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Flushing Meadows : Un tournoi riche en émotions et surprises

À Flushing Meadows, la journée a pris des allures de feuilleton. Entre l’irruption d’un outsider australien, l’ascension d’une jeune révélation et les adieux déchirants d’une légende, le tournoi a rappelé pourquoi le tennis ne se contente jamais d’un seul scénario.

Hijikata fait vaciller le n°4 mondial

Rinky Hijikata n’avait, sur le papier, pas grand-chose pour effrayer un joueur installé au sommet du classement. Face au n°4 mondial Felix Auger-Aliassime, le script annonçait un favori en contrôle. Les premiers jeux semblaient confirmer cette logique : le Canadien s’envole rapidement, 2-0, service solide, rythme imposé.

Puis le match bascule.

Hijikata se calme, s’installe sur la ligne, lâche le bras au service et commence à couvrir le court avec une vivacité qui surprend. Point après point, il grignote l’avance. Le Canadien, mis sous pression, voit l’Australien revenir, puis passer devant. Quand le tableau d’affichage affiche 5-3 pour Hijikata dans ce premier set, le Grandstand comprend que ce n’est plus une formalité pour Auger-Aliassime, mais un vrai combat.

L’Australien, pour sa première apparition sur ce court, ne montre aucun signe de nervosité. Il sert vite, se replace encore plus vite. Le statut de favori change de camp dans les tribunes, où le public commence à croire à la surprise.

Maya Joint, la remontée d’une nouvelle venue

Sur le court 9, une autre Australienne a déjà donné le ton de la journée. Maya Joint s’offre un passage au deuxième tour au terme d’un match renversant, gagné 3-6, 6-2, 6-2.

Son début de rencontre ne laissait rien présager de tel. Liudmila Samsonova contrôle l’échange, s’adjuge le premier set 6-3 au terme de longs rallies où les deux joueuses se rendent coup pour coup. Joint bouge bien, tient la cadence, mais la Russe garde la main dans les moments clés.

Puis la jeune Australienne change de dimension.

Portée par un public de plus en plus bruyant, elle monte en intensité, prend la balle plus tôt, dicte enfin le jeu. Elle démarre le deuxième set pied au plancher, mène 3-1, puis déroule. Samsonova recule, subit. Joint s’accroche, refuse de lâcher un point, et empoche le deuxième set 6-2.

Le troisième devient une démonstration. Même score, 6-2, mais avec une impression de domination totale. Elle ne cache pas sa joie sur la balle de match : explosion de soulagement, sourire immense. Une qualification arrachée, assumée, qui laisse entrevoir une vraie personnalité de compétitrice.

Wawrinka, la dernière danse

Pendant que les jeunes prennent la lumière, une page se tourne sur l’un des courts principaux. Stan Wawrinka dispute le dernier match de sa carrière en Grand Chelem. Vingt ans après ses premiers pas ici, l’histoire se referme au même endroit.

Face à Matteo Berrettini, le Suisse s’accroche, comme toujours. Deux premiers sets arrachés au tie-break, 7-6, 7-6 pour l’Italien, puis un troisième set à sens unique, 6-0. Le score est sec, mais ne dit pas tout de l’émotion.

Au moment de conclure, le tournoi rend hommage à Wawrinka avec une vidéo retraçant les moments forts de sa carrière. Flushing Meadows se lève. Berrettini reste sur le court, applaudit longuement, presque autant supporter qu’adversaire. Le Suisse, la voix serrée, se confie : plus de vingt ans de présence ici, un titre en 2016, une carrière portée jusqu’à 41 ans pour vivre précisément ce genre de soirée.

Il rappelle ce sacre new-yorkais, ce triomphe face à Novak Djokovic en quatre sets, symbole d’un joueur capable, dans ses meilleurs jours, de faire vaciller les plus grands. Trois titres majeurs, un sommet à la 3e place mondiale, et une trace indélébile laissée sur le circuit.

Une polémique, un sourire, puis la sortie

Même dans ses derniers instants en Grand Chelem, Wawrinka se retrouve au cœur d’un moment de controverse. En début de troisième set, il remporte un point après un geste inhabituel : une balle semblant frappée en deux temps. Berrettini conteste immédiatement, convaincu que le coup est illégal.

L’Italien plaide sa cause auprès du juge de chaise, insiste sur le double mouvement de la raquette. Wawrinka, lui, désamorce la tension avec une phrase qui fait rire tout le monde, adversaire compris : à 41 ans, explique-t-il, il est « plus lent ». Le ton se détend, mais la décision reste entre les mains de la vidéo.

La séquence est revue à vitesse réelle, validée, au grand regret de Berrettini. Plus tard, l’ancienne championne australienne Jelena Dokic souligne que le ralenti télévisé montre bien un double contact. Le système de vidéo utilisé sur place, lui, ne le laisse pas apparaître clairement. Wawrinka conserve le point et l’avantage, même s’il finit par perdre ce jeu, puis le match.

Berrettini, malgré la frustration, ne boude pas le moment. Il savoure le privilège d’avoir partagé le court avec un joueur qu’il admirait enfant, et qu’il a affronté deux fois de suite en Grand Chelem en fin de carrière. Une boucle inattendue, mais parfaite pour le récit.

Khachanov, Kyrgios et le retour de bâton

L’US Open ne vit pas que de points gagnants et d’ovations. Les mots circulent aussi en dehors des courts. Karen Khachanov n’a pas mâché les siens en évoquant Nick Kyrgios, récemment suspendu après un contrôle positif à la cocaïne en juin.

L’Australien avait reconnu publiquement sa faute, parlant d’une « énorme erreur » et annonçant qu’il se retirait quelque temps de la lumière pour se reconstruire. Le discours n’a pas attendri tout le monde. Khachanov, qui l’a déjà affronté, a rappelé à quel point Kyrgios s’était souvent montré virulent sur les questions de dopage et de sanctions, notamment sur les réseaux sociaux.

Pour le Russe, le contraste est trop fort pour ne pas être relevé : celui qui aimait « s’en prendre aux autres » se retrouve frappé par ce qu’il dénonçait. Khachanov parle de retour de bâton, estime qu’il a du mal à éprouver de la compassion dans ces circonstances, et conclut que ce qui arrive à Kyrgios découle de ses propres choix.

Des mots durs, assumés, qui ajoutent une tension supplémentaire à l’ambiance du tournoi.

Popyrin, Dimitrov et l’ombre des grands récits

Sur les courts extérieurs, le tournoi suit son cours. Alexei Popyrin se mesure à Grigor Dimitrov, joueur en forme, déjà devant 4-2 dans le premier set. L’affiche est belle, mais elle se retrouve presque éclipsée par la densité émotionnelle du reste de la journée.

Car en quelques heures, Flushing Meadows a tout vu : une légende saluée, un favori chahuté, une jeune joueuse révélée, une polémique arbitrale, une sortie médiatique tranchante. Et au milieu de tout cela, un tournoi qui ne fait que commencer.

Reste à savoir qui, dans ce décor déjà chargé, écrira la prochaine grande histoire.