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Kawhi Leonard et les Raptors : Ambitions et Défis pour la Saison 2026-27

On peut tourner autour du sujet, parler de camp d’entraînement, de progression de Scottie Barnes ou de la profondeur de l’effectif. Mais tout commence, et presque tout finit, avec Kawhi Leonard.

À moins de trois semaines de l’ouverture du camp, Leonard est toujours officiellement un joueur des Los Angeles Clippers. Officiellement seulement. Dans les coulisses, personne à Toronto ne sonne l’alarme. À Los Angeles, en revanche, l’ambiance est nettement moins détendue.

Le propriétaire Steve Ballmer a vu sa franchise se faire retirer cinq choix de draft, écoper de 30 millions de dollars d’amende, pendant que lui-même et ses deux principaux dirigeants font face à de longues suspensions après l’enquête sur la fraude au plafond salarial. Leonard, lui, s’en sort avec une sanction de 700 000 dollars, une somme dérisoire au regard de ce qu’il a touché via les faux contrats de sponsoring montés par les Clippers. Et il s’apprête à décrocher une juteuse prolongation à Toronto.

Difficile d’imaginer Ballmer ravi devant ce scénario.

Mais le deal reste attendu. Ceux qui sont au cœur des discussions le répètent : l’échange qui enverra Leonard aux Raptors, et Brandon Ingram plus Gradey Dick aux Clippers, devrait aboutir. La procédure freine tout. Il faut d’abord nommer un nouveau gouverneur de la franchise et un décideur basket numéro un à Los Angeles pour valider l’accord conclu le 30 juin. Tant que cette case n’est pas cochée, tout reste en suspens.

Les paramètres, eux, n’ont pas bougé : les Clippers ont désespérément besoin de choix de draft, et Toronto est la seule équipe à avoir posé sur la table deux premiers tours non protégés, un swap de premier tour et deux seconds tours. Personne d’autre n’a voulu aller aussi loin. Leonard a clairement indiqué où il veut prolonger : chez les Raptors. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une autre franchise se saigner pour un an de location.

Un détail compte aussi : le directeur général des Clippers, Trent Redden, pressenti pour devenir le vrai patron sportif pendant la suspension de Lawrence Frank, est celui qui a piloté les discussions avec Toronto. Il connaît le dossier, il connaît l’offre, il connaît l’enjeu.

La conclusion est simple : l’échange doit se faire. Reste à savoir quand.

De Cleveland à l’ambition XXL

Où en était-on quand la saison des Raptors s’est arrêtée, début mai ? À Cleveland, au bout d’un Game 7 perdu au premier tour. Une élimination frustrante, bien sûr. Mais aussi un point de bascule.

Toronto avait recollé après avoir été mené 0-2 par des Cavaliers largement favoris, futurs finalistes de l’Est. Et ce sans Immanuel Quickley, blessé aux ischios, et avec un Brandon Ingram diminué par une cheville en vrac – opérée depuis – et une défense agressive qu’il n’a jamais vraiment résolue.

Ce run a laissé une impression nette : ces Raptors sont plus proches du haut de l’Est que ce que l’on pensait.

Le front office a pris le message au pied de la lettre. Forts de 46 victoires en saison régulière et d’une série de playoffs accrocheuse, les dirigeants ont décidé d’appuyer très fort sur l’accélérateur. Aller quasiment all-in sur un Leonard de 35 ans, au corps marqué, c’est un cri : c’est maintenant.

Le décor de la saison 2026-27 est planté. Camp d’entraînement à Québec le 29 septembre, premier match de présaison contre Giannis Antetokounmpo et le Miami Heat le 3 octobre. Mais la vraie question brûle déjà.

Titre ou pas titre ?

Les Raptors peuvent-ils rejouer le titre avec Leonard de retour ?

Sur le papier, l’intention est claire : WIN NOW. Leonard sort d’une de ses meilleures saisons, 27,9 points de moyenne aux Clippers, une septième sélection All-NBA. Le problème, c’est que l’Est n’a jamais été aussi dense.

Les New York Knicks viennent de dominer la ligue et restent favoris. Les Philadelphia 76ers ont frappé un double coup de tonnerre en signant LeBron James en free agency et en récupérant Jaylen Brown via un trade, tout en renforçant leur profondeur. Le Heat a mis la main sur Antetokounmpo. Boston et Cleveland tiennent toujours la route. Les Indiana Pacers, champions de l’Est en 2025, récupèrent un Tyrese Haliburton All-NBA en pleine forme et visent à nouveau haut. Detroit sort d’une saison à 60 victoires. Atlanta, Orlando, Charlotte, voire les nouveaux Washington Wizards, viseront au minimum le play-in.

