Jamie Smith inquiète l’Angleterre : son état avant la deuxième manche
Le soleil tape sur Birmingham, le tableau d’affichage affiche Eng 160-4, et une petite alerte vient soudain troubler le calme relatif du camp anglais. Le gant de Jamie Smith, lui, ne trompe personne : le wicketkeeper porte ce matin une attelle au doigt, souvenir direct d’un coup reçu lors de la première journée.
Le staff se veut rassurant. Smith doit toujours battre à sa position habituelle. En revanche, un voile d’incertitude plane sur sa capacité à garder les guichets lors de la deuxième manche. Pour une équipe qui commence à trouver une forme de stabilité, perdre son gardien titulaire en plein Test serait un vrai coup dur.
Razaullah met immédiatement la pression
Sur le terrain, pas le temps de s’apitoyer. Eng 156-4, une avance de 23 points, et Dan Lawrence se place en position de frappe. En face, le public retient son souffle : comme attendu, le spectaculaire Razaullah prend la balle.
Dès sa première livraison, le lanceur au bras fouetté justifie tout le battage autour de lui. Une balle splendide, qui file au large. Lawrence tente de faire croire qu’il l’a laissée sciemment. Il a surtout été battu, net. La marque d’un rapide qui a déjà compris comment imposer son rythme.
La réponse de Lawrence ne tarde pas. Plus loin dans l’over, il se venge en décrochant les premiers points et la première limite de la journée, un coup travaillé, clipé de la hanche, qui détend un peu l’atmosphère anglaise et rappelle que ce guichet peut encore rapporter gros.
Les joueurs baignent dans la lumière de Birmingham, le stade bourdonne, les écouteurs glissés discrètement dans les oreilles des supporters bloqués au bureau, les téléphones cachés sous les tables. Le Test vit, et chaque balle compte.
Razaullah, une entrée fracassante
Pour Ramiz Raja, l’analyse est limpide. L’ancien capitaine du Pakistan, au micro de Test Match Special, salue un début de carrière qui a déjà marqué les esprits. Razaullah, dit-il, a « fait irruption » dans ce Test, avec la vitesse, la précision et cette action de bras si particulière qui devraient encore mieux parler avec une balle usée.
Au-delà de la technique, c’est l’attitude qui frappe : il « le voulait ». Un mot simple, mais qui résume l’énergie d’un joueur décidé à s’installer durablement au plus haut niveau. Un premier Test qui coche toutes les cases, même si son équipe, elle, souffre face à la puissance anglaise.
Emilio Gay, sous pression mais encore debout
Dans ce décor dominé par les rapides et les doigts meurtris, un autre nom s’impose doucement : Emilio Gay. La veille, l’ouvreur jouait gros. Sa place était discutée, ses chiffres de l’été – une moyenne de 26,1 – ne plaidaient pas vraiment pour lui.
Il a répondu à sa manière : en s’accrochant. Un 60 précieux, le troisième cinquante de sa carrière en Test, construit dans la difficulté, mais révélateur de son caractère. Pour Sir Alastair Cook, qui connaît mieux que quiconque la solitude du poste d’ouvreur, Gay a marqué des points.
Cook, toujours sur Test Match Special, insiste sur deux traits : la confiance et l’intensité. Quand Gay s’installe, il marque. Il possède, selon lui, cette volonté têtue de faire fructifier chaque départ, cette obstination qui distingue les simples talents des vrais run-getters. Aux yeux de l’ancien capitaine, il a fait assez pour gagner son billet pour la tournée d’hiver en Afrique du Sud, où les conditions, jugées un peu plus favorables aux batteurs, pourraient l’aider à franchir un cap. Et, surtout, à ouvrir l’ordre au long cours.
Un avantage net, mais un manque criant : le cent
Sur le plan collectif, l’Angleterre domine. Michael Vaughan ne s’en cache pas : cette équipe s’est montrée « trop puissante » pour l’alignement de batteurs pakistanais. La différence de niveau est visible, presque brutale par moments.
Il y a pourtant une ombre au tableau. Aucun cent n’a encore été inscrit. Vaughan pointe du doigt Harry Brook, bien placé pour être celui qui transformera un départ solide en grande manche. Les lanceurs ont fait leur part, la situation est idéale pour bâtir un total massif. L’Angleterre doit viser un avantage de 200 à 250 points. Dans un Test où elle contrôle déjà le tempo, rater une telle occasion laisserait un goût d’inachevé.
Les victoires confortables cachent parfois les failles. Vaughan le rappelle : certaines parties de cette équipe seront testées beaucoup plus durement dans les mois à venir. Les gros scores individuels, les manches qui changent un match à elles seules, feront alors la différence.
Une attaque enfin apaisée
Sir Alastair Cook, lui, regarde plus loin que le simple score du jour. Pour lui, ce Test s’inscrit dans une série où l’attaque anglaise commence enfin à se stabiliser. Trois rencontres de rang à un « très bon niveau », dit-il. Le bémol demeure : difficile de juger précisément la valeur de cette attaque face à une opposition parfois fragile. Mais il fallait bien commencer quelque part.
Surtout, le climat a changé. Après le tumulte des premières rencontres de l’ère Ben Stokes – Brendon McCullum, ces Tests à haute intensité qui avaient plongé la structure même de l’équipe dans une forme de chaos, l’Angleterre respire un peu mieux. Les rôles se clarifient, les choix se confirment, et Cook se réjouit d’un détail qui n’en est pas un : l’équipe n’a pas été modifiée.
Dans un environnement longtemps secoué par les expérimentations et les remises en question, cette continuité vaut presque autant qu’un gros total. Reste à savoir si, avec un wicketkeeper diminué, un cent encore introuvable et une avance à faire fructifier, cette sérénité résistera à la prochaine vague de pression.




