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Kimi Antonelli triomphe à Monza et marque un tournant

À Monza, Kimi Antonelli a fait plus que gagner une course. Il a signé un manifeste.

Parti 19e sur la grille, lesté d’une pénalité moteur, le jeune Italien a remonté le peloton pour s’offrir la victoire à domicile, sa septième de la saison. Le tout en imposant un rythme que personne n’a réellement pu suivre. Le leader du championnat compte désormais 66 points d’avance sur son coéquipier George Russell. L’écart d’un pilote qui a pris le contrôle du récit.

Un pressentiment chez Mercedes

Toto Wolff ne s’en cache pas : il sentait que quelque chose se préparait à Monza. « Je pensais que l’un des deux gagnerait. Soit George, soit Kimi, parce qu’il allait voler ici à Monza. Je le sentais déjà hier », a confié l’Autrichien après l’arrivée.

La base du plan était simple : une seule halte, pneus durs, et laisser Antonelli remonter. « Nous devions opter pour une stratégie à un arrêt avec les durs. Et nous savions qu’il se frayerait un chemin dans le peloton », explique Wolff.

Puis tout a basculé au troisième tour. Le drapeau rouge après le crash de Charles Leclerc a coupé net le scénario prévu. Antonelli, qui avait misé sur les durs au départ, se retrouvait soudainement décalé, contraint de repartir en pneus mediums. Sur le moment, un coup dur. À l’arrivée, un coup de maître.

« Nous ne savions pas quelle stratégie serait la meilleure. À ce moment-là, le système indiquait que le un-stop aurait l’avantage. Le deux-stop reviendrait en fin de course, mais sans réussir à combler complètement l’écart. C’est ce que disait le logiciel », détaille Wolff.

La machine, elle, n’avait pas prévu Kimi Antonelli.

Le facteur décisif : la guerre dans le trafic

Pour le patron de Mercedes, la clé ne se trouvait pas seulement dans les tableaux de bord. « Le facteur décisif, c’était la capacité à se battre dans le trafic », tranche-t-il.

Dans cette zone grise où les grands se distinguent, Antonelli a rappelé des souvenirs. « Nous l’avons déjà vu avec d’autres grands comme Lewis, qui a réussi ça sur quelques courses. Et c’est exactement ce qu’il a montré aujourd’hui. On ne peut tout simplement plus l’arrêter. Quand le pilote et la voiture ne font plus qu’un, rien ne peut les retenir. »

Tours après tours, dépassements après dépassements, l’Italien a avalé la meute. Sans gestes inutiles, sans panique. Une froideur de vétéran dans un corps de jeune de 20 ans.

Son père, lui aussi, avait flairé le coup. Wolff raconte : « Je lui ai parlé hier. Son père le sentait aussi. Ce sont ces moments où, au fil des séances, on perçoit comment un week-end se met en place et qu’un moment spécial est peut-être en train de naître. Mais ça reste un sport mécanique, tout peut changer vite. »

À Monza, rien n’a déraillé. Tout a convergé.

D’un début cahoteux à une domination assumée

Pourtant, la trajectoire d’Antonelli en Formule 1 n’a pas toujours ressemblé à ce qu’elle est aujourd’hui. Wolff le rappelle sans fard. « L’an dernier s’est déroulé comme prévu. J’avais dit qu’il y aurait des moments brillants, mais aussi des périodes plus difficiles. Et je pense que c’est comme ça qu’il a commencé la saison – il était comme un chevreuil dans la lumière des phares. »

Dans la voiture, le talent était déjà là. Le niveau de performance aussi. Mais pas la régularité. « Il était dans le bon état d’esprit en piste et signait déjà des performances exceptionnelles, mais pas de façon constante. Puis il a enchaîné neuf courses sans marquer le moindre point. Je me souviens que Spa a été horrible pour lui, il était vraiment au fond du trou. »

Le tournant, déjà, avait un nom : Monza. « Monza a été le moment où je lui ai dit pour la première fois : “Écoute, il faut te réveiller.” Mais je n’ai jamais douté de lui. C’est pour ça que nous lui avons donné sa chance. »

Cette phrase-là, aujourd’hui, sonne presque comme un euphémisme.

2026, l’explosion

Après l’hiver, Antonelli est revenu transformé. « Il est revenu après la pause hivernale et a démarré d’une façon que personne n’attendait », résume Wolff.

La pression médiatique, l’attention grandissante, la lumière permanente : tout ce qui écrase certains pilotes a semblé nourrir l’Italien. « Il sentait la pression des médias, l’attention qu’il recevait. D’une certaine manière, le système a traité et stocké tout ça. Et c’est pour ça que nous avons vu ces résultats ensuite. »

Wolff lui cherche une image. Elle est moderne, presque déroutante. « Pour moi, c’est comme un agent d’intelligence artificielle qui s’améliore en permanence et apprend. C’est cette vitesse-là. Et son âge est clairement un avantage – cette capacité à continuer à progresser sur le plan cognitif et intellectuel. »

À 20 ans, Antonelli roule comme si chaque week-end était une mise à jour. Monza n’a fait que confirmer ce que le classement raconte déjà : il n’est plus seulement une promesse, il est devenu la référence.

La question n’est plus de savoir s’il tiendra la distance cette saison. Elle est de mesurer jusqu’où ce genre de pilote peut repousser les limites d’un sport qui croyait avoir déjà tout vu.