Iraola face au mur : qui est robuste avant Tottenham ?
Andoni Iraola n’a pas mis longtemps à comprendre ce que signifie enchaîner à la tête de Liverpool : deux matches de Premier League à Anfield, deux nuls, et déjà la sensation que le calendrier serre la gorge. Fulham est reparti avec un point, les jambes sont lourdes, les idées aussi. Et voilà Tottenham qui arrive en Carabao Cup, sans véritable fenêtre pour souffler.
L’entraîneur espagnol ne se cache pas. Il sait qu’il ne pourra pas « aller à fond » à chaque rencontre avec les mêmes hommes. « Tu peux décider d’aligner les mêmes joueurs à chaque match. Le problème, c’est qu’il y aura un moment où ils seront vraiment fatigués. Et le risque de blessure augmente », prévient-il.
Une équipe vidée après l’Europe
Moins de 72 heures après une prestation pleine de vie contre Atletico Madrid en Ligue des champions, Liverpool a offert à Anfield une copie terne face à Fulham. Sans but, sans tranchant, sans cette intensité qui doit être la marque de fabrique d’une équipe d’Iraola.
Les Reds ont paru « physiquement et mentalement fatigués », comme une version ralentie de celle qui venait de faire tomber un demi-finaliste de la dernière Ligue des champions. Un constat brutal pour un premier vrai test du jeu d’Iraola avec deux matches par semaine.
Six points en quatre journées, invaincus certes, mais déjà quatre points envolés à domicile contre Nottingham Forest et Fulham, plus un nul à Newcastle et une seule victoire à Ipswich. Pour un club qui vise les trophées, le compte n’y est pas.
Un trio à 364 millions en panne de repères
Face à Fulham, Iraola avait décidé de lancer d’entrée son trio offensif à 364 millions : Alexander Isak, Bradley Barcola, Florian Wirtz. Sur le papier, c’est clinquant. Sur la pelouse, beaucoup moins.
Isak a touché 16 ballons en 90 minutes, deuxième total le plus faible pour un joueur de champ de Liverpool depuis que ces données sont recensées. Deux semaines plus tôt, il détenait déjà le pire chiffre avec 14 touches contre Forest. Wirtz, brillant contre Atletico, a semblé éteint. Barcola a montré quelques éclairs, Isak aussi, mais on sent une attaque encore en construction, loin d’être une machine huilée.
Liverpool a eu des occasions, mais pas assez. Pas assez pour faire plier une équipe de Fulham qui sortait de trois défaites et arrivait à Anfield en manque de confiance.
Fulham solide, Liverpool brouillon
Alvaro Arbeloa, de retour sur une pelouse qu’il connaît par cœur, avait besoin de respirer après trois revers de rang en Premier League. Il repart avec son premier point et la sensation que son équipe aurait même pu mieux faire.
Les Londoniens ont eu la première énorme opportunité : un malentendu entre Alisson et Ryan Gravenberch, un ballon qui traîne, et il faut un sauvetage sur la ligne de Jeremy Jacquet pour éviter la punition sur la tentative de Gonzalo Garcia. Un avertissement sans frais, totalement offert par Liverpool.
Fulham a dominé le premier acte sans capitaliser. Josh King a buté sur Alisson dans la surface, Antonee Robinson a manqué le cadre de la tête. De l’autre côté, Victor Munoz a vu son coup de casque repoussé par Bernd Leno, et une volée de Barcola a été déviée en corner par Timothy Castagne.
Iraola a tenté de secouer son équipe à la pause. Milos Kerkez a remplacé Kostas Tsimikas, en difficulté, puis Alexis Mac Allister et Cody Gakpo sont entrés pour Gravenberch et Munoz à l’heure de jeu. Le message était clair : il fallait changer le rythme.
Isak a enfin trouvé un angle de tir, mais Leno a capté sans trembler. Dominik Szoboszlai a ensuite forcé le gardien allemand à une nouvelle parade sur une frappe puissante. Le siège n’est jamais vraiment arrivé.
Nouvelle double entrée à la 72e minute : Rio Ngumoha et Jeremie Frimpong. Plus de vitesse, plus de fraîcheur, mais pas plus de précision. Dans le temps additionnel, Isak a encore eu une tête sur corner, à côté. Fulham, avec des dernières situations pour King et Kevin, a tenu son point jusqu’au bout.
Entre histoire et présent : la Carabao Cup comme révélateur
Le timing n’a rien d’idéal pour basculer en mode coupe. La Carabao Cup n’est pas un trophée anodin à Liverpool. Dix fois vainqueurs, les Reds dominent l’histoire de l’épreuve. De la première série victorieuse du début des années 80 à la séance folle de 2022 contre Chelsea (11-10 aux tirs au but), jusqu’au 10e sacre, encore face aux Blues en 2024 sous Jurgen Klopp, le club a souvent utilisé cette compétition comme tremplin.
Mais cette fois, le décor est différent. En général, les premiers tours servent à lancer les jeunes, donner du temps de jeu aux remplaçants, ménager les cadres. Là, c’est Tottenham en face. Un rival de Premier League, même en difficulté en ce début de saison, ne se gère pas comme un déplacement chez un club de Championship.
Le dilemme est net : faut-il aligner une équipe forte pour chasser la frustration du nul contre Fulham et relancer la dynamique ? Ou accepter de prendre un risque sportif pour protéger les organismes, avec la Ligue des champions qui s’étire encore sur au moins sept rencontres et un calendrier déjà saturé ?
Iraola, l’apprentissage express
Au-delà des schémas, Iraola est en train de dresser une carte précise de son vestiaire. « Il y a des joueurs qui peuvent jouer tous les trois jours sans problème. Ils sont très robustes, leurs performances ne changent pas trop. Pour d’autres, le risque est plus grand et les performances sont différentes », explique-t-il.
Certains profils sont déjà identifiés dans son esprit. D’autres restent une énigme, même pour les joueurs eux-mêmes, qui découvrent ce volume de matches. L’Espagnol parle d’un processus d’apprentissage. Il n’a pas vraiment le luxe du temps.
Entre la nécessité de rester compétitif sur tous les fronts et l’obligation de ne pas cramer ses cadres avant l’hiver, chaque composition devient un test. Chaque rotation, un pari calculé.
La Carabao Cup a souvent servi à écrire de belles pages de l’histoire de Liverpool. Cette saison, elle pourrait surtout révéler une chose : Iraola saura-t-il trouver assez vite ses vrais « robustes » pour emmener ce groupe jusqu’à un onzième trophée… sans le casser en route ?




