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Kimi Antonelli triomphe à Monza : remontée historique en Formule 1

Kimi Antonelli s’élançait 19e, perdu tout au fond de la grille, presque condamné à un après-midi d’ombre. Il a terminé sous un déluge de décibels, premier sous le drapeau à damier, porté par les tifosi et par une course qui bascule déjà dans la légende récente de la Formule 1.

Vingt ans, un casque tricolore et des nerfs de glace pour contenir George Russell dans les derniers tours. À domicile, à Monza, là où l’Italie attendait un vainqueur depuis Ludovico Scarfiotti en 1966. Soixante ans de frustration effacés en 53 tours.

Un podium incandescent

Derrière Antonelli, George Russell n’a pu que s’incliner, abattu mais digne, après avoir longtemps cru tenir une victoire maîtrisée. Max Verstappen, lui, a arraché la troisième place au terme d’un duel féroce avec Oscar Piastri, une lutte roue contre roue comme on en voit peu à ces vitesses-là.

Le Néerlandais a fini par faire plier l’Australien, avant que ce dernier ne subisse une ultime gifle : dépassé dans les derniers mètres par son propre coéquipier Lando Norris, il a glissé au cinquième rang. De la promesse d’un podium à la frustration brutale, en quelques virages.

Sur la ligne, le contraste était saisissant. Euphorie pure pour Antonelli, écroulé d’émotion sur le podium, les yeux rougis. Dévastation pour Russell, qui a vu s’évaporer sa victoire dans les trois derniers tours. Amertume pour Piastri, privé de trophée et rappelé à l’ordre par son équipe après une manœuvre jugée limite face à Norris.

Le Temple de la Vitesse, théâtre d’un scénario fou

Monza porte son surnom de Temple de la Vitesse pour une raison. De longues lignes droites, des zones de freinage assassines, des opportunités de dépassement partout. Sur 5,793 km, le moindre choix stratégique se paie cash.

Au départ, tout semblait sourire à Pierre Gasly. Auteur de sa première pole, le Français rêvait de revivre son incroyable succès de 2020, déjà ici. Mais la Mercedes de Russell l’a avalé rapidement, imposant un rythme qui laissait présager un cavalier seul.

Puis la course a basculé.

Charles Leclerc a violemment terminé sa trajectoire dans les barrières après seulement quelques tours. Un choc massif, un silence glacé dans les tribunes rouges, avant les cris d’angoisse, puis de soulagement en le voyant sortir. Les commissaires ont dû interrompre longuement les débats pour réparer les protections : trente minutes de pause, et un scénario relancé.

Ce neutralisation a offert un premier appel d’air à ceux qui venaient de l’arrière, Antonelli en tête, mais aussi Oscar Piastri, opportuniste. Le peloton s’est resserré, les stratégies ont commencé à diverger. La course, elle, s’est enflammée.

Duel d’argent, coup stratégique et cœur brisé pour Russell

Les deux Mercedes ont alors engagé un bras de fer à haute tension. Russell en contrôle apparent, Antonelli en chasseur patient, tour après tour, dans le sillage de sa référence interne.

Le tournant est venu d’un incident presque anodin : Lance Stroll a provoqué un Virtual Safety Car. Une fenêtre s’est ouverte. Dans ce genre de moment, tout se joue en quelques secondes, sur un mur des stands.

Mercedes a rappelé Antonelli. Russell, lui, est resté en piste. Le pari était clair : garder la position en piste plutôt que couvrir la stratégie du jeune Italien. Sauf qu’à Monza, avec des pneus plus frais en face, le leader s’est soudain retrouvé proie idéale.

Tour après tour, Antonelli a grignoté. Les écarts ont fondu. À l’entrée des trois derniers tours, l’issue ne faisait plus beaucoup de doute : l’Italien avait le rythme, l’aspiration, le public. Russell, lui, n’avait plus que sa science du pilotage pour se défendre.

Il a résisté autant qu’il a pu. Pas assez. La flèche argentée frappée du drapeau italien a fini par passer, déclenchant un rugissement assourdissant des tribunes.

En interview, Russell est resté mesuré, mais le sous-texte était limpide. Il a reconnu avoir été surpris par l’arrêt de son coéquipier, parlant d’un « coup de dés » stratégique dans les deux sens. Le dé a roulé du mauvais côté pour lui.

Piastri, entre agressivité et regrets

Plus loin, une autre histoire s’écrivait en orange papaye. Les McLaren de Lando Norris et Oscar Piastri se sont retrouvées roue dans roue. Norris a tenté de forcer le passage, Piastri a tenu sa ligne. La radio s’est immédiatement enflammée : le Britannique a accusé son coéquipier de l’avoir poussé hors piste, parlant d’une manœuvre dangereuse.

Le message est vite remonté au stand. Les ingénieurs ont rappelé Piastri à l’ordre, réclamant un « clean racing » entre les deux voitures. Le ton était poli, le message très clair : pas de casse entre coéquipiers.

Piastri, en quête d’un premier podium depuis Miami au mois de mai, a tout tenté pour rester dans le coup. Il a bataillé avec Verstappen, s’est accroché à cette troisième place virtuelle, avant de céder. Et dans les derniers instants, Norris l’a dépassé, achevant une course qui aurait pu être grandiose et qui ne restera que correcte.

Cinquième à l’arrivée. Beaucoup de promesses, zéro champagne. L’Australien devra patienter encore.

Un exploit pour l’histoire

Pour mesurer la portée de ce que vient d’accomplir Kimi Antonelli, il faut plonger dans les archives. Dans toute l’histoire de la Formule 1, un seul pilote a gagné en partant plus loin que lui sur la grille : John Watson, 22e sur la grille du Grand Prix des États-Unis 1983.

Partir 19e à Monza, sur une piste si rapide, où l’air sale et les trains de DRS dictent souvent la hiérarchie, et finir tout en haut du podium, relève de l’exploit brut. Le faire en Italie, à 20 ans, sous le regard d’un public qui n’avait plus célébré un vainqueur national ici depuis 1966, change encore une fois de dimension.

Sur le podium, Antonelli n’a presque pas trouvé les mots. Il a parlé de bonheur, d’incrédulité, d’un rêve qu’il n’aurait « jamais imaginé ». Les larmes ont fait le reste.

Le Temple de la Vitesse a sa nouvelle idole. Reste une question, brûlante : ce jour à Monza restera-t-il comme l’apothéose d’un conte de fées isolé, ou comme le premier chapitre d’un règne italien en Formule 1 ?