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Jai Opetaia : Préparation intense à Phuket avant le combat crucial

À Phuket, la chaleur cogne, l’air colle à la peau et le ring se transforme en étuve. C’est là, loin des néons de Las Vegas, que Jai Opetaia a forgé le combat le plus important de sa carrière récente. Samedi, au T-Mobile Arena, l’Australien invaincu affrontera Noel Mikaelian en co-main event d’une soirée dominée par Ryan Garcia et Conor Benn. Mais pour l’équipe Opetaia, ce rendez-vous a commencé bien avant les caméras, dans un gymnase étouffant de Thaïlande.

Phuket, la fournaise qui teste l’âme

À 11 heures du matin, lors de son premier jour sur place, Opetaia avait déjà bouclé sa course matinale et attaquait sa deuxième séance au gymnase. Au milieu de la journée, en Thaïlande, l’air est lourd, la sueur ne sèche jamais. C’est précisément ce que voulait son équipe.

Son père et entraîneur, Tapu “Tap” Opetaia, était là, comme toujours. À ses côtés, John Hutchinson, l’Irlandais installé à Phuket qui vient d’ouvrir sa propre salle, et Mark “Den” Donovan, responsable de la préparation physique et du conditionnement. Le plan était simple : le pousser jusqu’à la limite, surtout dans la tête.

« Pour Jai, c’est 95 % mental », résume Donovan.

Les séances étaient construites pour le prouver. Lors d’un entraînement, Opetaia a enchaîné 21 rounds de pads, quatre avec chacun des trois détenteurs de paos. Donovan montait la pression physique, Tap ralentissait le rythme pour corriger les détails techniques, Hutchinson travaillait la puissance, bouclier en main. On l’encourageait à s’asseoir sur ses coups, à sentir l’impact, à répéter jusqu’à ce que le corps réponde sans réfléchir.

Tap, lui, voit tout à travers ce prisme-là : « Tu peux avoir tout le talent du monde, si ta tête ne suit pas ce que fait ton corps, tout s’écroule. » Il aime les images simples : une belle voiture avec un mauvais moteur. Ça brille, mais ça n’ira nulle part. Pour son fils, hors de question.

Tout au long de la semaine, l’approche est restée la même : intensité, précision, inconfort. Même Elvis, le petit frère de Jai, a rejoint le camp pour s’entraîner à ses côtés. Une famille entière plongée dans la même obsession.

Un champion sans ceinture, pris au piège des politiques

Cette préparation n’est pas un camp comme les autres. Elle arrive au cœur d’une période compliquée pour la carrière d’Opetaia. En mars, il a dominé Brandon Glanton sur 10 rounds, victoire nette, maîtrisée. Le combat devait également servir de rampe de lancement pour le nouveau titre cruiserweight de Boxxer. Puis la sanction de l’IBF est tombée : retrait du titre, après le retrait de la sanction pour le combat contre Glanton. Une décision qui a laissé un goût amer.

Depuis, la situation autour de la WBC a ajouté une couche supplémentaire de confusion. L’organisation avait ordonné à Noel Mikaelian de défendre sa ceinture cruiserweight contre David Benavidez en mai. Mikaelian a finalement accepté de combattre Opetaia à la place, alors que, selon l’entourage de l’Australien, plus de deux mois s’étaient écoulés sans qu’un contrat pour affronter Benavidez ne lui parvienne. Résultat : le statut de Jai auprès de la WBC reste incertain à l’approche de ce week-end.

Pour Tap, cette valse des ceintures et des décisions en coulisses raconte une chose : même pour un boxeur qui gagne, devenir champion incontesté peut se transformer en parcours du combattant. Mais il refuse de lâcher l’objectif.

Il l’admet : « À un moment, j’ai dit à Jai : “Peut-être qu’on laisse tomber, on s’en va.” » Son fils l’a coupé net. « Il m’a dit : “Non, Papa. On va finir ce qu’on a commencé. On ne laissera pas ça comme ça à cause de la politique.” »

Tap ne renie pas l’importance des titres, malgré la perte de la ceinture IBF. Pour lui, ces ceintures restent les symboles de tout ce qui les a poussés à commencer. « J’ai regardé ces ceintures depuis que j’étais enfant. Lui aussi. Ces ceintures portent le poids de tout ça. C’est pour ça qu’on a commencé », explique-t-il. Rien, dans les récents rebondissements, n’a changé cette vision.

Respect, famille et business inachevé

Dans ce chaos administratif, un nom revient pourtant avec insistance dans la bouche de Tap : David Benavidez. Pendant une séance de renforcement à Phuket, il a sorti son téléphone pour montrer une vidéo de Benavidez frappant le sac lourd. Il croit fermement qu’un combat entre son fils et la star mexicano-américaine pourrait voir le jour l’an prochain.

« Si ça arrive, ce combat nous propulsera au niveau supérieur, à 100 % », assure-t-il.

Pour lui, le plan est clair : finir le “business inachevé” chez les lourds-légers, viser l’unification, puis monter chez les lourds. Mais pas avant d’avoir réglé ce qui se trouve juste devant eux.

Et devant eux, il y a Noel Mikaelian. Pas Benavidez, pas les lourds, pas les ceintures futures. Mikaelian, maintenant.

Toute la semaine à Phuket, Tap a martelé la même idée : personne ne sera pris de haut. « On ne regarde personne de haut. N’importe quel combat est dangereux », insiste-t-il. L’approche est méthodique : Mark fait son travail de préparateur physique, Jai fait sa boxe, et tous avancent avec un plan précis. « On coche toutes les cases », résume Tap.

Mais au-delà des ceintures et des plans de carrière, il y a une ligne directrice : le respect. « Respecte le sport, respecte les athlètes. Ils traversent les mêmes galères que nous pour nourrir leurs familles. Si c’est pour quelque chose, c’est pour ça : le respect. »

Las Vegas en ligne de mire

Samedi, sous les lumières froides du T-Mobile Arena, personne ne sentira la moiteur de Phuket. Personne ne verra les 21 rounds de pads, les séances en plein cagnard, les doutes balayés dans un gymnase thaïlandais. On ne verra que deux hommes, Jai Opetaia et Noel Mikaelian, se battre pour une ceinture et pour une place dans un échiquier où la politique pèse presque autant que les coups.

Pour l’équipe Opetaia, pourtant, tout est déjà cadré. Ils ne contrôlent ni les ceintures, ni les décisions des instances, ni les opportunités qui s’ouvrent ou se referment dans les bureaux. Ils contrôlent une chose : ce qu’ils font une fois la cloche sonnée.

Le reste viendra après. Monter chez les lourds. Chercher Benavidez. Poursuivre l’unification. Ou tout réécrire.

D’abord, il y a ce samedi. Faire le travail. Puis seulement, une autre question pourra se poser : qui sera le prochain ?