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Jeux asiatiques : le BCCI face au défi du confort des stars indiennes

À quelques semaines des Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya, le cricket indien se retrouve face à un dilemme qui dépasse largement la simple question de terrain. Le BCCI veut protéger le confort de ses stars. L’Indian Olympic Association, elle, rappelle qu’aux Jeux, tout le monde est logé à la même enseigne.

Au centre du débat : des hôtels jugés trop modestes pour des équipes habituées au très haut standing, des chambres en occupation double, une ville déjà saturée par l’afflux de près de 17 000 athlètes et officiels, et une règle simple posée par l’IOA : si le BCCI veut faire cavalier seul, il paiera et organisera tout, de A à Z.

L’IOA pose le cadre : égalité de traitement, pas d’exception cricket

Raghuram Iyer, directeur général de l’IOA, ne laisse planer aucun doute. Le BCCI est libre de s’organiser comme il l’entend, mais il en assumera toutes les conséquences logistiques et financières.

Le plan officiel des organisateurs est déjà sur la table. L’équipe masculine a été affectée à l’APA Hotel Nagoya Ekimae, un trois étoiles. Les féminines, elles, au Meitetsu Grand Hotel, un quatre étoiles.

Les deux établissements offrent les commodités nécessaires, mais restent un cran en dessous des cinq étoiles auxquels les internationaux indiens sont habitués. Autre point sensible : les chambres en twin, partagées. Un détail pour beaucoup de délégations, un vrai sujet pour le BCCI.

L’IOA, de son côté, refuse de traiter le cricket à part. Iyer insiste : l’association doit veiller au bien-être de l’ensemble de la délégation indienne, engagée dans 36 sports, sans passe-droit pour personne. Le message est clair : pas question de renégocier un dispositif d’hébergement spécifique pour le cricket au nom de l’IOA. Au BCCI de discuter directement avec le comité d’organisation japonais et de trouver, ou non, une solution alternative.

Le BCCI en éclaireur au Japon

Face à ce cadre très net, le BCCI a enclenché son propre plan. Hemang Amin, son directeur général, a pris contact avec l’IOA, et les deux parties ont eu, selon Iyer, un échange « fructueux ». Le Board envisage désormais d’envoyer une équipe en éclaireur au Japon.

Objectif : inspecter les hôtels prévus, le site de cricket, les installations annexes, puis décider. Soit accepter les hôtels des organisateurs. Soit basculer sur un dispositif indépendant, intégralement pris en charge par le BCCI.

Le timing, surtout pour les femmes, ne laisse que peu de marge. La sélection emmenée par Harmanpreet Kaur doit rentrer de la Asia Cup à Dubaï le 13 septembre, repartir pour Nagoya dès le 14, et débuter directement en quarts de finale le 18. Le tournoi féminin s’achève le 22 septembre.

Les hommes, dirigés par Shreyas Iyer, voyageront plus tard : départ pour le Japon le 21 septembre, entrée en lice là aussi en quarts de finale le 28, retour programmé le 4 octobre.

Deux fenêtres d’arrivée différentes, des allers-retours internationaux resserrés, des séances d’entraînement à caler, des temps de trajet à maîtriser : pour le BCCI, chaque minute comptera. D’où l’importance de verrouiller au plus vite la question de l’hébergement, du transport local et des repas.

Une ville sous pression, un choix lourd de conséquences

Aichi-Nagoya n’a déjà plus beaucoup de marge. Le nombre de participants aux Jeux est passé d’une estimation initiale de 15 000 à environ 17 000 athlètes et entraîneurs. Les hôtels existants ne suffisent plus. Les organisateurs ont dû ajouter des structures mobiles et même un paquebot, le Costa Serena, pour absorber le surplus.

Dans ce contexte, trouver des hôtels alternatifs de bon niveau pour deux équipes de cricket, avec staff, sécurité, encadrement médical et logistique, relève du casse-tête. Si le BCCI tranche en faveur d’un hébergement séparé, il devra tout prendre en main : réservations, restauration adaptée, navettes quotidiennes vers le terrain, gestion des horaires pour éviter tout retard au stade.

Ce choix ne placerait pas les joueurs en dehors du système des Jeux. Les règles restent strictes. Le BCCI devra notifier sa décision via l’IOA aux organisateurs. Les protocoles de sécurité, d’accréditation et d’accès continueront de s’appliquer. Aucune personne non accréditée ne pourra entrer dans les hôtels des équipes, qu’ils soient officiels ou non.

Autre volet à ne pas négliger : l’antidopage. L’Agence mondiale antidopage (WADA) et l’International Testing Agency (ITA) devront être informées précisément de la localisation des joueurs afin de pouvoir effectuer des contrôles inopinés dans ces hébergements alternatifs. Là encore, le moindre flou serait inacceptable au niveau continental.

Iyer, lui, se veut rassurant sur le fond : l’IOA ne s’oppose pas à ce que le BCCI cherche le meilleur cadre possible pour ses joueurs. Il salue même l’idée de l’équipe d’avance, jugée comme la bonne méthode pour évaluer sereinement les installations avant de trancher. L’objectif affiché reste identique pour tous : permettre aux athlètes indiens de se concentrer uniquement sur leur performance et de vivre une expérience japonaise la plus fluide possible.

Los Angeles 2028 : quand le cricket pense déjà à l’Olympique

Pendant que le Japon s’efforce de faire entrer le cricket dans un dispositif multisports déjà sous tension, une autre scène se prépare à des milliers de kilomètres : le retour du cricket aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028.

Raghuram Iyer faisait récemment partie d’une délégation conjointe IOA–Sports Authority of India en visite à Los Angeles. Pendant près d’une semaine, le groupe a rencontré les différents acteurs locaux et inspecté les infrastructures, cricket compris.

Le futur site du cricket à LA28, le Knight Riders Cricket Ground, au sein du complexe Fairplex à Pomona, se dresse déjà comme un symbole de cette nouvelle ère. Juste à côté, le Sheraton Fairplex Suites & Conference Center devrait accueillir les équipes. Un ensemble compact, pensé pour limiter les déplacements et offrir un environnement maîtrisé aux joueurs.

Les rencontres de Major League Cricket prévues sur ce terrain offriront un premier test grandeur nature de la pelouse et des installations. Une répétition générale avant l’entrée officielle du cricket dans le programme olympique.

Cette anticipation tranche avec les tensions logistiques d’Aichi-Nagoya. Pour LA28, l’IOA et les autorités indiennes veulent agir tôt : confort, acclimatation, absence de tracas hors terrain. Une approche que Iyer présente comme inédite dans son ampleur pour le sport indien.

Avant les Jeux, un rendez-vous symbolique face au Japon

Avant de se retrouver au cœur de la fournaise multisports des Jeux asiatiques, l’Inde et le Japon partageront déjà une page d’histoire commune. Le 22 septembre, leurs équipes masculines s’affronteront en T20I pour la Suzuki Cup, un match organisé pour célébrer les 75 ans de relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour l’Inde, ce sera aussi une répétition utile avant le début de sa campagne aux Jeux. Un test sportif, bien sûr, mais aussi un avant-goût des conditions locales.

Reste une question, en toile de fond : quand les joueurs indiens débarqueront au Japon, descendront-ils dans les hôtels des organisateurs comme le reste de la délégation, ou le BCCI leur aura-t-il construit une bulle à part, à son image, sous sa responsabilité totale ?