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Karolina Muchova et Jakub Mensik : Victoire explosive en double mixte à l'US Open

Karolina Muchova et Jakub Mensik ont fait plus que gagner un titre. Ils ont apprivoisé le chaos.

Sur le court Arthur-Ashe, sous les lumières et avec un million de dollars en jeu, le duo tchèque a sauvé deux balles de match sur la route du titre en double mixte de l’US Open, avant de conclure sur un coup de tonnerre : un ace à 131 mph de Mensik sur leur troisième balle de match pour boucler une finale renversante, 6-3, 1-6, 10-6, face à Belinda Bencic et Flavio Cobolli.

Un premier titre du Grand Chelem pour les deux. Mais certainement pas une balade.

Un titre arraché à la corde

La finale a ressemblé à leur parcours : rien n’a été simple, rien n’a été linéaire. Un premier set maîtrisé, un deuxième totalement échappé, puis ce super tie-break décisif, devenu terrain de jeu des nerfs et des serveurs.

Mensik, qui n’avait jamais disputé le moindre double mixte avant cette semaine, a compensé son inexpérience par une arme brutale : son service. Sur la dernière balle, il s’avance, lance la balle, frappe. 131 mph. Intouchable. Rideau.

Cette explosion de puissance conclut une quinzaine déjà riche pour le jeune Tchèque, demi-finaliste à Roland-Garros cette année. Mais cette fois, il repart avec un trophée majeur dans les mains.

Pour Muchova, ce titre arrive à peine plus de six semaines après une autre scène, beaucoup plus cruelle : une défaite en finale de Wimbledon face à sa compatriote Linda Noskova. Dans la foulée, la joueuse de 30 ans a subi une « petite opération » et n’avait plus rejoué en compétition depuis. Elle revient avec un Grand Chelem en double mixte. Et un sourire qui dit tout.

Deux balles de match sauvées, et une histoire qui bascule

Leur semaine aurait pu s’arrêter bien plus tôt. En demi-finale, Muchova et Mensik ont dû repousser des balles de match face à Andrey Rublev et Mirra Andreeva, fraîchement sacrée à Roland-Garros. Score final : 5-4 (8-6), 3-5, 11-9. Encore un super tie-break, encore une ligne de crête.

De l’autre côté du tableau, Bencic et Cobolli avaient eux aussi franchi un obstacle émotionnel : ils ont écarté Elina Svitolina et Gaël Monfils 10-5 dans le tie-break décisif de leur demi-finale, brisant le rêve du couple ukraino-français de devenir le premier duo marié à remporter un titre de double mixte en Grand Chelem depuis 1939. Monfils n’aura plus de nouvelle chance : il mettra un terme à sa carrière à la fin de la saison.

Huit demi-finalistes, tous engagés également dans le tableau de simple de l’US Open qui débute dimanche. Un signe clair de la nouvelle direction prise par l’épreuve.

Une nouvelle ère pour le double mixte

Ce « nouveau » double mixte ne plaît pas à tout le monde. Le format compressé, la possibilité de décrocher un titre du Grand Chelem en moins de 48 heures, heurtent encore les puristes. Mais une chose est acquise : la discipline n’est plus reléguée dans l’ombre.

Les demi-finales et la finale ont été programmées en session nocturne, sous les projecteurs, avec une audience télé bien plus large que par le passé. Le tournoi, autrefois terrain de jeu des spectateurs munis de simples billets pour les courts annexes, est devenu un produit d’appel.

L’introduction d’un tournoi de qualification cette année n’a pas ouvert grand les portes aux purs spécialistes du double : la priorité reste donnée aux stars du simple. Ceux qui parviennent à se faufiler dans le tableau jouent toutefois pour une mise sans précédent : la dotation est désormais cinq fois supérieure à l’ancien format. Les tableaux de double masculin et féminin ont eux aussi vu leur prize money bondir pour s’aligner sur celui du mixte.

Les joueurs et joueuses de simple y trouvent un intérêt clair : un repère précoce sur les grands courts, un moyen de prendre la température avant le début du tournoi principal. Mais le double mixte restera pour eux un bonus, jamais le cœur de leur saison.

Iga Swiatek, Frances Tiafoe et Daniil Medvedev se sont ainsi retirés au dernier moment. Les deux premiers pour souffler après une série de bons résultats, le troisième pour accumuler davantage de matchs de préparation avant l’US Open.

Un show taillé pour le grand public

Pour la United States Tennis Association, l’équation est limpide : attirer des paires du calibre de Serena Williams et Carlos Alcaraz, ou Aryna Sabalenka et Novak Djokovic, et l’événement deviendra un incontournable du calendrier spectacle.

Le double mixte n’est plus qu’une pièce d’un puzzle plus vaste : une « Fan Week » qui ne cesse de s’étendre. Roger Federer a retrouvé Andre Agassi, John McEnroe et Andy Roddick lors d’une exhibition mardi. Amanda Anisimova et Alexandra Eala figuraient à l’affiche de la soirée « Stars of the Open » jeudi. Et tout cela après un concert de The Lumineers dans le Louis Armstrong Stadium, neuf jours avant le premier échange du tableau principal.

Au milieu de cette mise en scène géante, Karolina Muchova et Jakub Mensik ont écrit une histoire simple : deux débutants en double mixte, des balles de match sauvées, un ace à 131 mph pour conclure, un million de dollars et un trophée de Grand Chelem dans les bras.

Dans un US Open qui se rêve en festival global, ce genre de finale n’est plus un bonus. C’est exactement le genre de frisson que le tournoi veut vendre au monde.