Hamzah Sheeraz accuse de corruption, Janibek Alimkhanuly promu
La fracture est nette, publique, assumée. Hamzah Sheeraz accuse. Gustavo Olivieri répond. Et au milieu, un nom qui cristallise la colère : Janibek Alimkhanuly.
Le président du WBO a fermement rejeté les accusations de corruption lancées par le champion WBO des super-moyens, après la décision de nommer Janibek Alimkhanuly challenger obligatoire pour sa ceinture. Une décision déjà explosive sur le plan sportif, devenue affaire de principe depuis que Sheeraz a décidé de parler sans filtre.
Un contrôle positif, un combat annulé… puis une promotion
Le point de rupture remonte à décembre dernier. Ancien champion unifié des moyens, Janibek Alimkhanuly devait affronter Erislandy Lara dans une unification à trois ceintures. L’enjeu était immense, l’affiche solide. Mais un contrôle VADA positif à une substance interdite, quelques jours avant le combat, fait tout voler en éclats. Le duel est annulé. La suspension tombe.
Le Kazakhstan Professional Boxing Federation (KPBF) le suspend pour six mois. Le WBO, lui, frappe plus fort : une suspension deux fois plus longue, avec la possibilité affichée dès le départ de la réviser plus tard.
C’est exactement ce qui se produit. Après examen complet du dossier, prise en compte de la coopération du boxeur et de ce que l’instance décrit comme des « circonstances atténuantes » appuyées par des éléments médicaux, le WBO met fin de manière anticipée à la sanction. Et va plus loin : Alimkhanuly, invaincu (17-0, 12 KO), est propulsé challenger obligatoire chez les super-moyens. Sans avoir disputé le moindre combat à 168 livres.
Pour Hamzah Sheeraz, c’est la ligne rouge.
Sheeraz charge : « C’est corrompu »
Dans un entretien accordé à Uncrowned, face à Ariel Helwani, Sheeraz n’a pas mâché ses mots.
« Je pense que c’est une blague », lâche-t-il d’abord. Puis il enfonce le clou : ce que le WBO a fait serait « honteux pour la boxe ». Récompenser un boxeur qui a « testé positif », pour lui, défie toute logique sportive et morale.
Il va plus loin encore : « Pour moi, c’est corrompu », affirme-t-il, estimant que la décision repose sur des « relations personnelles » et des jeux d’influence en coulisses. Une décision « sortie de nulle part » et « extrêmement mauvaise pour la boxe », selon ses termes.
Le message est clair : Sheeraz ne voit pas seulement une injustice sportive. Il pointe du doigt l’intégrité même du système.
Olivieri se défend point par point
Touché dans la crédibilité de son organisation, Gustavo Olivieri a rapidement répondu à Uncrowned. Ton posé, mais ferme.
« Je suis respectueusement mais sans équivoque en désaccord avec ses affirmations, en particulier toute suggestion de “corruption”, de motifs inappropriés ou de décisions influencées par des relations personnelles », déclare le président du WBO.
Puis il déroule sa défense, en s’appuyant sur deux axes principaux.
D’abord, le contexte du contrôle positif. Olivieri insiste : Janibek « n’a jamais mis un pied sur le ring » dans le cadre de ce combat-là. Le duel contre Erislandy Lara n’a pas eu lieu. Pour le WBO, cela distingue radicalement ce cas d’autres dossiers récents, comme Ryan Garcia contre Devin Haney, où le combat s’est tenu, les tests positifs étant intervenus autour d’un championnat effectivement disputé.
Selon lui, comparer ces situations n’a aucun sens : « Ce sont des circonstances factuelles fondamentalement différentes. »
Ensuite, le profil disciplinaire du Kazakh. Alimkhanuly est présenté comme un « primo-délinquant » sur le plan antidopage. Durant la procédure, il fournit des éléments à décharge, notamment médicaux. Le WBO affirme avoir pris ces informations en compte, tout en appliquant initialement une sanction plus lourde que celle décidée par la commission kazakhe. La réduction de suspension serait donc, aux yeux d’Olivieri, la conclusion logique d’un processus respecté de bout en bout.
Pour lui, le dossier antidopage est clos. Et ne doit plus peser dans la discussion sur son statut de challenger.
Le précédent Keyshawn Davis comme étendard
Reste la question qui fâche : comment un boxeur peut-il devenir challenger obligatoire dans une catégorie où il n’a jamais boxé ?
Sur ce point, Olivieri brandit l’histoire récente du WBO. L’instance revendique une tradition : offrir un traitement préférentiel à ses champions récents qui montent ou descendent de catégorie. Parfois jusqu’à les installer directement en position de challenger obligatoire, sans combat préalable dans la nouvelle division.
Un cas cité par le président : Keyshawn Davis. Davis est déchu de son titre WBO chez les légers en juin 2025. Il monte ensuite chez les super-légers, y dispute deux combats sans ceinture, puis grimpe encore chez les welters. Là, il se retrouve classé numéro 1. Il est même désigné challenger obligatoire pour Devin Haney… sans avoir combattu une seule fois à 147 livres.
L’exemple est frappant. Il montre que le WBO applique ce type de passe-droit sportif à d’anciens champions, même lorsque leur statut récent peut être jugé controversé.
Olivieri s’appuie sur cette continuité pour défendre le cas Alimkhanuly : pas une exception taillée sur mesure, selon lui, mais l’application d’un usage bien établi.
Janibek préféré à Jacob Bank
Sur le plan strictement sportif, le WBO assume également un choix fort : privilégier Janibek Alimkhanuly à Jacob Bank (20-0, 11 KO), pourtant lui aussi invaincu.
L’argument est limpide : le palmarès. Olivieri rappelle que le Kazakh a régné en champion unifié WBO et IBF chez les moyens, avec un niveau d’opposition et des accomplissements que, selon lui, Jacob Bank ne peut pas encore égaler. Le CV de Bank, malgré son bilan immaculé, ne pèserait pas aussi lourd.
Le message est brutal pour le Norvégien : l’invincibilité ne suffit pas, le WBO regarde d’abord la qualité de ce qui a été accompli au plus haut niveau.
Une fracture qui dépasse un simple ordre de classement
Au terme de cette séquence, deux visions s’opposent frontalement.
Pour Hamzah Sheeraz, la nomination de Janibek Alimkhanuly comme challenger obligatoire est le symptôme d’un système biaisé, où les relations et le statut priment sur l’équité sportive et la lutte crédible contre le dopage.
Pour Gustavo Olivieri, c’est tout l’inverse : un dossier disciplinaire traité jusqu’au bout, une sanction purgée, un cas classé. Puis l’application d’une règle assumée de longue date, qui valorise les anciens champions WBO lorsqu’ils changent de catégorie.
Entre les lignes, une question plane : jusqu’où les instances peuvent-elles aller pour protéger le statut de leurs anciens rois, sans perdre la confiance de ceux qui tiennent aujourd’hui les ceintures ?
La réponse, désormais, pourrait bien se jouer sur le ring, là où Sheeraz devra décider s’il accepte de défendre sa couronne face à un challenger qu’il juge illégitime.




