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GP d’Espagne : Antonelli triomphe et Lawson brille chez Red Bull

La nuit madrilène a offert un Grand Prix d’Espagne tendu, verrouillé, décidé sur un détail. Un tour, un virage, une entrée des stands manquée. Et tout le scénario a basculé.

Au bout de 66 tours sur le tout nouveau tracé du Madring, Kimi Antonelli lève les bras. Deuxième victoire consécutive, huitième succès de la saison, un championnat qu’il commence à étreindre série après série. Mais derrière la victoire du jeune pilote Mercedes, il y a une autre histoire : celle d’un Kiwi qui s’installe peu à peu dans le paysage de la Formule 1.

Lawson, sixième et solide, dans un train impossible à doubler

Parti huitième, Liam Lawson coupe la ligne en sixième position. Même rang qu’à Silverstone plus tôt dans l’année, mais cette fois avec un poids différent : c’est son meilleur résultat sous les couleurs Red Bull.

Le Madring n’a pas pardonné les hésitations ni les velléités d’attaque. Peu d’ouvertures, des trains de voitures figés, des DRS souvent inutiles. Lawson résume d’ailleurs sa course en une phrase : « C’était super difficile de dépasser. »

Red Bull tente de le sortir du trafic avec une stratégie décalée en pneus durs. Pari risqué, presque solitaire. Le Néo-Zélandais se retrouve souvent isolé en piste, loin de la mêlée, dépendant des neutralisations. La Virtual Safety Car tombe… mais ne joue pas vraiment pour lui.

Il limite pourtant la casse, gère ses gommes, reste propre dans le trafic et cueille un sixième rang précieux. Huit points de plus, qui le portent à 59 unités au championnat, neuvième du classement pilotes, à 12 longueurs d’Isack Hadjar (71 points). Une progression régulière, sans éclat tapageur, mais avec une constance qui commence à compter.

Antonelli, le coup gagnant au bon tour

Devant, la course se décide sur un timing. Un seul. Tour 15 : l’Aston Martin de Lance Stroll s’immobilise, problème de freins. Virtual Safety Car. Et le Grand Prix bascule.

Kimi Antonelli, alors deuxième derrière Lando Norris, plonge dans la voie des stands. Arrêt propre, ressort devant la McLaren. L’Italien ne le sait pas encore, mais il vient de gagner le GP.

Norris, lui, n’a pas cette chance. Il a déjà dépassé l’entrée des stands lorsque la VSC est déclenchée. Un tour de trop. Il ne s’arrête qu’après la fin de la neutralisation, perd un temps précieux, et se retrouve rejeté en cinquième position, plombé par un arrêt en plus légèrement ralenti à cause d’un souci sur la roue avant droite.

Antonelli, lucide à la radio, ne fanfaronne pas : il sait que la pièce maîtresse du puzzle, c’est ce timing. « Chanceux avec la Virtual Safety Car, je me sens un peu mal pour Lando », lâche-t-il. Mais il ne tremble plus ensuite. Course solide, rythme constant, gestion clinique des pneus durs sur un circuit où doubler relève presque de l’utopie.

Résultat : nouvelle victoire, deuxième d’affilée après son succès à domicile à Monza, et un écart qui s’envole au championnat. Il compte désormais 81 points d’avance sur son coéquipier George Russell, cinquième à Madrid, avec encore neuf manches au calendrier.

Norris, la victoire envolée dans la voie des stands

Pour Lando Norris, c’est une course qui fait mal. Très mal. Troisième à l’arrivée derrière Antonelli et Max Verstappen, mais avec la sensation d’avoir laissé filer une victoire qui lui tendait les bras.

Parti de la pole, le pilote McLaren contrôle le départ, résiste à Antonelli au premier virage – l’Italien coupe même le virage pour éviter le contact et doit rendre la position. Norris gère, impose son tempo. Et puis vient ce fameux tour 15.

Tous ceux qui peuvent plonger aux stands sous VSC le font. Lui non. Mauvais endroit, mauvais moment. « J’ai été incroyablement malchanceux », souffle-t-il après la course. Le Britannique se retrouve piégé par la neutralisation, privé de l’arrêt “gratuit” dont profitent ses rivaux.

La stratégie de McLaren sera forcément disséquée. Norris, lui, se contente de constater les dégâts : une course « rude », une victoire « qui nous échappe », et ce sentiment cruel d’avoir mérité mieux.

Leclerc en tête, mais piégé par la stratégie

Un temps, Charles Leclerc croit pouvoir jouer un coup différent. Quand la Virtual Safety Car est déclenchée, Ferrari le laisse en piste. Choix audacieux : le Monégasque prend la tête, mise sur la longévité de ses pneus et sur la difficulté à doubler au Madring.

Le pari tient… jusqu’au moment où la réalité des règles s’impose. Arrêt obligatoire. Leclerc doit finalement s’arrêter tard, rend la première place, et ressort trop loin pour espérer mieux que la quatrième position.

Devant lui, Antonelli, Verstappen et Norris n’ont plus besoin de repasser par les stands : les pneus durs tiennent, le rythme reste soutenu, les écarts se figent. Leclerc, longtemps leader, sort du podium par la petite porte, victime d’une stratégie qui n’a pas trouvé sa récompense.

Son coéquipier Lewis Hamilton ne voit, lui, presque pas la course. Problème de freins après sept tours, abandon. Week-end noir dans la foulée d’un GP d’Italie déjà compliqué, terminé seulement au sixième rang après un accrochage avec Leclerc.

Duel fratricide espagnol et ambiance électrique à Madrid

Pour les locaux, cette grande première au Madring tourne au cauchemar. Fernando Alonso et Carlos Sainz, seuls Espagnols sur la grille, partent depuis l’arrière. Ils se retrouvent roue contre roue dès les premiers tours. Contact. Alonso accuse : « Il m’a serré contre le mur. Au départ, il est entré dans deux voitures, maintenant il me serre au freinage. »

Sainz, déjà impliqué dans d’autres accrochages après un départ agressif, écope d’une pénalité de cinq secondes pour cet incident avec Alonso, avant de finalement abandonner sur problème mécanique. Grand Prix national à oublier.

Dans les tribunes, le décor tranche avec ces désillusions. Roi Felipe VI en loge, près de 350 000 spectateurs attendus sur le week-end, retour de la Formule 1 dans la région de Madrid pour la première fois depuis 45 ans, depuis Jarama en 1981. Le show est là, l’ambiance aussi.

Mais la fête ne fait pas l’unanimité. Quelques heures avant le départ, plusieurs centaines d’habitants des quartiers du nord de Madrid manifestent. T-shirts jaunes, pancartes “Stop Formula 1 in Madrid”. Ils dénoncent le bruit, les fermetures de routes, l’impact environnemental d’un événement signé pour dix ans dans la capitale.

Le paddock, lui, ne s’attarde pas. Les regards se tournent déjà vers Bakou et l’Azerbaijan Grand Prix, où Antonelli arrivera en patron du championnat, Verstappen en chasseur, Norris avec un sentiment de revanche, et Lawson avec une certitude nouvelle : il appartient désormais au haut du tableau.