Ferrari progresse, mais Mercedes reste en tête
Fred Vasseur n’est pas du genre à s’enflammer pour une évolution moteur. Quand le patron de Ferrari admet tout de même « un pas en avant », c’est que quelque chose bouge vraiment à Maranello. Le nouveau bloc, deuxième upgrade introduit sous le cadre ADUO de la FIA après l’Autriche, a signé ses premiers tours sérieux. Il reste en retrait en puissance pure. Mais il comble une partie du retard.
Les chiffres de ce vendredi le confirment. Charles Leclerc termine deuxième de la FP2, à 0’’120 seulement de George Russell, meilleur temps pour Mercedes. Pas de révolution, pas de Ferrari transformée en référence absolue. Plutôt une voiture plus affûtée, plus cohérente, surtout sur les relais longs.
Vasseur l’a rappelé : la vitesse en ligne droite ne dépend pas que du moteur. C’est le drag, le poids, l’ensemble du package. Ferrari a « fait un pas », dit-il, mais « l’écart reste correct ». Sur les données, le constat est brutal : la SF-24 perd du temps sur chaque grande ligne droite face à la Mercedes, puis se rattrape au freinage et en courbe. Leclerc concède environ six dixièmes dans les deux premiers tiers du tour, avant d’en reprendre une partie sur la dernière pleine charge, là où Russell subit davantage de clipping en direction de Parabolica. Sur ce circuit énergivore, la gestion de la récolte et du déploiement électrique reste un casse-tête pour tout le monde.
Hamilton salue le moteur, mais pointe le déploiement
Lewis Hamilton, lui, a passé un vendredi plus agité. Des changements de réglages en FP2 ont rendu la voiture « difficile à exploiter » et « pas simple à piloter ». Il voit pourtant des marges de progression, à la fois sur le set-up et sur la gestion de l’énergie.
Il s’interroge ouvertement : faut‑il encore décharger de l’appui pour réduire le drag, ou la clé se trouve‑t‑elle dans le déploiement ? Une chose ne fait aucun doute à ses yeux : le nouveau moteur représente une amélioration, il le répète en rendant hommage au travail de l’usine. Mais le calendrier de déploiement de Mercedes diffère clairement de celui des rivaux. Les autres semblent rouler avec moins de traînée en ligne droite. Un point à corriger d’urgence.
Hamilton souligne aussi un point positif : le bloc est « très agréable » dans les sections lentes. Malgré tout, c’est bien Leclerc qui porte Ferrari, autant sur le tour lancé que sur les simulations de course.
Sur les longs relais, le Monégasque tourne en moyenne à seulement trois centièmes au tour de Kimi Antonelli. Nuance importante : Leclerc roule en pneus tendres, la Mercedes en durs. L’écart de gomme fausse forcément la comparaison, mais l’impression reste la même : Ferrari se positionne comme principale menace, même si la plupart du paddock voit encore Mercedes garder un léger avantage, selon les ajustements nocturnes.
Red Bull en retard de réglages, Lawson en lumière
Dans ce duel Mercedes–Ferrari, un troisième acteur cherche encore la bonne fenêtre : Red Bull. Max Verstappen s’est plaint de problèmes de balance, handicapé par son absence en FP1, remplacé alors par Ayumu Iwasa. Résultat : moins de temps pour corriger le tir, et une RB en retard sur son programme.
Pierre Wache, directeur technique, ne se cache pas. L’équipe fait face à un souci d’équilibre « un peu comme à Zandvoort ». Les ingénieurs tâtonnent entre réglages et composants pour remettre la voiture dans la bonne fenêtre. Avec Verstappen privé de la première séance, le temps de réaction s’est réduit. Tout se jouera en FP3.
Et pourtant, l’autre Red Bull a signé un relais qui a fait lever les sourcils. Liam Lawson, déjà occupé à préparer le week-end pour son équipe actuelle tout en aidant Racing Bulls dans le doute entourant l’état de santé d’Isack Hadjar, a aligné une série de tours en pneus durs au niveau de ceux d’Antonelli. Impressionnant, sur le papier. Mais attention : Leclerc et Antonelli ont tous deux été gênés par le trafic pendant leur stint, ce qui peut flatter légèrement le rythme de Red Bull.
