Kawhi Leonard et les cicatrices ouvertes des Clippers
Kawhi Leonard, dernier message et cicatrices ouvertes aux Clippers
On pourrait presque dater la fracture. L’été 2019, quand les LA Clippers misent tout sur Kawhi Leonard et acceptent de tout sacrifier pour l’associer à Paul George. Cinq ans plus tard, Leonard est parti, la franchise est exsangue, et son simple message de remerciement sur les réseaux ravive autant de blessures qu’il n’en apaise.
Un simple post, un arrière-goût d’excuses
Vendredi, Leonard a rompu avec sa discrétion habituelle. Un message court, poli, presque lisse, adressé aux supporters des Clippers après six saisons sous leurs couleurs.
Il les remercie pour leur « soutien indéfectible, dans les hauts comme dans les bas ». Il conclut par un « Thank you, Clip Nation » et un emoji de main levée. Pas un mot de plus. Mais entre les lignes, beaucoup y ont lu une forme d’excuse implicite, un mea culpa qui ne dit pas son nom.
Car les « bas » ont largement dominé.
Sportivement, le projet pensé comme une prise de pouvoir à l’Ouest a tourné au naufrage. Structurellement, la franchise en paie encore le prix. Et sur le plan symbolique, l’ère Leonard reste pour beaucoup le moment où les Clippers ont vendu leur âme.
Un all-in qui a fracturé le futur
Pour attirer Leonard, les Clippers ont accepté un pacte faustien. Shai Gilgeous-Alexander, jeune meneur promis à un avenir de superstar, expédié pour faire venir Paul George. Autour de lui, une montagne de choix de draft envoyée à Oklahoma City. L’idée : tout gagner, tout de suite.
Le pari n’a jamais vraiment décollé. Pire, il a fini par coûter encore plus cher. La ligue a sanctionné la franchise pour avoir contourné les règles salariales au bénéfice de Leonard : cinq choix de premier tour envolés en plus, 30 millions de dollars d’amende, et un joueur condamné à verser 700 000 dollars de restitution.
Résultat : un effectif vieillissant, un capital de draft laminé, une marge de manœuvre réduite à presque rien. Quand Leonard s’en va vers les Toronto Raptors, les Clippers restent seuls face à un avenir bouché.
Une histoire de blessures et de rendez-vous manqués
Tout n’a pas été noir. En 2021, la franchise atteint pour la première fois de son histoire les finales de conférence Ouest. Mais même cette éclaircie porte la marque du gâchis. Leonard se déchire le ligament croisé antérieur au deuxième tour contre le Utah Jazz. Saison terminée. Paul George et le reste du groupe se battent, sans jamais vraiment approcher le titre espéré.
Avant cela, il y a eu le traumatisme de 2020. Une avance de 3-1 contre les Denver Nuggets, et un effondrement en série. Le symbole d’un projet qui semblait construit pour dominer… et qui s’est liquéfié au moment de conclure.
La suite n’a été qu’une longue litanie de forfaits. Saison 2021-2022 entièrement blanche pour Leonard, le temps de revenir de son ACL. Entre 2022-2023 et 2024-2025, seulement 11 matchs de playoffs disputés. Sur 546 rencontres de saison régulière possibles sur la période Clippers, Leonard n’en joue que 342 et en manque 204, soit près de 40 % d’absences. Pour un joueur arrivé comme visage de la franchise, le constat est brutal.
Par tous les angles, le bilan sportif de son passage à Los Angeles ressemble à un désastre.
Une franchise détruite ? Les critiques fusent
Le message de remerciement de Leonard a pu attendrir une partie de la Clip Nation. Mais autour de la ligue, le ton reste dur, parfois violent.
Stephen A. Smith, figure d’ESPN, n’a pas mâché ses mots. Il qualifie Leonard de « gangster » pour la manière dont il a géré sa relation avec la franchise. Dans son viseur : les dégâts causés au projet, les contraintes imposées au club, et la sensation que le joueur s’en sort presque indemne.
Pour Smith, voir Leonard quitter la scène des Clippers après « tous les problèmes qu’il a causés à cette organisation » pour, au final, seulement 700 000 dollars de restitution, alors que le club a écopé de 30 millions d’amende, relève presque du scandale moral.
Les anciens coéquipiers ou joueurs impliqués dans le grand chamboulement de 2019 ne sont pas plus tendres. Danilo Gallinari, expédié dans le deal qui a amené Paul George à Los Angeles, estime que Leonard a « changé la trajectoire » de sa carrière et l’a placé dans une situation difficile en le forçant à quitter la Californie. Pour l’Italien, Leonard devrait assumer l’intégralité des 50 millions de pénalité, et pas seulement une fraction symbolique.
Les mots claquent. Ils disent le ressentiment d’une génération de joueurs et d’observateurs qui voient dans l’ère Leonard aux Clippers un cas d’école : celui d’une franchise qui s’est déstructurée pour un joueur qui n’a jamais pu – ou voulu – la porter jusqu’au bout.
Leonard tourne la page, les Clippers non
Pendant que la colère gronde encore à Los Angeles, Leonard, lui, regarde déjà devant. Du côté des Toronto Raptors, on assure que « The Klaw » est pleinement remis et prêt à attaquer le camp d’entraînement dans quelques semaines. Nouveau maillot, nouveau vestiaire, nouvelle chance de se réinventer.
Les Clippers, eux, n’ont pas ce luxe. Ils doivent reconstruire avec un capital de draft amoindri, une image écornée et la sensation d’avoir laissé filer Shai Gilgeous-Alexander et une décennie de sérénité pour un rêve qui n’a jamais pris forme.
Le message de Leonard restera sans doute comme un point final poli à une histoire brutale. Mais dans une ligue où la mémoire est longue, une question demeure : combien de temps faudra-t-il aux Clippers pour se relever vraiment de l’ère Kawhi Leonard ?




