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Katie Taylor : Dernier Combat à Dublin pour la Légende

À Dublin, le dernier tour de piste de Katie Taylor ne tremble pas.

Depuis le début de la semaine, la championne irlandaise enchaîne conférences de presse, obligations médiatiques et apparitions publiques avec la même maîtrise glaciale qui a façonné plus de vingt ans de carrière. Rien ne déborde. Rien ne dépasse. Tout est sous contrôle.

Le poids, la foule, et un soleil d’automne

Trinity College, écrin historique fondé en 1592, a offert un décor presque irréel à cette pesée d’adieu. Sous un soleil d’automne rare sur la capitale irlandaise, Taylor et Flora Pili sont montées sur la balance pour officialiser leur combat pour la ceinture incontestée des super-légers, avant de s’affronter samedi dans un Croke Park à guichets fermés.

Comme toujours, Katie Taylor n’a pas failli. En 26 combats professionnels, elle n’a jamais raté le poids. Elle n’allait pas commencer à déroger à la règle pour son dernier rendez-vous. Les deux boxeuses se sont présentées juste en dessous de la limite des 10 stones, soit 63,5 kg. Détail presque secondaire tant tout semble déjà écrit autour de ce combat : les 80 000 billets sont partis depuis longtemps, et même la pesée cérémonielle a attiré une marée humaine.

Les supporters ont envahi les cours de Trinity pour apercevoir celle que beaucoup considèrent comme la reine du sport irlandais. Ironie de l’histoire : dans cette université où les femmes n’ont été autorisées à étudier qu’à partir de 1904, c’est une pionnière absolue du sport féminin qui tient désormais le rôle de figure centrale.

La vieille bibliothèque, qui abrite le célèbre Book of Kells, attire habituellement les touristes. Cette fois, c’est une autre page d’histoire qui se tourne sous ses murs : la dernière semaine de combat de Katie Taylor.

Une championne au bord de l’émotion

À 40 ans, double championne incontestée dans deux catégories de poids, Taylor ne regrettera pas les coupes de poids, ni les obligations promotionnelles. Mais elle sait que c’est la dernière fois qu’elle goûte à cette tension particulière, ce mélange d’adrénaline et de rituels qui précède un grand soir.

Elle en profite. Elle absorbe chaque seconde.

Habituellement impassible en semaine de combat, la boxeuse de Bray laisse filtrer autre chose ces derniers jours. Une émotion qu’on ne lui connaissait presque pas. Sa mère, Bridgit, tout près d’elle. La voix qui se brise par moments lorsqu’elle s’adresse au public. Le regard qui se perd une fraction de seconde, comme si elle mesurait enfin l’ampleur de ce qu’elle s’apprête à refermer.

Après le face-à-face final, elle prend le micro et se livre, sans détour : elle explique à quel point elle est reconnaissante pour cette opportunité, comment elle a rêvé de ce moment pendant des années, comment l’idée de finir sa carrière à Croke Park l’a habitée. Elle rappelle au public qu’il l’a portée à Londres, à Rio, puis tout au long de sa carrière professionnelle. Elle promet une performance à la hauteur de ce soutien. Elle conclut en remerciant, simplement.

Le ton est posé, mais la salle comprend : cette fois, ce n’est pas une simple défense de titre. C’est un adieu.

Flora Pili, invitée polie… mais dangereuse

Face à elle, Flora Pili joue parfaitement son rôle depuis le début de la semaine. Sourire mesuré, propos respectueux, attitude irréprochable. Une invitée modèle. Mais la Française n’a pas traversé l’Europe pour se contenter de figurer sur l’affiche.

À 29 ans, forte d’un bilan immaculé de 12 victoires, elle sait qu’elle tient là la chance d’une vie. Un triomphe à Croke Park la propulserait d’un coup dans la cour des grandes, dans ces sphères où le nom commence à peser autant que les poings. Sur la balance, elle affiche une assurance tranquille, même si l’ampleur de la scène semble par instants la surprendre. Premier grand rendez-vous planétaire, premières caméras braquées de cette façon, première immersion dans une atmosphère aussi électrique.

Le contraste est saisissant : d’un côté, une légende au crépuscule, qui connaît par cœur chaque seconde de ce protocole. De l’autre, une prétendante encore neuve à ce niveau, un peu décontenancée, mais dangereuse parce qu’elle n’a rien à perdre.

La musique, la ferveur, puis le silence avant la tempête

Quand les violonistes entament l’air traditionnel « Óró, sé do bheatha 'bhaile », le public se lève presque d’un seul mouvement. Taylor apparaît, portée par une ovation qui semble ne jamais vouloir retomber. Les formalités s’enchaînent : montée sur la balance, chiffres annoncés, poignée de main, sourires. Les gestes sont rodés, mais le moment, lui, ne l’est pas.

Les deux boxeuses ont désormais rempli leur première mission : faire le poids. Elles peuvent respirer un peu, laisser derrière elles cette première tension pour basculer vers l’essentiel. La prochaine fois qu’elles se verront, ce sera sous les lumières de Croke Park, autour de 22h, heure locale, avec les ceintures en jeu et une nation entière suspendue à chaque échange.

Pour Taylor, le décor est grandiose, mais l’objectif reste d’une simplicité brutale : gagner. Elle le rappelle, presque sèchement. Son esprit est fixé sur le combat, sur la difficulté de l’adversaire, sur cette habitude qu’elle a prise, tout au long de sa carrière, de ne jamais choisir la facilité. Elle n’a aucune intention de faire de son dernier combat une exception.

Demain, promet-elle, ce sera une célébration. Une fête pour un pays qu’elle dit fière de représenter. Une dernière marche, une dernière entrée, une dernière nuit sous les projecteurs.

Une dernière fois pour Katie Taylor. Et pour Flora Pili, peut-être, la première de beaucoup.