Issy Wong : Performance Éblouissante et Cinq Wickets
Issy Wong aime les casse-têtes. Les vrais, ceux en plastique coloré qu’elle démonte en quelques secondes, et ceux, bien plus coriaces, que lui opposent les meilleures batteuses du circuit. À Derby, elle a rangé les fioritures. Plus de Rubik’s Cube, plus de variations à outrance. Juste une idée fixe : viser les souches, encore et encore.
Résultat : un premier cinq wickets en cricket international et une série d’ODI pliée face à l’Irlande. Simple. Brutal. Diablement efficace.
La balle qui vacille, et l’Irlande qui cède
Wong n’a pas passé la journée à feuilleter tout son répertoire. Elle a choisi une arme, une seule : la balle à couture instable, lancée en angle vers les droitières. Une ligne agressive, une longueur qui frôle les bails. Et très vite, le match bascule.
La première à payer est la capitaine irlandaise, Gaby Lewis, battue « à travers la porte », proprement, sur une balle qui rentre et trouve le chemin entre batte et pad. Un coup net, presque clinique, qui donne le ton.
Le plan ne bouge plus. Wong continue de marteler les souches. Leah Paul finit, elle, victime d’un inside edge qui vient fracasser son propre guichet. Les trois autres prises, dont la meilleure marqueuse Amy Hunter, tombent sur des balles attrapées dans le champ. Même logique : pression constante, zone répétée, erreurs forcées.
À Leicester, deux jours plus tôt, l’histoire était bien différente. Wong avait arrosé large, au point d’enchaîner quatre wides d’affilée en cherchant trop loin de la souche côté off. De quoi faire grimacer n’importe quel entraîneur. À Derby, la même joueuse a semblé métamorphosée.
De l’irrégularité à la précision chirurgicale
Sur le plateau de Sky Sports Cricket, Tash Farrant ne cachait pas son enthousiasme après la nouvelle victoire anglaise par six wickets, copie conforme du premier ODI.
« Elle a touché la même zone à chaque fois et a gardé les choses simples », a résumé l’ancienne internationale à propos de Wong. Il y a deux ans encore, la jeune rapide se débattait avec une irrégularité chronique, changeant de longueur, de ligne, de rythme, sans jamais trouver une base solide.
À Derby, tout l’inverse : une longueur « coupe-bails » quasi systématique, une mécanique répétée, une intention claire. Farrant l’a parfaitement formulé : Wong possède toutes les armes, et parfois l’envie de toutes les sortir. Là, elle s’est contentée de ces wobble balls qui rentrent vers les souches. Rien de spectaculaire en apparence, mais insoutenable pour l’Irlande.
Une place à prendre aux côtés de Lauren Bell
Ce déclic tombe au bon moment. Lauren Bell, référence du nouveau ballon côté anglais, est au repos pour cette série. L’occasion pour Wong de rejouer en ODI pour la première fois depuis la tournée en Irlande en 2024, portant son total à six matches dans le format. Elle avait débuté en 50 overs en 2022, sans jamais réussir à s’installer, freinée notamment par des problèmes de course d’élan.
Cette fois, la porte est entrouverte. Farrant l’a rappelé : l’Angleterre cherche une partenaire fiable pour épauler Bell avec la nouvelle balle. Si Wong répète ce niveau de constance, le duo peut vite devenir redoutable.
Ravi Bopara, autre voix de Sky Sports, n’appelle pas pour autant à ranger définitivement l’outswinger. Pour lui, garder cette variation dans l’arsenal restera essentiel pour « faire passer son jeu au niveau supérieur ». Contre l’Irlande, pourtant, la méthode minimaliste de Wong a suffi à faire exploser la ligne adverse.
Travail, responsabilités et déclic mental
Face aux médias, Wong n’a pas cherché à enjoliver son parcours récent : « Même sur les trois derniers mois, j’ai l’impression d’avoir beaucoup progressé. J’ai beaucoup travaillé et, quand tu travailles dur, de bonnes choses arrivent. »
Elle insiste aussi sur ce qui change dans son rôle. Avec Lauren Bell absente, elle et Lauren Filer doivent gérer le nouveau ballon, choisir qui prend quel bout. Plus de responsabilités, plus de poids sur les épaules. Et c’est précisément ce qu’elle dit aimer : cette pression qui la tire vers le haut.
Son discours après son trophée de joueuse du match en dit long sur l’importance du mental. Elle évoque des discussions avec le staff, y compris le responsable média Dean Wilson, qui l’ont aidée à ajuster son état d’esprit. Quelqu’un, dans ce cercle, lui a soufflé de se concentrer sur la wobble seam. Un conseil qui ressemble aujourd’hui à un coup de génie.
Vers Worcester avec une nouvelle dynamique
La série est déjà en poche, mais l’histoire n’est pas terminée. Le troisième ODI, à Worcester, offrira une nouvelle occasion de tester cette version épurée d’Issy Wong, sûre de sa zone, de sa longueur, de son plan.
L’Angleterre sait ce qu’elle tient : une rapide capable de faire parler la vitesse, la variation et l’instinct. À Derby, elle a montré autre chose. La patience. La répétition. La précision.
Si elle parvient à marier ce nouveau socle de constance avec l’éventail complet de ses talents, combien de fois encore verra-t-on ces souches voler dans les mois à venir ?




