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Kei Nishikori : Dernière Flamme à Flushing Meadows

Kei Nishikori a quitté le court 13 de Flushing Meadows comme on ferme un chapitre, sans fracas, mais avec ce silence lourd qui accompagne les grandes fins. Battu 6-4, 7-6 (7-3) par son compatriote Rei Sakamoto au troisième tour des qualifications de l’US Open, le Japonais est resté à une victoire de son dernier tableau principal en Grand Chelem avant la retraite annoncée pour la fin de saison.

Face à lui, un miroir inversé : 20 ans, service de plomb, insouciance intacte. Rei Sakamoto, 157e mondial, a frappé 19 aces. Nishikori, lui, aucun. Toute une bascule de génération résumée dans cette statistique sèche.

« C’est une émotion rafraîchissante, comme s’il avait complètement soufflé la dernière flamme d’une bougie », a lâché Nishikori, 36 ans, ancien numéro 4 mondial, invité par un wild card en qualifications pour cette édition 2026.

Un départ manqué, puis la marche arrière

Le scénario avait pourtant démarré comme un hommage. Nishikori s’échappe d’entrée, 2-0, variation, rythme, toucher. Le public se prend à rêver d’un dernier tour de piste dans le grand tableau. Mais la jeunesse resserre le jeu, hausse le ton au service, et brise l’élan.

Sakamoto répond par deux breaks, renverse le set et s’adjuge la première manche 6-4. À partir de là, les rôles se figent. Le cadet dicte, l’aîné s’accroche.

Dans le deuxième set, chacun tient son engagement. Nishikori retrouve par séquences cette capacité à changer de direction en un éclair, à casser le tempo. Mais dès que le niveau monte d’un cran, Sakamoto frappe plus fort, plus tôt, plus long. « Je sentais que je n’arrivais plus à suivre dès que le niveau montait un peu », reconnaît le vétéran.

Tout se joue dans un tie-break qui tourne vite à la démonstration : 6-1 Sakamoto, puis 7-3. En 1h42, la porte se referme. Sans drame, mais sans appel.

Le passage de témoin japonais

Les chiffres racontent le reste : 33 coups gagnants pour Sakamoto, seulement 14 pour Nishikori. L’écart de puissance saute aux yeux, celui de fraîcheur aussi. Le plus jeune impose son tennis agressif, porté par un service qui le met constamment en position d’attaque.

« Mes services ont vraiment bien fonctionné, et j’ai réussi à jouer de manière agressive », explique Sakamoto, heureux d’atteindre le tableau principal qui démarre le 30 août. Il ajoute une phrase qui sonne comme un programme : il espère devenir « un joueur au niveau de Kei ».

Nishikori, lui, ne se replie pas sur la déception. « Pas heureux d’avoir perdu aujourd’hui, mais je suis content pour Rei, c’est le prochain grand joueur japonais, j’espère qu’il pourra entrer dans le top 10 bientôt. C’était une super semaine pour moi. J’ai vraiment apprécié. »

L’homme qui avait ouvert la voie

Il ne faut pas l’oublier au moment de tourner la page : Nishikori restera le premier homme asiatique à avoir atteint une finale de Grand Chelem, ici même, à l’US Open, en 2014. À New York, il a aussi disputé une demi-finale, multiplié les matches marquants, bâti une relation particulière avec ces courts en dur.

« J’ai vraiment apprécié toute ma vie de tennis, presque 20 ans chez les pros, et surtout ici j’ai de grands souvenirs, une finale, une demi-finale, beaucoup de grands matches joués à New York, donc je suis heureux d’avoir pu jouer ces derniers moments ici », confie-t-il.

Ces dernières années, son corps l’a trahi plus souvent qu’il ne l’a servi. Opéré de la hanche gauche en janvier 2022, Nishikori a enchaîné les arrêts, les retours avortés, les rechutes. La trajectoire s’est brisée loin des projecteurs, à coups de soins et de doutes.

Il devait encore disputer le double mixte à l’US Open aux côtés de Naomi Osaka. Le projet est resté sur le papier. Trop risqué, trop tôt, trop douloureux peut-être. La suite, désormais, passe par le Japan Open, à Tokyo, fin septembre. Un dernier rendez-vous à domicile pour boucler la boucle.

New York comme décor final

Ce troisième tour de qualifications n’avait rien d’un grand soir sur le papier. Pas de night session, pas de stade plein, pas de lumière crue sur l’événement. Pourtant, l’histoire était là : le pionnier qui s’efface, le successeur potentiel qui s’ouvre une première brèche dans le grand tableau.

Sakamoto, 20 ans, entre dans son premier US Open avec un succès fondateur, un repère mental énorme : avoir sorti, en deux sets, l’homme qui a longtemps incarné le tennis japonais. Lui parle déjà de progresser, de se hisser au niveau de son modèle. Le chemin est long, mais la première marche est gravie.

Nishikori, lui, quitte New York sans tableau principal, mais pas sans traces. Il laisse derrière lui une génération inspirée, une nouvelle vague japonaise qui a grandi en le regardant atteindre des sommets que personne, avant lui, n’avait touchés.

La dernière flamme vient d’être soufflée. Reste à savoir jusqu’où la prochaine osera brûler.