Katie Taylor : Dernier Combat à Croke Park
Matchroom Boxing ne se contente pas d’occuper le week-end. La promotion l’accapare. Et au cœur de cette prise de pouvoir, il y a une image qui écrase toutes les autres : Katie Taylor faisant son dernier ring walk dans un Croke Park plein à craquer, chez elle, à Dublin.
Face à elle, Flora Pili. Un nom encore discret sur l’affiche mondiale, mais un statut lourd : aspirante obligatoire WBC. Une victoire, et Taylor quitterait la scène comme championne incontestée des super-légers, ceinture WBC incluse, pour redevenir la reine absolue de la catégorie à 140 livres. Elle arrive avec les titres WBA, WBO, IBF et The Ring. Le décor est posé. La sortie rêvée aussi.
Taylor avait déjà tout raflé entre 2023 et 2025, avant de laisser le titre WBC pour s’offrir une pause méritée. Seize mois sans combat, depuis cette trilogie monumentale face à Amanda Serrano au Madison Square Garden. Seize mois pour mesurer ce qui lui restait à dire. La réponse tient en une nuit, dans un stade, dans sa ville.
Elle l’avait annoncé clairement après Serrano : elle ne reviendrait que pour un seul combat, un dernier, à Croke Park. Eddie Hearn a pris la promesse au sérieux. Il la présente désormais comme « la plus grande nuit » de sa carrière de promoteur. Pour Taylor, ce n’est plus seulement une défense de titres. C’est un adieu mis en scène à l’échelle d’un pays.
Une carte irlandaise sous haute tension
Katie Taylor vs Flora Pili, sous-titré « Once Upon a Time », constitue le deuxième acte d’un énorme doublé Matchroom, lancé par une édition de « The Fight » portée par Andy Ruiz et Damian Knyba. Mais à Dublin, tout converge vers la soirée de la championne.
La carte, elle aussi, parle aux tribunes irlandaises. Paddy Donovan prend place en co-main event face à Tyrone McKenna pour relancer une dynamique. Donovan reste sur une victoire en douze rounds, décision majoritaire, contre Karen Chukhadzhian en mai, après deux revers consécutifs face à l’ancien champion IBF des welters Lewis Crocker. Une trajectoire cabossée, un besoin de série, et une scène idéale pour repartir.
Chez les lourds, le public retrouvera un visage familier : David Allen. Toujours actif, parfois incontrôlable, le Britannique enchaîne. Quatrième combat en cinq mois pour lui, cette fois contre Thomas « The Bomber » Carty, l’enfant du pays, 11-1 au bilan. Allen reste sur deux succès aux points en quatre rounds contre Ross McGuigan et Dan Garber. Carty, lui, sait qu’un succès à Croke Park change une carrière.
La soirée ne se limite pas aux têtes d’affiche. Taylor Bevan affronte Emmet Brennan sur dix rounds chez les super-moyens, Joe McGrail croise Matthew Boreland sur dix reprises en super-coq, Paul Ryan se mesure à Paddy Gallagher sur huit rounds chez les moyens, tandis que les jeunes Adam Olaniyan (contre Matej Hudak, lourds) et Bobbi Flood (contre Jack Swallow, super-welters) ouvrent la voie sur quatre rounds chacun.
Molly McCann, nouveau chapitre sur le ring
Les préliminaires ont aussi leur vedette. Ancienne figure populaire de l’UFC chez les mouches, « Meatball » Molly McCann poursuit sa reconversion entre les cordes. À 36 ans, elle dispute déjà son cinquième combat professionnel en boxe anglaise. En face, Sylwia Doligala, solide bilan de 8-2-2, sur huit rounds chez les super-coqs.
McCann apporte un autre type d’énergie à la soirée Taylor–Pili. Une énergie de combattante qui a déjà vécu l’Octogone, qui doit maintenant prouver qu’elle peut imposer son style dans un cadre plus strict, plus codifié. À Dublin, elle boxera devant un public qui comprend ce que représente un changement de discipline au crépuscule d’une carrière.
Les premiers coups de la soirée retentiront dès 19 h (heure britannique), soit 14 h sur la côte Est américaine, avec des préliminaires qui débutent à 11 h ET. Tout sera diffusé sur DAZN, en direct de Croke Park.
L’autre front : l’Allemagne s’invite dans la journée
Pour les plus acharnés, la journée commence bien plus tôt. Avant Dublin, DAZN propose une carte de dix combats à Ludwigshafen, en Allemagne, sous la bannière d’Aldo Ricardo Silman et Primora Boxing. Une salle plus modeste, une ambiance différente, mais une autre histoire de reconstruction.
En tête d’affiche, Slawa Spomer. Le public l’a surtout découvert pour de mauvaises raisons : le véritable supplice infligé par Xander Zayas en février 2025, un arrêt au neuvième round contre l’ancien champion WBA et WBO des super-welters. Spomer n’est pourtant pas resté au sol. Il a rebondi en février par un TKO au troisième round contre Jaime Villegas. À présent, il se mesure à l’invaincu ghanéen Faisal Abubakari sur dix rounds chez les welters.
Spomer est l’un des onze boxeurs allemands programmés sur cette réunion de Rheinland-Pfalz. Autour de lui, Fedor Michel affronte Ralfs Vicans sur dix rounds chez les mi-lourds, Ibo Diallo croise Shefat Isufi sur dix reprises chez les lourds-légers, Franklyn Dwomoh rencontre Cristian Villanueva en huit rounds chez les légers. Dominique Roundtree (contre Tamas Kiliti, plume), Alexander Okafor (contre Daniil Iudin, mi-lourds), Omar Jagana (contre Mario Turiello, super-welters), Jasurbek Yuldoshev (contre Jacob Miller, mi-lourds), Sebastian Busch (contre Artur Andrejev, super-moyens) et Lucas Vogt (contre Sun Tiebo, super-welters) complètent une journée dense.
Premier gong à 12 h ET, 9 h PT. Une mise en bouche allemande avant le plat principal irlandais.
Une nuit pour l’histoire
Au bout du compte, tout revient à cette image : Katie Taylor, 25-1, remontant entre les cordes pour la dernière fois, ceinture sur l’épaule, hymnes dans les tribunes, et un stade entier qui sait qu’il assiste à une fin de règne annoncée.
Flora Pili n’a pas le poids médiatique d’Amanda Serrano. Elle a autre chose : l’opportunité unique de briser un conte de fées devant un pays entier. Taylor, elle, n’a plus rien à prouver. Juste une dernière chose à verrouiller : sortir de Croke Park comme elle y entre, championne incontestée.
Le reste, l’histoire de cette soirée, se jouera dans le bruit, la lumière et la tension d’un adieu. Et la question plane déjà : après une telle sortie, qui pourra prendre le relais pour remplir un stade comme celui-là au nom de la boxe féminine ?




