ce qui rend ce tour unique, surtout quand on regarde la télémétrie, c’est la précision : le freinage, la vitesse emportée à l’entrée, la façon de frapper le vibreur, de remettre les gaz… Tout est exécuté avec un niveau de précision assez unique.

Pour moi, c’est la caractéristique principale de ce tour : une précision incroyable, mètre par mètre. »

Les pneus « fatigués », la limite franchie… mais la pole au bout

L’explication technique de la petite frayeur dans le dernier virage tient en un mot : pneus. « Il a payé le prix du fait que le tour arrivait une seconde plus vite que tous les autres, donc il avait déjà extrait beaucoup plus de performance des pneus, décrit Stella. Les pneus étaient fatigués, et d’une certaine manière Lando ne l’a pas assez pris en compte et il est entré dans le virage avec la même fougue que dans d’autres courbes.

Résultat : survirage à l’entrée, trajectoire perdue, plus de trois dixièmes envolés. « Ce n’est pas quelque chose de calculé. S’il y a une chose, c’est qu’il ne prend pas assez en compte l’état des pneus. Je ne pense pas qu’il ait su qu’il allait être en difficulté. Il était simplement en mode attaque, mais un peu trop par rapport à ce qu’il restait dans les pneus. »

Et c’est peut-être là que se niche la beauté de ce tour : un pilote en transe, qui flirte avec la limite au point de la dépasser légèrement, mais qui garde juste assez de contrôle pour ramener la voiture, sauver le chrono… et coiffer tout le monde pour 11 millièmes.

Un « chef-d’œuvre », dit Stella. Un tour imparfait, mais humain, taillé dans le risque pur. Reste à voir, maintenant, si Norris saura transformer cette audace du samedi en victoire le dimanche.