McLaren en retrait, Norris sonne l’alarme
Lando Norris, vainqueur des deux derniers Grands Prix, a connu un vendredi bien moins confortable. Sur les longs relais en durs, il pointe à 0’’443 du rythme de référence, et à 0’’384 sur la performance globale. Des écarts inhabituels pour une McLaren qui, ces derniers temps, vivait souvent aux avant-postes.
Le diagnostic de Norris est sans détour : la perte de temps est « un peu partout ». Aucun virage où la McLaren se montre clairement supérieure à ceux qui la précèdent. L’équipe perd en ligne droite face à Mercedes, ce qui était attendu, mais le plus inquiétant se situe ailleurs : la haute vitesse, d’ordinaire point fort de Woking, devient un point faible. Il faudra décortiquer les données cette nuit, car pour l’instant, la voiture manque de rythme sur toute la longueur du tour.
Racing Bulls et Haas animent le milieu de grille
Dans le peloton, Racing Bulls a frappé fort avec Arvid Lindblad en tête d’un groupe resserré. Juste derrière lui, à seulement 0’’021, Ollie Bearman signe une journée très solide pour Haas.
Sur les relais longs, la hiérarchie change légèrement : Haas recule derrière Racing Bulls et Alpine. Franco Colapinto, ravi de sa voiture en FP1, a ensuite parlé d’un châssis « déconnecté » en FP2. Malgré cette irrégularité, la journée reste encourageante pour Haas.
Les deux VF‑26 embarquent un gros package aérodynamique, mais un seul châssis profite du nouveau moteur Ferrari : celui de Bearman, l’équipe n’ayant qu’un exemplaire disponible ce week-end. Ayao Komatsu, directeur d’équipe, confirme que le bloc tient ses promesses en termes de comportement. Un signe positif pour une structure qui n’a plus marqué depuis six courses. Le revers, ce sont ces « problèmes d’inconstance » qui continuent de frapper les deux voitures, Esteban Ocon en faisant encore les frais par moments.
Audi patine, Williams en mode labo
Audi n’a pas sorti de nouvelles pièces aérodynamiques ce vendredi, préférant jouer son joker sur les rapports de boîte et le pont final homologués. Le pari n’a pas payé immédiatement. L’équipe a souffert davantage que prévu face aux leaders du milieu de grille, tout en anticipant une amélioration pour le samedi.
Sur le tour lancé, Audi reste juste devant la Williams de Carlos Sainz équipée de pneus tendres. Sur le rythme de course, la tendance s’inverse légèrement, la Williams revenant à hauteur, voire un rien devant. Grove a profité de ce vendredi pour tester à fond avant un gros package prévu pour Bakou plus tard dans le mois. Une journée expérimentale, mais loin d’être stérile.
Aston Martin recule, Cadillac en profite
Tout au fond du classement, un feuilleton de début de saison refait surface. Aston Martin continue de souffrir, comme redouté, malgré l’introduction du moteur Honda évolué à Zandvoort il y a deux semaines.
La bonne nouvelle, c’est une amélioration de la conduite, comme l’espérait l’équipe. Lance Stroll parle d’une voiture « un peu meilleure » à piloter. Mais la réalité brutale se lit au chrono. Valtteri Bottas estime que Cadillac « a l’avantage en ligne droite ». Dans ces conditions, revoir Fernando Alonso répéter son exploit de Zandvoort et arracher des points relèverait de la prouesse.
Ferrari a donc avancé, oui. Pas assez pour faire trembler Mercedes, pas encore. Entre une Red Bull en quête d’équilibre, une McLaren à contretemps et un milieu de grille en pleine ébullition, la question est simple : qui saura transformer ces promesses du vendredi en autorité le dimanche ?




