Inaki Williams met fin à son aventure avec les Black Stars
Le message est tombé un vendredi après-midi, sobre, sans effets de manche, sur son compte X. Mais son poids est lourd pour tout un pays de football : Inaki Williams a annoncé la fin de son aventure avec la sélection du Ghana.
L’attaquant de l’Athletic Bilbao met un terme à sa carrière internationale avec les Black Stars, quelques semaines seulement après la Coupe du monde 2026.
« Je sens que le moment est venu de mettre fin à mon voyage avec l’équipe nationale du Ghana. Je pars heureux, fier et avec la tranquillité d’esprit de savoir que j’ai tout donné chaque fois que j’ai porté ce maillot », a-t-il écrit. Une déclaration courte, nette, à l’image de son passage en sélection : intense, parfois frustrant, mais jamais tiède.
Une sortie après un Mondial amer
Williams a disputé la Coupe du monde 2026 avec le Ghana, un tournoi qui devait servir de tremplin, et qui s’est achevé sur une désillusion. Les Black Stars sont sortis après une défaite 1-0 contre la Colombie, un revers d’autant plus dur que l’équipe arrivait gonflée de confiance.
Avant ce match couperet, le Ghana avait tenu en respect le Panama et l’Angleterre en phase de groupes, avec deux clean sheets à la clé. La base semblait solide, la dynamique prometteuse. Puis tout s’est effondré sur un détail, un but encaissé, et cette impression de rendez-vous manqué qui colle à la peau de toute une génération.
C’est dans ce contexte que Williams choisit de tirer le rideau. Pas dans le fracas d’un scandale, mais dans la lucidité d’un joueur qui estime avoir « tout donné » pour ce drapeau qu’il a porté sur la poitrine.
De l’Espagne au Ghana, un choix de racines
L’histoire internationale d’Inaki Williams n’a jamais été linéaire. Formé en Espagne, appelé pour la première fois avec la sélection U21 en mars 2015, il semblait destiné à suivre la voie classique du talent de Liga vers la Roja. Pourtant, malgré ses passages chez les jeunes, il ne disputera aucune grande compétition avec l’équipe A espagnole.
En 2021, interrogé sur la possibilité de jouer pour le Ghana, il rappelait alors : « mes parents viennent d’Accra, mais je ne suis pas né ni élevé là-bas, ma culture est ici ». Le dilemme était clair, identitaire autant que sportif.
Le virage intervient le 5 juillet 2022. Ce jour-là, Williams officialise sa décision de représenter le Ghana. Il choisit les Black Stars avant la Coupe du monde 2022, embrasse pleinement l’héritage de ses parents et la fierté d’un pays qui l’attendait depuis longtemps.
« Le Ghana m’a donné beaucoup plus que le football. Il m’a permis de revenir à la maison, de me sentir encore plus proche de mes racines et de vivre l’immense fierté de représenter mon pays et de porter ce drapeau sur ma poitrine », confie-t-il aujourd’hui au moment de dire adieu à la sélection. Les mots sonnent comme un remerciement, pas comme une rupture.
Il promet d’ailleurs de continuer à soutenir le football ghanéen et les Black Stars depuis l’extérieur. La page se tourne, le lien reste.
Un parcours marqué par la persévérance
Pour comprendre la portée de ce choix, il faut revenir au début de l’histoire. Inaki Williams naît en Espagne de parents ghanéens arrivés en Europe au terme d’un périple éprouvant : Sahara traversé à pied, barbelés franchis à Melilla. Derrière le joueur de Liga, il y a ce récit de survie et d’ascension.
Très jeune, il consacre son enfance à développer son talent. À 18 ans, l’Athletic Bilbao le repère et l’intègre à son équipe de jeunes. Le club basque ne tarde pas à voir en lui plus qu’un simple prospect : un attaquant capable de jouer en profondeur, de répéter les efforts, de tenir la ligne offensive sur la durée.
Il fait ses débuts en équipe première en Liga en 2014, puis inscrit son premier but l’année suivante, en février. Saison après saison, Williams s’installe comme une pièce maîtresse de l’Athletic. Symbole de cette confiance, il signe en 2019 un contrat de neuf ans avec le club, l’un des plus longs jamais offerts dans le football moderne, dans la lignée de ces rares engagements au très long cours, comme celui de Denilson avec le Real Betis à la fin des années 1990.
Avec Bilbao, il vit des soirées marquantes, dont un but spectaculaire de 20 mètres contre le FC Barcelona en finale de Supercoupe d’Espagne, qui scelle l’un des grands succès récents du club. L’instant devient une image forte de sa carrière : frappe pure, trajectoire imparable, explosion de joie basque.
Une carrière internationale courte, mais chargée de sens
Sur le plan purement statistique, la trajectoire d’Inaki Williams avec le Ghana ne rivalisera pas avec les monuments de l’histoire des Black Stars. Pas de grandes campagnes victorieuses, pas de titre continental, pas de parcours héroïque jusqu’aux derniers tours d’un Mondial.
Mais réduire son passage à des chiffres serait passer à côté de l’essentiel. Son engagement a symbolisé un mouvement plus large : celui de ces binationaux qui choisissent le Ghana par conviction intime, par attachement familial, par désir de rendre quelque chose à un pays qu’ils n’ont pas forcément connu dans leur enfance, mais qu’ils portent en eux.
Pour Williams, ce choix a pris la forme d’un aller-retour entre deux mondes : l’Espagne qui l’a formé, le Ghana qui l’a adopté. Il a offert son expérience de la Liga, sa rigueur, son professionnalisme à une sélection en quête de stabilité et de repères.
Et maintenant ?
En quittant la scène internationale, Inaki Williams libère une place dans le secteur offensif du Ghana, mais laisse surtout un héritage symbolique. Celui d’un joueur qui a assumé un choix difficile, tardif, puis qui a su dire stop au moment où il estimait avoir bouclé le cycle.
Il continuera de porter le maillot de l’Athletic Bilbao, de remplir les stades de Liga avec ses courses et ses frappes. Pour les Black Stars, l’heure est à la transition. D’autres attaquants prendront le relais, d’autres binationaux se poseront les mêmes questions que lui.
La sélection ghanéenne, elle, devra transformer ces histoires individuelles en force collective. Car si un joueur comme Inaki Williams peut tourner la page, la quête du Ghana, elle, ne s’arrête jamais.




