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Hrgovic – Itauma : un combat pour la ceinture IBF

Samedi soir, à l’O2 Arena de Londres, la ceinture mondiale IBF des lourds vacante sera en jeu. D’un côté, Filip Hrgovic, 34 ans, vétéran du circuit et médaillé de bronze olympique. De l’autre, Moses Itauma, 21 ans, invaincu, présenté comme le prochain phénomène britannique. Entre les deux, une ligne de fracture générationnelle que le Croate martèle sans relâche.

Depuis le début de la promotion, Hrgovic n’a qu’un mot à la bouche : « kid ». Un gamin. Un enfant. Jeudi, lors de la conférence de presse organisée au Studio 338, sur la péninsule de Greenwich, il a poussé le trait un peu plus loin : il a promis de « le renvoyer au lycée » samedi soir.

La punchline a fait mouche. Mais elle n’a pas fait dérailler Itauma.

Le gamin qui veut bousculer l’histoire

À 21 ans, Moses Itauma vise très haut : devenir le deuxième plus jeune champion du monde des lourds de l’histoire, derrière Mike Tyson, toujours référence absolue en la matière. Son bilan pro parle pour lui : 14 combats, 14 victoires, 12 avant la limite. Vitesse, puissance, sens du timing : en quelques mois, le Chathamien s’est forgé une réputation de finisseur froid.

Les piques de Hrgovic ont fini par l’agacer, il l’a reconnu. Mais en public, il refuse d’entrer dans le jeu.

« À la fin de la journée, parler ne coûte rien. C’est de la vanne de cour d’école », a-t-il lâché, visage fermé, sans hausser le ton.

Pour lui, tout se règlera sous les lumières de l’O2, pas devant les micros.

« Me tenir devant une caméra et un micro pour dire ce que je vais faire, ça ne veut pas dire grand-chose. Je ne cherche pas à faire du ping-pong verbal. Mes yeux sont uniquement sur samedi. »

Il sait ce qui l’attend : un homme qui a tout vu ou presque chez les amateurs, un boxeur forgé dans les tournois internationaux, qui ne se laissera pas impressionner par un jeune cogneur à domicile.

Hrgovic, le vétéran piqué au vif

Filip Hrgovic arrive à ce rendez-vous avec un bagage lourd : médaillé de bronze olympique, carrière amateur dense, expérience des grands soirs. Chez les pros, une seule tache : sa défaite en 2024 contre Daniel Dubois, arrêtée sur coupures. Une blessure à l’ego qu’il évoque avec une pointe de dédain, comme un accident de parcours.

« Personne ne m’a jamais mis KO de toute ma vie », a-t-il rappelé, hilare, quand on lui a parlé de la puissance d’Itauma. « J’ai seulement été arrêté par Dubois à cause des coupures, et j’étais dans un état terrible à cause d’une maladie. »

Pas question, selon lui, de se cacher derrière des stratégies psychologiques sophistiquées. Il se présente comme brut, frontal.

« Je dis juste ce que je pense. Je pense que c’est un gamin, qu’il n’est pas assez mûr. Moi, je suis un homme. J’ai un bien meilleur âge, bien plus d’expérience. C’est tout. »

Puis la phrase tombe, tranchante :

« Je vais écraser le gamin samedi et le renvoyer au lycée. »

Studio 338, sueur, lumière et tension

Le décor tranche avec les salles de conférence aseptisées habituelles. Studio 338, connu pour ses nuits électro et ses sound systems assourdissants, accueille cette fois deux poids lourds en quête de pouvoir. Une scène, des spots, une atmosphère plus club que gala de boxe. La tension fait le reste.

Hrgovic se pointe une bonne demi-heure avant le début, torse nu, détendu, presque nonchalant. Un membre de son équipe le rafraîchit en l’éventant. Il sourit, plaisante, attend. Quand le show démarre, il a enfilé une chemise ouverte, boutons défaits, allure faussement décontractée.

Itauma, lui, arrive quelques minutes avant le début. Plus fermé, plus compact, comme s’il gardait toute son énergie pour le ring. À mesure que Hrgovic enchaîne les piques, le Britannique laisse filtrer une légère agitation, un regard un peu plus dur. Mais il refuse de répondre par des phrases choc.

« Le combat parfait, ce serait de faire quelques rounds et de finir le travail », glisse-t-il simplement. « Même scénario, histoire différente. »

Hrgovic éclate de rire à l’idée d’une fin rapide. Il se penche vers les journalistes, joue la comédie du faux tremblement.

Itauma avait affirmé plus tôt que le Croate avait tremblé lors d’un précédent face-à-face. Réponse immédiate, sourire en coin :

« Regardez comme je transpire. Regardez comme j’ai peur. »

Face-à-face électrique, promesse de chaos

Lorsque les deux hommes se retrouvent enfin nez à nez, la salle se tait. Pas de cris, pas de débordement. Juste deux regards qui se plantent, deux trajectoires qui se percutent. Itauma finit par tourner les talons et quitter la scène, laissant Hrgovic continuer le spectacle verbal.

Le Croate ne s’en cache pas :

« C’est le plus grand combat de ma vie », assure-t-il, convaincu que l’âge et l’expérience feront la différence. Il questionne la préparation de son jeune rival, insinue qu’il n’est pas dans la bonne forme, tente une dernière fois de le faire sortir de ses gonds.

Itauma ne mord pas. Il sait ce qui l’attend : un homme qui refuse de vieillir, prêt à tout pour empêcher un « gamin » d’inscrire son nom dans l’histoire.

Samedi, à l’O2 Arena, il n’y aura plus de vannes de cour d’école, plus de chemise ouverte ni de sourires en coin. Juste une ceinture IBF vacante, un vétéran qui refuse de céder sa place, et un jeune lourd qui veut forcer la porte de la légende avant l’heure. Qui renverra vraiment qui « au lycée » ?