L’an dernier, Toronto a construit sa progression en punissant les équipes plus faibles. Ce menu-là sera beaucoup plus maigre. Viser le titre, ou même une place en Finals, relève presque de l’exigence démesurée, même avec un Leonard au sommet. Un top 4 à l’Est, dans ce contexte, serait déjà un signe très fort.

Leonard ou Barnes : qui porte vraiment l’équipe ?

Poser la question, c’est déjà dire quelque chose du niveau atteint par Scottie Barnes.

L’option réflexe, c’est évidemment Leonard, porté par ses 27,9 points de moyenne et son statut de superstar. Mais Barnes sort d’une saison où il a décroché sa première sélection en First Team All-Defence. Et surtout, il a explosé en playoffs.

Face à Cleveland, au premier tour, Barnes a tourné à 24,1 points, 8,6 passes, 6,1 rebonds, 1,7 contre et 1,1 interception sur sept matches. Un festival complet, une agressivité permanente, une emprise sur le jeu qui l’installent déjà dans les conversations All-NBA, et plus si affinités, s’il répète ça sur 82 matches.

La vérité, c’est que Toronto rêve du scénario suivant : Leonard garde son niveau de production, Barnes le talonne, voire le dépasse par séquences. Si cela arrive, les Raptors ne seront plus un joli outsider. Ils deviendront un problème majeur pour tout le monde.

Les sommets de 2025-26

Cela faisait un moment que les Raptors n’avaient pas aligné autant de moments forts.

Il y a eu cette série de neuf victoires consécutives, puis 13 succès en 14 matches en novembre, qui a donné le ton de la saison. Il y a eu un beau parcours jusqu’aux quarts de finale de la NBA Cup. Un succès de prestige à Oklahoma City, sur le parquet des champions en titre, en janvier. Un sweep convaincant en deux matches façon série de baseball contre le Heat en avril, clé pour sécuriser un top 5 à l’Est. Et surtout, un retour en playoffs pour la première fois depuis 2021-22.

Mais le sommet émotionnel est ailleurs. Game 6 contre Cleveland, élimination au bord du gouffre. Overtime. 1,2 seconde à jouer. Le tir de la survie part de la main de RJ Barrett, enfant de Mississauga. Le ballon tape le cercle, monte à une bonne hauteur, retombe droit dans le filet. Scotiabank Arena explose. Le parallèle est immédiat : on n’avait pas vu pareille folie depuis le buzzer-beater de Leonard contre Philadelphia en 2019, celui qui a rebondi quatre fois avant de offrir le Game 7 aux Raptors.

Cette nuit-là, Barrett a inscrit son nom dans l’histoire de la franchise.

Les failles, et un pivot qui inquiète

Les bas ont été plus rares. Un départ à 1-4, avec quelques grosses claques, a fait grincer des dents, mais le mois de novembre a tout effacé.

Le vrai caillou dans la chaussure, ce sont les résultats contre l’élite. Toronto a terminé à 1-12 contre les quatre meilleures équipes de l’Est, et 1-11 contre le top 6 de l’Ouest. La série contre Cleveland a calmé une partie des doutes, et l’arrivée de Leonard doit précisément aider dans ces affiches de très haut niveau.

L’autre alerte concerne Jakob Poeltl. Le pivot a commencé la saison avec des soucis de dos dès le camp d’entraînement. Bilan : 46 matches seulement, et un rendement largement en dessous de ses standards. En playoffs, il a souvent glissé en périphérie de la rotation. Problème : Poeltl aura 31 ans le mois prochain, et sa prolongation à 84 millions sur trois ans ne démarre que cette saison. Pour un joueur censé stabiliser la raquette, la marge d’erreur est mince.

Peu de nouveaux visages, mais des rôles bien ciblés

En dehors de Leonard, le vestiaire sera très familier. Darko Rajakovic entame sa quatrième saison sur le banc, avec un staff quasi inchangé. Seul mouvement notable : l’arrivée de Stephen Silas, ancien head coach, en remplacement de James Wade.

Une fois l’échange finalisé, les Raptors compteront 13 contrats garantis. Proches du premier apron à 209 millions de dollars et donc hard-cappés, ils devraient se contenter de 14 joueurs, le minimum autorisé.

Le rookie Allen Graves a marqué des points à la Summer League de Las Vegas, avec un jeu complet qui plaît en interne. Kyle Anderson, lui, débarque pour reprendre une partie des responsabilités de leadership assumées par Garrett Temple, parti coacher à Dallas. À 33 ans, Anderson peut encore contribuer sur le terrain, ce qui n’est pas un détail.

Ceux qui s’en vont

Quand Leonard posera officiellement ses valises, Ingram et Dick auront pris la direction inverse.

