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Islande et Pakistan : un 3-0 qui résonne au-delà du terrain

Il faut un effondrement vraiment spectaculaire pour redonner espoir au cricket islandais. Le Pakistan l’a offert, en direct, lors de la dernière journée à Edgbaston. Pendant qu’England bouclait un 3-0 historique, Iceland Cricket dégainait le trait le plus mordant de la série.

Un sursaut, puis la chute

Le Pakistan avait d’abord évité l’humiliation suprême. Razaullah Khan, 81 points au pas de charge, avait repoussé l’ombre d’une défaite par une manche. Grâce à lui, les visiteurs forçaient England à battre à nouveau, offrant au moins l’illusion d’un dernier bras de fer.

La cible était modeste : 130 points. Sur cette pelouse, dans cette forme, on imaginait England plier l’affaire sans un frisson.

Puis, soudain, le doute.

Mohammad Abbas lance la première balle de l’inning anglais. Ben Duckett est pris immédiatement. Quelques instants plus tard, dans la même over, Emilio Gay suit. Deux wickets pour deux points. D’un coup, Edgbaston se fige. Le Pakistan, malmené tout l’été, vient de planter un coin dans la sérénité anglaise.

130 à atteindre, mais déjà deux batteurs dehors. L’espace d’un court instant, la série change de ton.

Root et Cox referment la porte

Ce frisson n’a pourtant duré que le temps d’un souffle. Joe Root et Jordan Cox se sont installés, ont encaissé la pression, puis ont méthodiquement étouffé le Pakistan.

Root a bénéficié d’un énorme cadeau. Sur 23, il est proprement battu par Mohammad Ali. La balle touche les stumps, mais l’umpire signale un no-ball. Le 17e no-ball d’Ali dans cette série. Un chiffre qui résume à lui seul le manque de discipline pakistanais.

Plus tard, alors que Root est à 38, il dévie Abbas entre premier et deuxième slip. Personne ne s’engage franchement, la balle file au sol. La minuscule fenêtre d’opportunité se referme là. Définitivement.

À partir de ce moment, England ne regarde plus en arrière. Root termine invaincu à 62, signant sa 110e manche de cinquante points ou plus en Test, dont 41 centuries. À ses côtés, Jordan Cox reste lui aussi invaincu, 59 points, et la cible est atteinte en 25 overs, avec huit wickets encore en main.

Le score brut est sec. La manière, cruelle.

L’ironie glaciale d’Iceland Cricket

La réplique venue du nord a mis tout le monde d’accord.

Sur X, le compte Iceland Cricket s’est fendu d’un message acide : son équipe nationale, affirmait-il, n’allait pas rester désespérément mauvaise pour toujours, et la résistance pakistanaise dans ce troisième Test lui donnait « exactement cet espoir ». Objectif annoncé : « la domination mondiale du cricket en 2082 ». Avec ce trait noir : si cela arrive plus tôt, tant mieux, car « le Board sera mort en 2082 ».

La blague a fait le tour des réseaux, parce qu’elle touche un nerf sensible. Quand un pays minuscule peut regarder un géant historique et y voir un modèle… de ce qu’il ne faut pas faire, le malaise dépasse largement le cadre d’un simple 3-0.

Chaos permanent en coulisses

Ce revers n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série noire : 16 défaites lors des 21 derniers Tests du Pakistan. Une statistique brutale, mais presque logique au vu du désordre ambiant.

La tournée en Angleterre s’est transformée en feuilleton. Après le deuxième Test, sept joueurs sont sortis du groupe. Le sélectionneur Sarfaraz Ahmed et son adjoint Umar Gul ont été limogés. Une enquête disciplinaire a débouché sur la confiscation de téléphones portables au sein du camp. Au point que l’histoire en dehors du terrain a parfois davantage retenu l’attention que le cricket lui-même.

Babar Azam, capitaine sous pression, a tenté de ramener le débat au jeu. Pour lui, la racine du mal se situe dans la première manche, bouclée à 133 sur la meilleure surface de la série. Il parle de « trop de dismissals soft », de manque de solidité au bâton. Le constat est juste. Mais il ne suffit plus.

Un symbole qui fait mal

Joe Root, lui, a reconnu que le Pakistan avait « lancé quelques coups » lors de ce deuxième inning. Il a choisi d’en faire une expérience utile pour son équipe, pas un motif de plainte. La nuance est éloquente : là où England voit un test de caractère dans un moment de turbulence, le Pakistan se contente d’y trouver un sursaut isolé au milieu des décombres.

Le moment le plus marquant de la tournée pakistanaise restera peut-être cette manche fougueuse de Razaullah Khan… dans un match perdu par huit wickets. Quand un tour complet se résume à un baroud d’honneur d’un joueur de l’ordre inférieur, la question n’est plus celle de la forme, mais de la structure.

Planification bancale. Communication défaillante. Culture interne fissurée. Le tout exposé au grand jour par un 3-0 sans appel.

L’angle islandais a fait rire, mais il met le doigt sur l’essentiel : le Pakistan offre aujourd’hui aux petites nations un horizon atteignable, là où il incarnait autrefois un sommet lointain.

Reste une interrogation, brutale et simple : qui, au sein du cricket pakistanais, est prêt à affronter ce constat et à bâtir enfin un plan qui tienne plus longtemps qu’une seule manche courageuse à Edgbaston ?