Sur le parquet, l’impact devrait être limité si Leonard dispute 60 à 65 matches et arrive en bonne santé en playoffs. Ingram sort d’une saison All-Star et a terminé meilleur scoreur de l’équipe, mais Leonard est supérieur dans quasiment tous les domaines. Et Ingram traîne lui aussi un historique de blessures, même s’il a signé son plus gros volume de minutes à Toronto.

Gradey Dick, lui, n’a jamais confirmé sa deuxième année prometteuse. Il a été dépassé dans la rotation par Ja’Kobe Walter, Jamison Battle et même le two-way AJ Lawson en playoffs. À 22 ans, apprécié de tous, il réclamait un nouveau départ. Les Clippers en reconstruction lui offriront sans doute des minutes.

Temple quitte son rôle de mentor-joueur pour devenir officiellement coach. Mike Batiste, spécialiste des intérieurs, retourne en EuroLeague, en Grèce, comme assistant. Lawson, après quatre ans à tenter de s’installer durablement en NBA, s’en va lui aussi en Europe.

Les candidats à l’explosion

Ja’Kobe Walter peut-il encore monter d’un cran ? L’ailier de troisième année a déjà changé le visage du banc après le All-Star break : presque 10 points de moyenne, 42 interceptions en 27 matches, et surtout un incroyable 47,6 % à trois points. Sa défense progresse. Si son tir reste à ce niveau, il devient un élévateur de plancher évident pour Toronto.

Autre nom à surveiller : Collin Murray-Boyles. Le pivot sophomore a été, par moments, le deuxième meilleur Raptor en playoffs. Impact défensif constant, activité permanente, et tout ça en jouant avec plusieurs blessures aux pouces. Donnez-lui une saison complète avec des mains en bon état, et le plafond de la défense de Toronto pourrait encore grimper.

Sous pression : le banc, le meneur… et le projet

Darko Rajakovic n’est plus le coach d’un groupe en reconstruction ou d’un outsider sympathique. Avec Leonard, un Barnes dans sa sixième saison et un cinq majeur à 173 millions de dollars, il devient l’entraîneur d’une équipe qui doit gagner. Vite. Fort. Chaque choix de rotation, chaque ajustement, chaque gestion de minutes de Leonard sera disséqué.

Immanuel Quickley, lui, arrive à un carrefour. Il était la pièce centrale du trade qui a envoyé OG Anunoby aux Knicks. RJ Barrett a déjà trouvé sa meilleure version à Toronto. Quickley, lui, a alterné les blessures et les prestations quelconques. Anunoby a déjà une bague. Si les Raptors veulent vraiment peser dans la durée, Quickley doit prouver qu’il peut mener une équipe avec de grandes ambitions, organiser, punir, tenir le rythme des grands soirs.

Des dates encerclées en rouge

Le calendrier offre très vite une affiche qui fera parler : le 2 novembre, les Raptors se déplacent à l’Intuit Dome. Leonard, sous le maillot de Toronto, face à ses anciens Clippers.

Dix choix de premier tour envolés, Shai Gilgeous-Alexander expédié à OKC pour faire venir Paul George en 2019, une seule apparition timide en finale de conférence Ouest : le bilan de l’ère Leonard à Los Angeles est amer. Le public le lui fera sans doute sentir. À moins qu’il ne décide de gérer sa charge de travail, Toronto jouant ce match sur un back-to-back…

Le mois de novembre sera d’ailleurs un test permanent. Deux réceptions consécutives des Knicks champions en titre, les 15 et 17 novembre. Un déplacement à Detroit le 20 novembre, qui pourrait décider de la qualification pour la phase finale de la NBA Cup. Plus tard, Victor Wembanyama et les Spurs seront à Toronto le 16 décembre. LeBron James et les Sixers débarqueront le 10 janvier. Shai Gilgeous-Alexander et le Thunder viendront le 10 mars.

Un numéro 7 au plafond

Le 10 janvier, la soirée ne se résumera pas à la venue de Philadelphie.

Kyle Lowry verra son numéro 7 rejoindre le 15 de Vince Carter dans les hauteurs de la Scotiabank Arena. Le "GROAT" – greatest Raptor of all time – deviendra le deuxième joueur de la franchise à voir son maillot retiré.

La fête commencera bien avant. Les 18 et 19 septembre, Toronto vivra au rythme d’un véritable Lowry Festivus : tournoi de golf caritatif, Block Party à Jurassic Park, gala de levée de fonds. Tout pour célébrer celui qui reste le leader historique de la franchise aux passes, interceptions, tirs à trois points, victoires et victoires en playoffs.

Pendant que le numéro 7 prendra sa place au plafond, un autre chapitre s’ouvrira sur le parquet. Leonard de retour, Barnes en pleine ascension, un Est transformé en champ de mines : les Raptors savent qu’ils n’ont plus le temps d’attendre. La fenêtre est là. Reste à voir s’ils auront le courage – et la santé – pour s’y engouffrer.